Lancée en Espagne à la fin de 1976, la Seat 128 est une compacte à trois portes dont la silhouette provient directement de la Fiat 128 3P. Derrière cette parenté italienne se cache toutefois une automobile assez particulière : Seat lui greffe ses moteurs 1200 et 1430 déjà produits en Espagne, tout en conservant l’architecture moderne à moteur transversal et traction avant. Cette association donne naissance à un modèle bref dans la carrière de la marque, produit principalement jusqu’en 1979.
La dénomination peut prêter à confusion. La Seat 128 n’est pas l’équivalent espagnol de la Fiat 128 berline classique. Elle correspond à la carrosserie fastback à hayon de la 128 3P, apparue chez Fiat en 1975. Elle se distingue également de la rare 128 Sport équipée d’une mécanique Fiat différente. Pour comprendre la Seat 128 courante, il faut donc avant tout retenir ses deux versions espagnoles, 1200 et 1430.
Une compacte à trois portes lancée en 1976
Au milieu des années 1970, Seat construit encore une large partie de sa gamme sous licence Fiat. La marque espagnole dispose cependant de ses propres contraintes industrielles et commerciales. Pour la 128, elle reprend la carrosserie moderne de la Fiat 128 3P mais l’associe à des mécaniques qu’elle fabrique déjà. La voiture est présentée à la presse espagnole à Tenerife en décembre 1976, avant une commercialisation pleinement effective en 1977.
Cette arrivée intervient au moment où Seat modernise progressivement sa gamme. La Seat 127 avait déjà introduit la traction avant chez le constructeur quelques années auparavant. La 128 applique cette architecture à une automobile plus basse, plus puissante et davantage tournée vers la polyvalence entre coupé et compacte familiale.
Elle côtoie pourtant des modèles techniquement beaucoup plus traditionnels. Les Seat 124 et 1430 utilisent une implantation longitudinale et une transmission aux roues arrière. La 128 reçoit des moteurs apparentés à ceux de cette famille, mais installés transversalement pour entraîner les roues avant. Cette combinaison constitue l’une des particularités essentielles du modèle.
Dans la gamme espagnole, la 128 occupe ainsi une position assez singulière. Plus pratique qu’un coupé pur, elle n’est pas non plus une berline conventionnelle. Son grand hayon et sa banquette rabattable permettent à Seat de mettre en avant une voiture capable de remplir plusieurs fonctions, avec quatre places et un coffre annoncé autour de 320 litres, pouvant approcher 1 000 litres lorsque l’espace arrière est libéré.
Une carrosserie Fiat 128 3P avec une identité Seat
Le dessin de base est celui de la Fiat 128 3P, développé sous la responsabilité de Paolo Boano au Centro Stile Fiat. La silhouette adopte un profil fastback compact, un arrière fortement incliné et un grand hayon. Avec environ 3,83 m de longueur et 1,56 m de largeur, la voiture reste particulièrement compacte tout en offrant une habitabilité exploitable pour quatre occupants.
La face avant se reconnaît notamment à ses quatre projecteurs ronds disposés autour d’une calandre horizontale. À l’arrière, l’élément le plus caractéristique est constitué par les six blocs lumineux, répartis par groupes de trois de chaque côté. Cette signature permet d’identifier rapidement la carrosserie 3P et contribue fortement à son esthétique typique de la seconde moitié des années 1970.
Cette présentation tranche avec celle de la Seat 1200 Sport, la fameuse « Bocanegra » contemporaine. Les deux voitures peuvent partager la mécanique de 1 197 cm³, mais leurs carrosseries et leur philosophie diffèrent nettement. La 1200 Sport revendique davantage son statut de coupé sportif, tandis que la 128 mise sur un compromis entre allure dynamique et utilisation quotidienne.
La comparaison avec la Fiat 128 3P demande également une précision mécanique. Les Seat 128 espagnoles de grande série ne reprennent pas simplement les moteurs italiens de 1 116 ou 1 290 cm³. Seat installe ses propres 1 197 et 1 438 cm³ à arbre à cames latéral, déjà connus dans sa gamme. La rare Seat 128 Sport dotée du 1 290 cm³ Fiat à arbre à cames en tête constitue un cas distinct et ne doit pas servir de référence pour les versions espagnoles ordinaires.
Deux moteurs, 1200 et 1430
La version 1200 reçoit un quatre cylindres de 1 197 cm³ alimenté par un carburateur double corps. Il développe 67 ch DIN. Ce moteur est installé transversalement à l’avant, une adaptation notable pour une mécanique appartenant à une famille historiquement associée aux modèles Seat à propulsion. Avec un poids voisin de 850 kg, la 128 1200 conserve des performances cohérentes avec son positionnement : un essai espagnol d’époque a mesuré 151,3 km/h.
La 1430 porte la cylindrée à 1 438 cm³ et la puissance à 77 ch DIN. Cette mécanique est étroitement liée à celle de la Seat 1430, mais son implantation et son association à une traction avant changent profondément son environnement technique. Un essai d’époque a relevé 158,4 km/h, ce qui place cette variante au sommet de la gamme 128 espagnole.
Les deux moteurs sont associés à une boîte manuelle à quatre rapports synchronisés. La transmission reste relativement simple, mais l’ensemble bénéficie d’une architecture moderne pour son époque : moteur transversal, traction avant et quatre roues indépendantes. À l’avant, la suspension est de type MacPherson. L’arrière emploie des roues indépendantes avec un ressort à lame transversal participant également au contrôle des mouvements de caisse.
Le freinage associe des disques à l’avant et des tambours à l’arrière, avec assistance. La direction à crémaillère complète cette conception. Face à une Seat 131 plus grande et toujours fidèle à la propulsion, la 128 illustre donc une autre voie technique au sein de la gamme Seat de la fin des années 1970.
Fiche technique de la Seat 128
| Caractéristique | Seat 128 1200 | Seat 128 1430 |
|---|---|---|
| Période principale de production | 1976-1979 | 1976-1979 |
| Carrosserie | 3 portes à hayon, 4 places | 3 portes à hayon, 4 places |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne | 4 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 1 197 cm³ | 1 438 cm³ |
| Alésage x course | 73 x 71,5 mm | 80 x 71,5 mm |
| Taux de compression | 8,8:1 | 9:1 |
| Alimentation | Carburateur double corps Weber/Bressel 32 DMTR | Carburateur double corps Weber 32 DMTR |
| Puissance | 67 ch DIN à 5 600 tr/min | 77 ch DIN vers 5 400-5 500 tr/min |
| Couple | Environ 90 Nm à 3 700 tr/min | Environ 111 Nm à 3 400 tr/min |
| Implantation | Avant, transversale | Avant, transversale |
| Transmission | Traction avant | Traction avant |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports | Manuelle à 4 rapports |
| Structure | Monocoque autoporteuse en acier | Monocoque autoporteuse en acier |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Indépendante, ressort à lame transversal | Indépendante, ressort à lame transversal |
| Direction | À crémaillère | À crémaillère |
| Freins | Disques avant, tambours arrière, assistance | Disques avant, tambours arrière, assistance |
| Pneumatiques | 145 SR 13 | 145 SR 13 |
| Longueur | Environ 3 830 mm | Environ 3 830 mm |
| Largeur | 1 560 mm | 1 560 mm |
| Hauteur | 1 260 mm selon les données d’essai d’époque | 1 260 mm selon les données d’essai d’époque |
| Empattement | Environ 2 220 mm | Environ 2 220 mm |
| Voies avant / arrière | 1 320 / 1 330 mm | 1 320 / 1 330 mm |
| Poids | Environ 850 kg | Environ 855 kg |
| Vitesse maximale mesurée | 151,3 km/h | 158,4 km/h |
| Réservoir | 50 litres | 50 litres |
| Volume de coffre annoncé | Environ 320 litres | Environ 320 litres |
Une carrière courte et environ 32 000 exemplaires
La carrière industrielle de la Seat 128 est concentrée sur une période très courte. La production commence à la fin de 1976 et s’achève principalement à la fin de 1979, même si quelques unités résiduelles apparaissent encore dans certaines statistiques pour 1980. Le lancement du Ritmo en 1979 rend rapidement moins nécessaire cette automobile issue d’une carrosserie conçue quelques années auparavant.
Le total officiel aujourd’hui associé au modèle est de 31 905 exemplaires, dont 13 382 équipés du 1200 et 18 523 du 1430. Certaines compilations historiques donnent 31 893 unités, soit seulement douze voitures de différence. Cette variation statistique ne change pas l’ordre de grandeur : la 128 est restée une production relativement limitée dans l’histoire de Seat, et la version 1430 a été la plus diffusée des deux.
Son prix illustre son positionnement. En janvier 1977, la 1200 est annoncée à 245 300 pesetas, tandis que les tarifs d’époque placent la 1430 légèrement au-dessus. Les prix augmentent ensuite fortement pendant la carrière du modèle, ce qui rend peu pertinente l’utilisation d’un tarif unique pour l’ensemble de la période.
De la 128 aux compactes Seat des années 1980
La 128 n’a pas créé à elle seule la formule de la Seat compacte à traction avant, puisque la 127 l’avait précédée. Elle montre néanmoins comment le constructeur espagnol évolue alors entre deux époques : des mécaniques issues de modèles traditionnels sont intégrées à une architecture transversale plus moderne, tandis que le hayon devient un élément central de la polyvalence recherchée.
Après la fin de la coopération historique avec Fiat, cette évolution se poursuit avec des modèles comme la Seat Ronda, qui appartient à une nouvelle étape de l’histoire industrielle de la marque. Le principe d’une compacte à hayon et traction avant s’impose durablement, alors que les anciennes berlines à propulsion quittent progressivement le coeur de la gamme.
La rupture devient plus nette encore avec la première Seat Ibiza en 1984, développée dans un contexte où Seat cherche désormais à construire une identité beaucoup plus autonome. Entre les modèles sous licence des décennies précédentes et cette nouvelle génération de voitures, la 128 reste représentative d’une courte période où une carrosserie Fiat pouvait recevoir des mécaniques spécifiques à la production espagnole.




