Maserati A6g

Maserati A6g

Présentée en 1950, la Maserati A6G est la deuxième étape majeure de la jeune lignée de voitures de route développée par Maserati après la guerre. Également connue sous les appellations A6G 2000 et 2000 Gran Turismo, elle associe un châssis issu de la première A6 à un six cylindres porté à près de deux litres. Produite à seulement 16 exemplaires et habillée par plusieurs grands carrossiers italiens, elle appartient encore à une époque où une Maserati de route pouvait prendre une apparence sensiblement différente selon le client et la carrosserie choisie.

L’appellation demande toutefois une distinction essentielle. L’A6G de 1950 n’est ni l’A6GCS de compétition, ni l’A6G/54 apparue quelques années plus tard. Cette dernière recevra notamment un moteur à double arbre à cames et des carrosseries différentes. Les puissances de 150 ch ou davantage parfois associées au nom A6G concernent donc l’A6G/54, et non la première A6G 2000 traitée ici.

De l’A6 1500 à la nouvelle Gran Turismo 2 litres

La genèse de l’A6G s’inscrit directement dans celle de la Maserati A6. Lancée à la fin des années 1940, l’A6 1500 marque le passage de Maserati d’un constructeur principalement associé à la compétition à une marque capable de proposer une véritable automobile de grand tourisme. Au début des années 1950, le développement du marché des voitures sportives de prestige pousse la firme de Modène à rechercher davantage de performances sans abandonner cette orientation routière.

Maserati conserve les principes fondamentaux de l’A6 mais porte la cylindrée de son six cylindres en ligne à 1 954,3 cm³. Le nouveau moteur reprend une partie de l’expérience acquise avec la Maserati A6GCS, tout en étant adapté à une utilisation routière. Cette parenté explique une partie de la nomenclature, mais les deux voitures ont des vocations très différentes: l’A6G est une Gran Turismo destinée à la route, alors que l’A6GCS est conçue pour la compétition.

Le nom lui-même renseigne sur cette évolution. Le A renvoie à Alfieri Maserati, le 6 au nombre de cylindres et la lettre G est généralement associée à « ghisa », la fonte en italien. L’appellation 2000 Gran Turismo souligne quant à elle la nouvelle cylindrée et le positionnement de la voiture. L’A6G conserve ainsi une architecture traditionnelle, moteur avant et propulsion, tout en faisant progresser les performances de la première génération routière de Maserati.

Une production artisanale de seulement 16 voitures

L’A6G est dévoilée au Salon de Turin en 1950. Maserati y présente le principe d’une Gran Turismo pouvant recevoir différentes carrosseries, dans la tradition italienne des châssis confiés à des maisons spécialisées. La production reste extrêmement limitée: seulement 16 exemplaires sont assemblés en 1950 et 1951. Cette quantité minuscule explique autant la rareté actuelle du modèle que la diversité des voitures survivantes.

Pinin Farina réalise neuf exemplaires, principalement sous la forme de coupés ou fastbacks quatre places. Pietro Frua signe six voitures, dont cinq versions ouvertes et un coupé. Le seizième châssis reçoit une carrosserie Vignale dessinée par Giovanni Michelotti. Il n’existe donc pas une silhouette unique permettant de représenter toute la production A6G.

Cette diversité dépasse la simple décoration extérieure. Proportions de la carrosserie, pavillon, surfaces vitrées, traitement de la calandre, ailes et aménagement de l’habitacle changent suivant le carrossier. Les dimensions hors tout peuvent également varier, alors que l’empattement de 2 550 mm constitue une référence commune documentée pour les coupés Pinin Farina.

La fabrication de l’A6G illustre ainsi une conception du grand tourisme très différente de celle d’une automobile de série moderne. Maserati fournit la base mécanique et le châssis, tandis que des spécialistes façonnent une carrosserie en fonction de leur propre langage stylistique. La marque conservera plus tard cette tradition des GT exclusives et réalisées en petites quantités, dont la Maserati 5000 GT constituera une expression particulièrement spectaculaire.

Un six cylindres de 2 litres dérivé de l’expérience en compétition

Le six cylindres en ligne atmosphérique constitue la principale évolution mécanique de l’A6G. Avec un alésage de 72 mm et une course de 80 mm, sa cylindrée atteint 1 954,3 cm³. La distribution utilise un simple arbre à cames en tête entraîné par chaîne, architecture qu’il ne faut surtout pas confondre avec le double arbre de la future A6G/54.

La puissance standard est annoncée à 90 ch à 5 500 tr/min. Une alimentation par trois carburateurs permet d’atteindre environ 100 ch. Selon la carrosserie et la configuration mécanique, Maserati indique une vitesse maximale comprise entre 160 et 180 km/h, niveau remarquable pour une voiture routière italienne de cette cylindrée au début des années 1950.

La transmission reste classique avec une boîte manuelle à quatre rapports, un embrayage monodisque à sec et les roues arrière motrices. Le châssis repose sur une structure tubulaire avec éléments longitudinaux et traverses. À l’avant, les roues sont indépendantes, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide associé à des ressorts à lames. Le freinage est assuré par quatre tambours à commande hydraulique.

Cette architecture montre le caractère intermédiaire de l’A6G. Elle conserve plusieurs solutions éprouvées de l’immédiat après-guerre tout en bénéficiant d’un moteur plus performant et d’une mise au point directement influencée par l’activité sportive de Maserati. Avec environ 1 100 kg à sec comme valeur de référence, elle privilégie également une masse contenue plutôt qu’une forte cylindrée.

Fiche technique de la Maserati A6g

CaractéristiqueDonnée
Année de présentation1950
Période de production1950-1951
TypeGran Turismo, coupé ou voiture ouverte selon carrossier
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
Moteur6 cylindres en ligne atmosphérique
Cylindrée1 954,3 cm³
Alésage x course72 x 80 mm
DistributionSimple arbre à cames en tête, entraînement par chaîne
Puissance90 ch à 5 500 tr/min, jusqu’à 100 ch avec trois carburateurs
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
EmbrayageMonodisque à sec
ChâssisStructure tubulaire avec longerons et traverses
Suspension avantRoues indépendantes
Suspension arrièreEssieu rigide et ressorts à lames
FreinsTambours hydrauliques aux quatre roues
RouesAcier ou à rayons selon configuration
Empattement2 550 mm
LongueurEnviron 4 080 mm pour certaines carrosseries Pinin Farina
LargeurEnviron 1 520 mm pour certaines carrosseries Pinin Farina
HauteurEnviron 1 350 mm pour certaines carrosseries Pinin Farina
Voie avantEnviron 1 274 mm sur la configuration Pinin Farina documentée
Voie arrièreEnviron 1 252 mm sur la configuration Pinin Farina documentée
Poids à secEnviron 1 100 kg
Vitesse maximaleEnviron 160 à 180 km/h selon configuration
Production16 exemplaires

Pinin Farina, Frua et Vignale: trois interprétations de l’A6G

Les neuf voitures habillées par Pinin Farina constituent le groupe le plus important. Leur silhouette fermée privilégie les lignes fluides d’une véritable GT, avec un long capot, un habitacle relativement compact et une poupe profilée. Elles traduisent la volonté de Maserati de proposer une voiture rapide mais utilisable sur route, capable d’accueillir davantage qu’un simple équipage de compétition.

Les réalisations de Pietro Frua donnent à l’A6G un caractère différent. Cinq carrosseries ouvertes mettent davantage en avant l’élégance et l’exclusivité, tandis qu’un coupé complète cette petite série. Leur rareté explique pourquoi une A6G Frua peut apparaître très différente d’un exemplaire Pinin Farina alors qu’elles reposent sur la même famille mécanique.

Vignale ne réalise qu’un seul exemplaire, sous la forme d’un coupé bicolore dessiné par Giovanni Michelotti. Ce cas unique résume particulièrement bien la nature de l’A6G: il s’agit moins d’un modèle standardisé que d’une petite série de châssis de grand tourisme habillés individuellement par les meilleurs stylistes italiens de l’époque.

Cette variété est importante pour identifier correctement une voiture sur une photographie ou lors d’un concours d’élégance. Une calandre, un profil de pavillon ou un arrière différent ne signifient pas nécessairement qu’il s’agit d’un autre modèle. À l’inverse, la Maserati A6GCS Berlinetta, malgré la proximité de son nom et son association à la carrosserie italienne de prestige, appartient à la branche sportive A6GCS et ne doit pas être classée parmi les 16 A6G 2000 routières.

Pourquoi l’A6G/54 est un modèle différent

La confusion la plus fréquente concerne l’A6G/54. Lorsque Maserati relance le concept en 1954, la nouvelle voiture conserve une nomenclature proche et une cylindrée voisine de deux litres, mais son évolution technique est suffisamment importante pour justifier une distinction nette. Son six cylindres d’environ 1 986 cm³ adopte notamment une distribution à double arbre à cames en tête et atteint une puissance très supérieure à celle des 90 à 100 ch de l’A6G initiale.

Les carrosseries permettent également de séparer les deux séries. L’A6G de 1950 est associée à Pinin Farina, Frua et à l’unique Vignale. L’A6G/54 est notamment connue sous des carrosseries Allemano, Frua et Zagato. Les fameuses berlinettes Zagato, fréquemment illustrées lorsqu’on recherche « Maserati A6G », appartiennent donc à la génération 1954 et non au modèle présenté à Turin en 1950.

La différence de volume est tout aussi significative. L’A6G originelle s’arrête à 16 exemplaires, alors que l’A6G/54 est produite à plusieurs dizaines d’unités. Mélanger ces deux séries conduit donc à attribuer à l’A6G 1950 des moteurs, des puissances, des carrosseries et des chiffres de production qui ne lui correspondent pas.

Une étape fondatrice des Maserati de grand tourisme

L’A6G intervient à un moment où Maserati cherche encore l’équilibre entre son identité de constructeur de voitures de course et son activité routière naissante. Elle conserve un lien mécanique évident avec la compétition mais l’intègre dans des carrosseries élégantes, destinées à voyager rapidement plutôt qu’à courir. Cette combinaison deviendra progressivement l’un des piliers de la marque.

La production artisanale des années A6 cédera ensuite la place à des GT fabriquées en quantités plus importantes. Des modèles comme la Maserati Sebring ou la Maserati Mistral reprendront dans les années 1960 l’idée d’une sportive à moteur avant associant performances et raffinement, mais dans un contexte industriel déjà très différent.

La rareté de l’A6G demeure aujourd’hui indissociable de son histoire. Avec seulement 16 voitures réparties entre trois carrossiers, chaque exemplaire possède une identité propre et son authenticité dépend autant de son châssis et de sa mécanique que de l’histoire de sa carrosserie. Certaines voitures ont ainsi rejoint les grands concours d’élégance internationaux, où leur intérêt repose précisément sur cette rencontre entre la mécanique Maserati et la carrosserie italienne sur mesure.