La Dodge Dart est une automobile américaine produite par Chrysler sous la marque Dodge de 1960 à 1976 pour le marché nord-américain. D’abord proposée comme une grande voiture familiale, elle devient un modèle intermédiaire en 1962, puis une compacte à partir de 1963. Cette évolution accompagne les transformations du marché automobile américain et fait de la Dart l’une des voitures les plus polyvalentes de Dodge durant les années 1960 et 1970.
Disponible en berline, coupé, cabriolet et break selon les millésimes, la Dodge Dart se distingue par son architecture à propulsion, sa construction monocoque et une gamme de motorisations allant du six cylindres Slant-6 aux puissants V8 Chrysler. Ses déclinaisons GTS, Swinger 340 et Demon 340 lui permettent également de s’imposer parmi les compactes sportives américaines. La lignée historique s’achève en 1976, bien avant la réutilisation du nom Dart sur une berline moderne en 2012.
Origines de la Dodge Dart : une nouvelle gamme américaine en 1960
À la fin des années 1950, Chrysler cherche à renforcer la présence de Dodge sur le marché des automobiles familiales accessibles. La marque propose alors des modèles généralement positionnés au-dessus des Plymouth, mais souhaite attirer une clientèle plus large. Présentée à l’automne 1959 pour le millésime 1960, la Dodge Dart répond à cette stratégie en reprenant une partie des éléments techniques des grandes voitures du groupe.
La première Dart est proposée en trois niveaux de finition : Seneca, Pioneer et Phoenix. La Seneca constitue l’entrée de gamme, la Pioneer offre davantage d’équipements et la Phoenix représente la version la plus luxueuse. Plusieurs carrosseries sont disponibles, notamment des berlines, des coupés hardtop, des cabriolets et des breaks. Cette diversité permet à Dodge de couvrir des besoins familiaux et des attentes plus orientées vers le confort ou la présentation.
La Dart occupe alors une place inférieure à celle de la Dodge Polara, également introduite pour le millésime 1960. La Polara représente une offre plus prestigieuse, tandis que la Dart privilégie un prix d’accès compétitif. Malgré cette distinction commerciale, les premières Dart conservent les dimensions généreuses des automobiles américaines de leur époque.
Leur style reflète les dernières années de l’influence de Virgil Exner à la direction du design Chrysler. Les carrosseries présentent des lignes sculptées, de nombreux éléments chromés et des détails arrière caractéristiques de la période. La Dart de 1961 reçoit une évolution esthétique importante, mais conserve son positionnement initial.
En 1962, Dodge réduit sensiblement les dimensions du modèle. La Dart adopte une silhouette plus courte et un dessin particulièrement reconnaissable. Cette génération de transition ne dure qu’un millésime. Elle précède une transformation beaucoup plus profonde qui modifie durablement la place de la Dart dans la gamme.
De 1963 à 1976 : les générations compactes et leurs évolutions
Pour le millésime 1963, la Dodge Dart devient une véritable compacte américaine et remplace la Dodge Lancer. Elle repose désormais sur la plateforme Chrysler A-body, également utilisée par la Plymouth Valiant. Sa carrosserie plus compacte, son habitacle fonctionnel et ses motorisations économiques correspondent aux attentes d’une clientèle recherchant une voiture moins encombrante que les grandes berlines traditionnelles.
La gamme comprend notamment les finitions 170, 270 et GT. Les versions de base privilégient la simplicité et le coût d’utilisation, tandis que la Dodge Dart GT, apparue en 1963, se distingue par une présentation plus soignée et des équipements supplémentaires. Proposée en carrosseries deux portes, notamment en cabriolet, elle bénéficie également de l’arrivée du V8 273 ci à partir de 1964. Cette GT historique ne doit pas être confondue avec la finition homonyme de la Dart moderne.
Les Dart compactes de 1963 à 1966 conservent une conception mécanique relativement simple. Leur empattement atteint 2,82 mètres pour les berlines et les coupés, tandis que les breaks utilisent un empattement plus court. Cette architecture permet de proposer une automobile familiale suffisamment spacieuse sans revenir aux dimensions des premières Dart.
La gamme Dodge se réorganise parallèlement autour de plusieurs catégories. La Dodge Coronet, réintroduite pour 1965 comme modèle intermédiaire, occupe un segment supérieur. La Dart reste ainsi l’offre compacte de la marque, même lorsque ses versions V8 commencent à afficher des performances comparables à celles de voitures plus imposantes.
En 1967, Dodge présente une nouvelle génération de Dart, toujours fondée sur la plateforme A-body. La carrosserie adopte des lignes plus tendues, une face avant horizontale et des proportions modernisées. Cette génération conserve une structure monocoque et une architecture à propulsion, mais bénéficie d’une évolution de sa présentation, de ses équipements et de ses possibilités mécaniques.
La gamme se développe progressivement autour de berlines quatre portes et de carrosseries deux portes. Les finitions GT et GTS côtoient les modèles plus économiques. En 1969, la Dart Swinger apparaît, avec une déclinaison Swinger 340 destinée aux amateurs de performances. Elle associe un gabarit compact au V8 Chrysler de 5,6 litres.
Le millésime 1970 apporte un restylage et une nouvelle organisation commerciale. Les années suivantes voient évoluer les calandres, les équipements de sécurité, les pare-chocs et les motorisations afin de répondre aux réglementations américaines. En 1973, la Dart reçoit notamment une face avant redessinée et des modifications techniques touchant certains systèmes de freinage.
La production américaine de la Dart s’achève avec le millésime 1976. Elle est remplacée dans la gamme par la Dodge Aspen, une nouvelle compacte reposant sur la plateforme Chrysler F-body. Certaines automobiles commercialisées sous le nom Dart continuent toutefois leur carrière sur des marchés étrangers, notamment en Amérique du Sud.
Motorisations et versions sportives de la Dodge Dart
La Dodge Dart doit une grande partie de sa popularité à la diversité de ses moteurs. Les premières générations proposent des six cylindres et plusieurs V8 adaptés à une automobile de grand format. À partir de 1963, le six cylindres Slant-6 devient particulièrement représentatif des Dart compactes. Son architecture inclinée à 30 degrés facilite son implantation sous le capot et contribue à la réputation de robustesse mécanique du modèle.
Les versions Slant-6 de 170 et 225 pouces cubes, soit environ 2,8 et 3,7 litres, privilégient la souplesse et l’économie d’utilisation. Le six cylindres de 198 pouces cubes rejoint ensuite la gamme. Les moteurs V8 permettent de proposer des performances supérieures, d’abord avec le 273 ci, puis avec les blocs 318, 340 et 360 ci sur les générations compactes.
La Dart GTS, développée à la fin des années 1960, représente une évolution majeure du caractère sportif du modèle. Elle peut recevoir le V8 340 ci, mais également des moteurs plus volumineux, notamment le 383 ci. En 1969, certaines Dart GTS sont proposées avec le V8 440 ci de 7,2 litres, une motorisation particulièrement imposante pour une voiture de cette catégorie.
Le V8 340 occupe une place essentielle dans l’histoire des Dart sportives. Avec une puissance annoncée de 275 hp SAE bruts à la fin des années 1960, il offre un compromis intéressant entre performances, masse et comportement. La Dart Swinger 340 bénéficie de cette motorisation dans une carrosserie deux portes relativement discrète, ce qui contribue à son attrait auprès des amateurs de muscle cars compacts.
En 1971, Dodge lance la Dodge Demon, une variante fastback de la famille Dart étroitement apparentée à la Plymouth Duster. La Demon 340 reçoit le V8 de 5,6 litres et une présentation sportive. Après deux millésimes, l’appellation Demon disparaît au profit de Dart Sport en 1973. Cette dernière sera notamment proposée en version Dart Sport 360.
Ces déclinaisons permettent à Dodge de proposer une alternative plus compacte à la Dodge Challenger, pony car lancée pour le millésime 1970. Les deux modèles ne partagent pas la même plateforme : la Dart repose sur l’architecture A-body, tandis que la Challenger utilise la plateforme E-body. Elles participent néanmoins à la même stratégie de diversification des automobiles sportives de Dodge.
Il faut également distinguer les puissances annoncées avant et après le passage des mesures américaines SAE brutes aux mesures SAE nettes au début des années 1970. Les chiffres publiés pour les moteurs des premières Dart sportives ne sont donc pas directement comparables à ceux des derniers millésimes.
Fiche technique de la Dodge Dart
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Constructeur | Dodge, Chrysler Corporation |
| Modèle | Dodge Dart |
| Millésimes américains | 1960 à 1976 |
| Catégorie | Grande voiture (1960-1961), intermédiaire (1962), compacte (1963-1976) |
| Carrosseries | Berline 2 et 4 portes, coupé, hardtop, cabriolet et break selon millésime |
| Structure | Carrosserie monocoque Chrysler |
| Plateforme | Architecture Chrysler A-body pour les compactes de 1963 à 1976 |
| Implantation moteur | Longitudinale avant |
| Transmission | Propulsion, roues arrière motrices |
| Moteurs 6 cylindres | Slant-6 170, 198 et 225 ci, soit environ 2,8, 3,2 et 3,7 litres |
| Moteurs V8 | 273, 318, 340, 360, 361, 383 et 440 ci selon génération et version |
| Moteur de compétition | V8 426 Race HEMI de 7,0 litres, Dart Super Stock 1968 |
| Alimentation | Carburateurs, configurations variables selon moteur |
| Distribution | Soupapes en tête, arbre à cames central sur les moteurs Chrysler concernés |
| Puissance Slant-6 225 | 145 hp SAE bruts sur la version de 1960 |
| Puissance V8 273 | 180 à 235 hp SAE bruts selon version |
| Puissance V8 340 | 275 hp SAE bruts sur les premières versions sportives |
| Puissance V8 383 | 300 hp SAE bruts sur Dart GTS 1968 |
| Puissance V8 440 | 375 hp SAE bruts sur Dart GTS 1969 |
| Boîtes manuelles | 3 ou 4 rapports selon millésime et version |
| Boîtes automatiques | PowerFlite 2 rapports ou TorqueFlite 3 rapports selon millésime |
| Suspension avant | Roues indépendantes, bras de suspension et barres de torsion |
| Suspension arrière | Essieu rigide et ressorts à lames |
| Direction | À boîtier, assistance hydraulique disponible selon version |
| Freinage | Tambours, puis disques avant disponibles selon année et équipement |
| Empattement Dart 1960 | 2 997 mm pour les berlines et coupés ; 3 099 mm pour les breaks |
| Empattement Dart 1963-1976 | 2 819 mm pour de nombreuses berlines et coupés |
| Empattement Demon / Dart Sport | 2 743 mm |
| Longueur Dart 1960 | Environ 5,35 m pour certaines carrosseries |
| Longueur Dart 1963 | Environ 4,98 m pour certaines berlines et coupés |
| Poids Dart 1960-1961 | Environ 1 490 à 1 845 kg selon carrosserie et motorisation |
| Performances Dart GTS 340 1968 | 0 à 60 mph en environ 6 secondes lors d’un essai d’époque |
| Successeur américain | Dodge Aspen, millésime 1976 |
La Dodge Dart en compétition : des V8 aux courses d’accélération
La carrière sportive de la Dodge Dart se développe principalement dans les courses d’accélération américaines. Sa carrosserie compacte et la disponibilité de puissants moteurs Chrysler permettent aux préparateurs de concevoir des automobiles particulièrement efficaces sur le quart de mile. La Dart participe également à des compétitions sur circuit, notamment aux premières saisons du championnat Trans-Am.
En 1966, le pilote Bob Tullius engage une Dodge Dart préparée par Group 44 dans le championnat Trans-Am. Cette participation illustre les possibilités sportives de la plateforme A-body, même si la Dart reste surtout associée aux compétitions d’accélération. Elle se distingue ainsi de la Dodge Charger, coupé de catégorie intermédiaire devenu célèbre dans les compétitions américaines et les grandes confrontations entre muscle cars.
L’épisode le plus marquant intervient en 1968 avec la Dodge Dart HEMI Super Stock, identifiée par le code L023. Chrysler fait préparer par Hurst Industries une série très limitée de Dart destinées aux épreuves NHRA. Ces voitures reçoivent le V8 426 Race HEMI de 7,0 litres, un moteur beaucoup plus puissant et exigeant que les mécaniques habituellement proposées sur la Dart.
Pour réduire la masse, les Dart HEMI utilisent notamment un capot et des ailes avant en fibre de verre, des vitrages allégés et un habitacle dépouillé. Les équipements de confort sont supprimés et plusieurs éléments mécaniques sont adaptés aux contraintes des départs arrêtés. Les modifications concernent également la transmission, le pont arrière et l’espace disponible pour les pneumatiques de compétition.
La production de ces Dart HEMI est généralement estimée à environ 80 exemplaires. Elles ne constituent pas des versions routières ordinaires : leur conception répond directement aux exigences du drag racing. Le pilote Dick Landy compte parmi les personnalités les plus étroitement associées à leur histoire. Les exemplaires authentiques occupent aujourd’hui une place particulière dans l’univers des automobiles de compétition Chrysler.
Les Dart GTS et Swinger 340 de série participent également à la réputation sportive du modèle. Lors d’un essai d’époque, une Dart GTS 340 de 1968 parcourt le quart de mile en 14,38 secondes, à environ 156 km/h. Ce résultat illustre les performances que pouvait offrir une compacte américaine équipée d’un V8 adapté, sans nécessiter les transformations radicales des versions Super Stock.
Production, diffusion internationale et valeur de collection
La Dodge Dart connaît un important succès commercial dès son lancement. Pour 1960, les chiffres historiques ventilés entre les finitions Seneca, Pioneer et Phoenix totalisent environ 323 000 exemplaires. Le millésime 1961 représente environ 184 000 voitures dans les mêmes catégories. Les générations compactes contribuent ensuite à maintenir la Dart dans la gamme Dodge pendant plus d’une décennie.
Le modèle est également diffusé au-delà de l’Amérique du Nord. En Espagne, Barreiros produit des Dodge Dart adaptées au marché local, notamment sous forme de grandes berlines. Au Brésil, Chrysler développe une gamme Dart à partir de 1969, avec des carrosseries et des évolutions spécifiques. Ces productions internationales ne correspondent pas toujours aux modèles américains du même millésime et possèdent leur propre chronologie.
Sur le marché de la collection, les Dart ordinaires à six cylindres sont généralement moins recherchées que les versions sportives V8. Les coupés GTS, Swinger 340, Demon 340 et Dart Sport 360 attirent davantage les amateurs de voitures américaines performantes. Les cabriolets, les exemplaires conservant leur mécanique d’origine et les configurations peu courantes présentent également un intérêt particulier.
L’authenticité constitue un critère essentiel pour les versions les plus recherchées. Le numéro d’identification du véhicule, les plaques de codes d’usine, les références moteur et les documents historiques permettent de distinguer une configuration d’origine d’une automobile modifiée. Cette vérification est particulièrement importante pour les Dart HEMI de 1968, dont la rareté a favorisé la réalisation de nombreuses répliques.
Fin de carrière et réutilisation du nom Dodge Dart
Au milieu des années 1970, les normes antipollution, les nouvelles exigences de sécurité et l’évolution des attentes des automobilistes transforment le marché américain. La Dart reçoit progressivement des équipements adaptés à ces contraintes, tandis que ses moteurs évoluent vers des réglages privilégiant davantage les émissions et la consommation. La dernière génération conserve néanmoins les principes techniques établis en 1967.
En 1976, Dodge met fin à la commercialisation américaine de la Dart classique et confie sa succession à l’Aspen. Le nom disparaît alors de la gamme nord-américaine, même si certaines productions étrangères continuent à utiliser l’appellation Dart.
Le segment des compactes Dodge évolue ensuite vers des automobiles à traction avant. La Dodge Neon, lancée pour le millésime 1995, illustre cette nouvelle génération de voitures compactes américaines. Elle ne constitue cependant pas un successeur direct de la Dart historique, dont la carrière s’est terminée près de vingt ans auparavant.
En 2012, Dodge réutilise finalement le nom Dart pour une berline compacte entièrement nouvelle. Développée à partir d’une architecture du groupe Fiat-Chrysler apparentée à celle de l’Alfa Romeo Giulietta, cette voiture adopte un moteur transversal avant et une transmission aux roues avant. Commercialisée jusqu’en 2016 aux États-Unis, elle reprend une appellation historique sans partager la conception mécanique des Dart classiques à propulsion.




