Lancée en 1973, la Seat 132 occupe une place particulière dans l’histoire du constructeur espagnol. Grande berline quatre portes à moteur longitudinal et propulsion, elle prend la tête de la gamme au moment où Seat cherche à proposer une automobile plus moderne, plus confortable et mieux équipée que ses modèles des années 1960. Directement issue de la Fiat 132, elle est néanmoins produite en Espagne avec une gamme de moteurs et des évolutions qui lui sont propres.
La 132 succède à la Seat 1500, dont la production avait cessé quelques mois auparavant. Elle ne cherche pas seulement à remplacer cette imposante berline: elle doit aussi moderniser l’image du haut de gamme Seat, avec des moteurs essence à double arbre à cames en tête, une présentation plus contemporaine et un niveau d’équipement appelé à progresser durant toute sa carrière.
Une nouvelle berline haut de gamme pour Seat
La Seat 132 apparaît au Salon automobile de Barcelone en 1973 et sa commercialisation débute en avril. Elle s’inscrit dans le cadre de la coopération industrielle entre Seat et Fiat, alors essentielle à la gamme espagnole. La carrosserie et l’architecture générale proviennent ainsi de la Fiat 132, mais les deux modèles ne doivent pas être considérés comme strictement interchangeables sur le plan technique. Au fil des années, les motorisations proposées en Espagne et certains équipements vont notamment distinguer la Seat.
Avec ses quatre portes, son coffre séparé et ses cinq places, la 132 adopte la formule classique d’une grande berline européenne des années 1970. Son moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. Cette architecture est également familière sur la Seat 124, mais la 132 évolue dans une catégorie supérieure et privilégie davantage le confort, la présentation et les équipements.
La première gamme comprend notamment des moteurs essence 1600 et 1800. Le quatre cylindres 1800 de 1 756 cm3 dispose de deux arbres à cames en tête entraînés par courroie et développe 105 ch sur la première série. Les finitions les plus soignées renforcent le caractère statutaire du modèle avec une présentation intérieure plus riche, des appuie-tête et des éléments décoratifs spécifiques. Face à la Seat 1430, autre berline importante du catalogue au début de la décennie, la 132 représente clairement l’échelon supérieur.
Trois séries entre 1973 et 1980
La première Seat 132 ne reste au catalogue sous sa forme initiale qu’environ un an et demi. Dès novembre 1974 apparaît une deuxième série reconnaissable à plusieurs retouches de carrosserie. La surface vitrée évolue, la calandre est redessinée et les feux arrière deviennent plus grands, avec les feux de recul intégrés. Les sièges, les roues et certains réglages de suspension sont également revus. Le 1800 gagne légèrement en puissance pour atteindre 107 ch.
Cette évolution accompagne l’élargissement de la gamme. Une 132 Diesel 2.0 apparaît en 1974, répondant à une demande espagnole déjà bien connue de Seat grâce aux versions diesel de la 1500. En 1976, la 1800 peut recevoir une boîte automatique à trois rapports. Cette proposition constitue une étape importante pour la marque, puisqu’il s’agit de la première Seat commercialisée avec une transmission automatique.
La troisième série arrive en 1978. Les modifications esthétiques comprennent notamment de nouvelles protections latérales et des roues de 14 pouces. L’évolution est également technique et fonctionnelle: la direction assistée fait son apparition, de même que l’allumage électronique et plusieurs équipements de confort alors particulièrement valorisants. Le freinage évolue aussi, les disques arrière des premières séries laissant place à des tambours.
La gamme comprend désormais une version Diesel 2.2 et surtout la 132-2000. Cette dernière apparaît à la fin de 1978 avec un moteur développé par Seat à son Centre Technique de Martorell. Malgré son appellation 2000, sa cylindrée exacte est de 1 919 cm3. Ce quatre cylindres à double arbre à cames délivre 109 ch et constitue l’une des particularités importantes de la 132 espagnole par rapport à sa cousine italienne.
Une conception classique servie par des moteurs modernes
Techniquement, la Seat 132 associe une architecture traditionnelle à des moteurs essence sophistiqués pour leur époque. Les quatre cylindres à double arbre à cames en tête contrastent avec la simplicité de la transmission aux roues arrière. La suspension avant est indépendante, tandis que l’arrière repose sur un essieu rigide avec ressorts hélicoïdaux. Cette conception privilégie une utilisation routière confortable plutôt qu’un tempérament sportif.
Le 1800 constitue une bonne illustration du positionnement initial du modèle. Avec ses 1 756 cm3, son carburateur Weber et ses 105 ch sur la première série, il permet à la berline d’atteindre officiellement environ 170 km/h. Le moteur 1 919 cm3 de la 132-2000 développe pour sa part 109 ch, avec un couple supérieur disponible à un régime moins élevé. La vitesse maximale annoncée se situe autour de 168 à 170 km/h suivant la documentation et la configuration.
Au milieu des années 1970, l’arrivée de la Seat 131 ne fait pas disparaître la 132. Les deux berlines coexistent avec des fonctions différentes: la 131 vise plus directement le marché familial, tandis que la 132 conserve le rôle de modèle de représentation. Cette distinction explique le soin apporté aux équipements de la dernière série, alors que la conception fondamentale de la voiture reste relativement conventionnelle.
Fiche technique de la Seat 132
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Production | Avril 1973 à fin 1980 |
| Carrosserie | Berline 4 portes, 5 places |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteurs essence | 4 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête |
| 1600 | 1 592 cm3, environ 98 ch DIN sur la première série |
| 1800 première série | 1 756 cm3, 105 ch à 6 000 tr/min, 141,2 Nm à 4 200 tr/min |
| 1800 deuxième série | 1 756 cm3, 107 ch |
| 2000 troisième série | 1 919 cm3, 109 ch à 5 800 tr/min, 151 Nm à 3 000 tr/min |
| Alimentation essence | Carburateur, notamment Weber 34 sur les 1800 et 2000 documentées |
| Diesel | 2.0 à partir de 1974, puis 2.2 sur la troisième série |
| Boîtes de vitesses | Manuelles 4 ou 5 rapports selon version, automatique 3 rapports disponible sur la 1800 à partir de 1976 |
| Suspension avant | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs hydrauliques |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs hydrauliques |
| Direction | À recirculation de billes, assistance sur la troisième série |
| Freins | 4 disques sur les premières séries; disques avant et tambours arrière sur la troisième |
| Pneus 1800 première série | 175/70 SR13 |
| Pneus 2000 troisième série | 175/70 SR14 |
| Dimensions première série 1800 | 4 376 x 1 640 x 1 430 mm |
| Empattement première série | 2 557 mm |
| Dimensions troisième série 2000 | Environ 4 400 x 1 640 x 1 440 mm |
| Empattement troisième série | Environ 2 560 mm |
| Poids 1800 première série | Environ 1 070 kg |
| Poids 2000 troisième série | Environ 1 135 kg |
| Vitesse maximale 1800 | Environ 170 km/h |
| Vitesse maximale 2000 | Environ 168 à 170 km/h |
| Production totale | 108 760 exemplaires |
Un style qui évolue sans changer de formule
La silhouette de la Seat 132 reste volontairement sobre. Ses volumes sont nettement séparés, avec un long capot, un habitacle assez rectiligne et un coffre bien marqué. La première série conserve une présentation relativement chromée, particulièrement visible sur les finitions supérieures. La version Lujo ajoute notamment des détails autour des passages de roues et du coffre ainsi qu’une présentation intérieure enrichie de velours et d’éléments à aspect bois.
Les transformations de 1974 sont suffisamment visibles pour différencier assez facilement une première série d’une deuxième. L’augmentation de la surface vitrée et les grands blocs arrière modernisent la voiture sans bouleverser ses proportions. La troisième série de 1978 poursuit cette logique avec une apparence plus proche des standards de la fin de la décennie et des roues de 14 pouces.
Il faut surtout éviter de transposer automatiquement à la Seat les caractéristiques de la Fiat 132. Si les deux voitures partagent leur origine, leur architecture et une grande partie de leur carrosserie, leurs catalogues ne sont pas identiques. Le moteur de 1 919 cm3 de la Seat 132-2000 en est l’exemple le plus significatif, tout comme la composition de la gamme diesel espagnole. La Seat 132 n’a par ailleurs pas été commercialisée de série en carrosserie break.
Équipements et rôle de voiture de représentation
L’évolution des équipements montre à quel point la 132 devait servir de vitrine à Seat. Sur les dernières versions, la direction assistée améliore l’agrément quotidien tandis que la climatisation, les vitres avant électriques et le rétroviseur à commande électrique introduisent dans la gamme espagnole des équipements encore peu courants. La troisième série est notamment associée à la première apparition de la climatisation sur une Seat de série.
Cette montée en gamme se reflète dans les tarifs. Une 1800 de première série était affichée à un peu plus de 300 000 pesetas, tandis que la 132-2000 apparaît à la fin de 1978 à près de 680 000 pesetas. Son prix approche ensuite le million de pesetas en 1980, dans un contexte d’inflation important. Ces montants ne sont donc comparables qu’en tenant compte de l’année et de la version considérées.
La carrière s’arrête à la fin de 1980 après une production totale documentée de 108 760 exemplaires. Les premières séries sont aujourd’hui particulièrement peu communes, conséquence notamment de leur courte période de fabrication avant le remaniement de 1974. Pour le cinquantième anniversaire du modèle en 2023, la collection historique de Seat a d’ailleurs restauré une 132-1800 Lujo de première série immatriculée à Saragosse à la fin de 1973.
Après la Seat 132
La disparition de la 132 ne débouche pas sur un remplacement direct comparable dans le catalogue. Seat se concentre progressivement sur d’autres catégories, puis transforme profondément sa gamme et son identité industrielle durant les décennies suivantes. La Seat Toledo réintroduit en 1991 une silhouette tricorps et une certaine vocation routière, mais dans un contexte technique et commercial entièrement différent.
Il faut attendre beaucoup plus longtemps pour retrouver chez Seat une berline revendiquant aussi clairement un positionnement routier supérieur. Lancée en 2008, la Seat Exeo peut ainsi être rapprochée de la 132 par sa fonction dans la gamme plutôt que par une quelconque filiation technique. Entre ces deux modèles, près de trois décennies séparent deux interprétations très différentes de la grande berline Seat.




