
Arrinera est née en Pologne à la fin des années 2000 avec une ambition inhabituelle : développer une supercar nationale capable de se mesurer, au moins sur le plan technique et symbolique, aux constructeurs spécialisés européens. Porté par les frères Łukasz et Marek Tomkiewicz, le projet a progressivement donné naissance à la Hussarya, puis à une véritable voiture de compétition. Malgré plusieurs prototypes, une visibilité internationale et des résultats remarqués sur circuit, Arrinera n’est toutefois jamais parvenue à transformer sa supercar routière en une production durable. Son histoire est ainsi celle d’un projet automobile ambitieux qui a atteint une réelle maturité technique avant de se heurter aux difficultés de financement et d’industrialisation.
2008 : les frères Tomkiewicz lancent le projet Arrinera à Varsovie
L’histoire d’Arrinera commence juridiquement le 11 avril 2008, avec l’immatriculation à Varsovie de la société qui portera d’abord le nom Arrinera Automotive. Łukasz Tomkiewicz en prend la présidence, tandis que son frère Marek participe lui aussi à la création du projet. Leur objectif est de développer une voiture de sport polonaise à très hautes performances, dans un pays dont l’industrie automobile est alors surtout connue pour la production sous licence et l’assemblage de modèles étrangers.
Le défi est considérable. Concevoir une supercar exige non seulement un châssis, une carrosserie et une mécanique crédibles, mais aussi des moyens importants pour les essais, l’homologation et la mise en production. Arrinera choisit pourtant d’avancer comme un constructeur spécialisé à faible volume, en s’appuyant sur des composants provenant de fournisseurs reconnus plutôt que de développer chaque élément en interne.
2011 : un premier prototype concrétise l’ambition automobile
Après plusieurs années de développement, Arrinera réalise en 2011 un premier prototype destiné à démontrer la faisabilité du projet. Cette étape est essentielle, car elle fait passer la jeune entreprise du concept à une automobile réellement construite et essayée. Le véhicule reste encore éloigné d’un modèle de série, mais il permet de valider les principes généraux du projet et d’attirer l’attention de la presse spécialisée.
C’est également à cette période que le Britannique Lee Noble intervient dans l’environnement technique d’Arrinera. Connu pour avoir développé des voitures de sport sous la marque Noble, il apporte au projet une expérience précieuse dans la conception de véhicules légers et performants. Son rôle ne doit toutefois pas être confondu avec celui des fondateurs : Arrinera demeure un projet polonais lancé par les frères Tomkiewicz.
2012 : la Hussarya donne une identité définitive à Arrinera
En 2012, le projet prend le nom de Hussarya, une référence aux hussards ailés polonais. Ce choix donne à la future supercar une identité nationale beaucoup plus affirmée. Le dessin est également profondément retravaillé après les réactions suscitées par le premier prototype, dont le style avait été critiqué pour ses ressemblances avec plusieurs supercars existantes.
La Hussarya devient dès lors le centre de toute la stratégie d’Arrinera. Au cours des années suivantes, la voiture évolue sous la forme de prototypes de plus en plus aboutis. L’entreprise présente notamment son travail au public lors de salons automobiles, dont celui de Poznań en 2015. Arrinera communique alors sur une future commercialisation à faible volume, mais l’écart demeure important entre la construction de prototypes fonctionnels et la mise en place d’une production homologuée.
2015 : une nouvelle structure financière accompagne le développement de la marque
L’année 2015 marque un changement important dans l’organisation du projet. Une société cotée distincte, qui avait auparavant porté les noms Abeonet puis Copernicus Yachts Group, devient Arrinera S.A. et prend une place centrale dans le financement et le contrôle des activités automobiles. Cette évolution explique une confusion fréquente dans l’histoire de la marque : Arrinera S.A. et Arrinera Automotive ne sont pas à l’origine la même société.
Arrinera Automotive reste l’entreprise opérationnelle issue du projet créé en 2008, tandis qu’Arrinera S.A. devient la structure cotée qui en détient le contrôle. Ce montage doit permettre d’attirer des capitaux pour poursuivre le développement et préparer l’industrialisation de la Hussarya. Il témoigne aussi de la principale difficulté rencontrée par Arrinera : passer d’une voiture techniquement réalisable à un véritable programme de constructeur automobile nécessite des investissements beaucoup plus élevés.
2016 : la Hussarya GT fait entrer Arrinera en compétition
En 2016, Arrinera donne une nouvelle dimension à son projet avec la Hussarya GT, une version conçue pour la compétition. Présentée au Royaume-Uni puis engagée dans différentes manifestations automobiles, elle constitue la réalisation la plus tangible de l’histoire de la marque. Contrairement à la Hussarya routière, restée au stade du développement, la GT roule publiquement à haute vitesse et permet aux ingénieurs d’Arrinera de confronter leur travail aux contraintes réelles de la piste.
Cette orientation sportive ne transforme pas Arrinera en constructeur de compétition à grande échelle, mais elle renforce fortement sa crédibilité technique. La société opérationnelle change parallèlement de nom : Arrinera Automotive devient Arrinera Technology, changement décidé en 2016 et enregistré en 2017. Il s’agit d’une continuité juridique et non de la création d’une nouvelle marque.
2017 : Goodwood marque l’apogée sportive d’Arrinera
La Hussarya GT effectue en 2017 ses débuts en course au Hockenheimring, dans le championnat allemand DMV-GTC. Quelques mois plus tard, Arrinera obtient son résultat sportif le plus marquant lors du Festival of Speed de Goodwood. Pilotée par Anthony Reid, la voiture réalise un temps de 48,28 secondes dans le shootout chronométré et se classe quatrième au général.
Cette performance constitue probablement le point culminant de la visibilité internationale de la marque. La Hussarya GT se retrouve devant plusieurs voitures de compétition issues de constructeurs beaucoup plus établis, dont une Porsche 911 GT3 Cup. Il serait cependant inexact de présenter cet épisode comme une victoire générale à Goodwood : la valeur historique du résultat tient surtout à la quatrième place obtenue par un constructeur polonais encore très jeune.
2018 : Arrinera cherche un nouveau souffle avec un projet électrique
Alors que la Hussarya routière tarde toujours à entrer en production, Arrinera annonce en 2018 une nouvelle orientation autour d’une hypercar électrique associée à des technologies numériques et à un projet de blockchain. Cette initiative traduit la volonté de renouveler l’image de l’entreprise et de trouver de nouvelles sources de financement à un moment où l’industrie commence à accorder une place croissante aux véhicules électriques à hautes performances.
Ce projet ne débouche toutefois pas sur un modèle produit. Il illustre surtout les difficultés d’Arrinera à stabiliser son modèle économique. Après près d’une décennie de développement, la société dispose de prototypes, d’une voiture de course fonctionnelle et d’une certaine notoriété, mais elle n’a toujours pas franchi l’étape décisive de l’homologation et de la fabrication régulière de la Hussarya routière.
2020 : le manque de financement met fin au projet de supercar du groupe
Le tournant décisif intervient le 14 décembre 2020. Arrinera S.A., la société cotée qui contrôle alors le projet, vend 98,38 % d’Arrinera Technology. La direction reconnaît ne pas avoir réussi à réunir les financements nécessaires pour poursuivre le développement de la supercar et décide d’abandonner ce programme. Le produit de la cession est notamment utilisé pour rembourser des dettes exigibles.
Cette opération marque la fin du groupe capitalistique Arrinera tel qu’il s’était organisé autour de la Hussarya. Elle ne correspond pas à une faillite judiciaire du constructeur et il serait donc imprécis de résumer l’événement comme une simple faillite de la marque. En revanche, elle met effectivement fin à l’ambition industrielle portée par l’ancienne maison mère : la Hussarya routière n’atteindra jamais une production en série établie.
2022 : l’ancienne maison mère abandonne le nom Arrinera
La séparation devient encore plus nette en 2022 lorsque l’ancienne Arrinera S.A. prend le nom de GARIN, avant d’évoluer ultérieurement vers des activités sans rapport direct avec la construction automobile. La société Arrinera Technology, issue de l’entreprise créée en 2008, demeure quant à elle une entité distincte, et le nom Arrinera reste visible en ligne autour de la Hussarya GT.
Cette survivance ne doit toutefois pas être interprétée comme une relance industrielle. En 2026, aucune reprise documentée de la production en série, aucune nouvelle homologation routière et aucun lancement commercial d’une nouvelle Arrinera ne permettent de parler d’un véritable retour du constructeur. L’histoire automobile d’Arrinera reste donc principalement liée à la Hussarya et à sa déclinaison GT, aboutissement technique d’un projet polonais ambitieux qui a atteint la piste sans parvenir à devenir un constructeur de série durable.
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