La Sunbeam Alpine est un roadster britannique à deux places produit par le groupe Rootes de 1959 à 1968. Avec sa carrosserie élégante, ses petits ailerons arrière inspirés du style américain et sa mécanique quatre cylindres, elle incarne une conception de la voiture de sport qui privilégie autant le plaisir de conduite que le confort. Déclinée en cinq séries principales, elle connaît plusieurs évolutions mécaniques et esthétiques, passant d’un moteur de 1 494 cm³ à un quatre cylindres de 1 725 cm³ sur ses dernières versions.
Fabriquée à 69 251 exemplaires, la Sunbeam Alpine est notamment destinée au marché américain, où les roadsters britanniques rencontrent un succès important. Concurrente des MG et Triumph, elle se distingue par sa structure monocoque, ses vitres latérales descendantes et sa présentation relativement soignée. Elle sert également de base à la célèbre Sunbeam Tiger à moteur V8.
Origines et développement de la Sunbeam Alpine
L’histoire de l’Alpine commence avant le lancement du roadster de 1959. Dès 1953, le constructeur britannique commercialise une première voiture sportive portant ce nom, dérivée de la berline Sunbeam-Talbot 90. Cette génération, représentée notamment par la Sunbeam Alpine Mk I, possède une carrosserie découvrable et un moteur de 2,3 litres. Produite en quantité limitée jusqu’en 1955, elle reste relativement coûteuse face aux sportives britanniques concurrentes.
Le nom Alpine s’inscrit dans l’histoire de Sunbeam Talbot, dont les automobiles ont participé à plusieurs compétitions internationales. La première Alpine bénéficie de cette image sportive, mais son positionnement commercial ne permet pas au groupe Rootes de rivaliser directement avec les roadsters plus accessibles proposés par MG et Triumph.
Au milieu des années 1950, Rootes décide donc de développer une nouvelle voiture de sport. Le projet est confié notamment à Kenneth Howes et Jeff Crompton. Howes, qui possède une expérience du design automobile américain, dessine une carrosserie moderne, caractérisée par un long capot, une calandre chromée et des ailerons arrière prononcés.
Pour limiter les coûts de développement, les ingénieurs utilisent plusieurs éléments techniques provenant des voitures de grande série du groupe. La Hillman Husky contribue à la conception de la structure, tandis que certaines solutions mécaniques sont apparentées à celles de la Sunbeam Rapier et de la Hillman Minx. La nouvelle Alpine n’est cependant pas une simple berline raccourcie : elle possède une carrosserie spécifique, renforcée pour une utilisation sans toit fixe.
La production commence en juin 1959 et la nouvelle Alpine est introduite officiellement en juillet. Elle adopte une architecture traditionnelle à moteur avant et roues arrière motrices, mais se démarque par sa structure monocoque en acier. Cette conception contribue à sa rigidité et permet de proposer une automobile sportive relativement compacte.
La nouvelle génération ne doit pas être confondue avec les différentes évolutions de l’Alpine originelle, dont la Sunbeam Alpine Mk II. Les appellations Series I à Series V utilisées à partir de 1959 désignent les évolutions du second roadster et non celles de la voiture apparue en 1953.
Les cinq séries de la Sunbeam Alpine de 1959 à 1968
La première Sunbeam Alpine, appelée Series I, est commercialisée en 1959. Elle reçoit un quatre cylindres de 1 494 cm³ développant environ 78 bhp, associé à une boîte manuelle à quatre rapports. Ses grands ailerons arrière, ses phares circulaires et sa calandre chromée définissent l’identité visuelle du modèle. Les roues à rayons et l’overdrive figurent parmi les équipements proposés en option.
En 1960, la Series II remplace cette première version. Son moteur passe à 1 592 cm³ et développe environ 80 bhp. Cette augmentation de cylindrée améliore la souplesse et les reprises, sans modifier profondément le caractère de la voiture. Les évolutions concernent également certains éléments de suspension. Extérieurement, les différences restent discrètes, ce qui rend les deux premières séries difficiles à distinguer sans examiner leurs détails mécaniques.
La Series III apparaît en 1963 et apporte des changements plus importants. Le coffre est réaménagé grâce à l’installation de deux réservoirs de carburant latéraux, libérant davantage d’espace pour les bagages. L’habitacle bénéficie également d’améliorations. La gamme comprend notamment une version Sports, destinée à conserver le caractère sportif du roadster, et une version GT, privilégiant une présentation plus raffinée et l’utilisation d’un toit rigide.
La Series III conserve les grands ailerons caractéristiques des premières Alpine. Avec seulement 5 863 exemplaires produits, elle constitue la moins diffusée des cinq séries principales. Elle représente une évolution intéressante, puisqu’elle associe le dessin initial aux améliorations pratiques qui seront conservées sur les versions suivantes.
La Series IV, introduite à la fin de 1963 pour le millésime 1964, marque une transformation esthétique notable. Les ailerons arrière sont nettement réduits, les feux sont redessinés et la calandre adopte une présentation simplifiée. Cette évolution donne à l’Alpine une silhouette plus sobre. La transmission évolue également, avec l’apparition d’une boîte entièrement synchronisée. Une boîte automatique est proposée sur certaines configurations.
Une évolution intermédiaire, généralement appelée Series IVa, apparaît ensuite. Elle conserve l’essentiel du dessin de la Series IV tout en intégrant plusieurs modifications techniques. Les deux versions totalisent 12 406 exemplaires, dont 4 470 pour la IVa.
La dernière génération, la Series V, est lancée en 1965. Elle reçoit un nouveau moteur de 1 725 cm³ doté d’un vilebrequin reposant sur cinq paliers. Avec une puissance annoncée d’environ 92 à 93 bhp, elle constitue la version quatre cylindres la plus performante de la gamme. Elle bénéficie également d’un alternateur et de diverses améliorations de fonctionnement. Sa production se poursuit jusqu’en janvier 1968, date à laquelle la carrière du roadster prend fin.
Fiche technique de la Sunbeam Alpine
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Constructeur | Sunbeam, groupe Rootes |
| Modèle | Sunbeam Alpine Series I à V |
| Production | 1959 à 1968 |
| Pays de fabrication | Royaume-Uni |
| Carrosserie | Roadster deux portes, deux places |
| Structure | Monocoque en acier |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion arrière |
| Moteur | Quatre cylindres en ligne à essence |
| Distribution | Arbre à cames latéral, soupapes en tête et culbuteurs |
| Cylindrée Series I | 1 494 cm³ |
| Cylindrée Series II à IV | 1 592 cm³ |
| Cylindrée Series V | 1 725 cm³ |
| Puissance Series I | 78 bhp à 5 300 tr/min |
| Puissance Series II | 80 bhp à 5 000 tr/min |
| Puissance Series III | Environ 82 bhp selon configuration |
| Puissance Series IV | Environ 82 à 87 bhp selon version et référence |
| Puissance Series V | Environ 92 à 93 bhp à 5 500 tr/min |
| Couple Series I | Environ 121 Nm |
| Couple Series II | Environ 127 Nm |
| Couple Series V | Environ 140 Nm |
| Alimentation | Carburateurs Zenith, Solex ou Zenith-Stromberg selon série |
| Refroidissement | Liquide |
| Boîte de vitesses | Manuelle à quatre rapports |
| Transmission automatique | Disponible sur certaines Series IV |
| Overdrive | Laycock de Normanville en option selon version |
| Suspension avant | Roues indépendantes, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames et amortisseurs |
| Direction | À crémaillère, sans assistance |
| Freins avant | Disques |
| Freins arrière | Tambours |
| Roues | Jantes de 13 pouces, roues à rayons en option |
| Pneumatiques d’époque | Notamment 6.00 x 13 selon version |
| Longueur | Environ 3 940 mm |
| Largeur | Environ 1 540 à 1 549 mm |
| Hauteur | Environ 1 295 mm |
| Empattement | 2 184 mm |
| Poids | Environ 975 à 1 020 kg selon série et équipement |
| Vitesse maximale | Environ 160 à 170 km/h selon version et essai |
| 0 à 60 mph | 13,6 secondes pour les Series I et II essayées par The Motor |
| Consommation mesurée | Environ 9,0 à 9,1 l/100 km lors des essais d’époque des Series I et II |
| Production totale | 69 251 exemplaires |
Design, habitacle et comportement routier
Le dessin de la Sunbeam Alpine reflète les influences américaines qui marquent l’industrie automobile à la fin des années 1950. Kenneth Howes associe une face avant classique de sportive britannique à une partie arrière plus spectaculaire. Les ailerons des premières séries rappellent les grandes automobiles américaines de l’époque, mais leurs dimensions restent adaptées au gabarit compact du roadster.
La carrosserie présente des proportions équilibrées, avec un capot relativement long, un pare-brise légèrement enveloppant et un habitacle placé en retrait. Les phares circulaires et les éléments chromés contribuent à son identité. À partir de la Series IV, la réduction des ailerons et la nouvelle présentation de la calandre modernisent sensiblement l’apparence sans bouleverser la structure de la voiture.
L’habitacle se distingue de celui de certaines concurrentes par une recherche de confort. Les occupants disposent de véritables vitres latérales descendantes, plus pratiques que les écrans amovibles de plusieurs roadsters contemporains. Le tableau de bord comporte une instrumentation complète, tandis que la position de conduite reste basse, avec un volant relativement grand et une commande de boîte directement accessible.
La capote souple peut être repliée dans un compartiment situé derrière les sièges. Un hardtop amovible permet d’utiliser l’Alpine comme une voiture fermée pendant les saisons moins favorables. Cette polyvalence correspond à la stratégie de Rootes, qui souhaite séduire des conducteurs recherchant une sportive utilisable régulièrement plutôt qu’une automobile exclusivement destinée aux loisirs du week-end.
Sur la route, l’Alpine privilégie un comportement progressif. Son train avant indépendant, sa direction à crémaillère et son poids contenu favorisent l’agilité, tandis que l’essieu arrière rigide et les ressorts à lames rappellent sa conception traditionnelle. Le moteur quatre cylindres offre des performances suffisantes pour les déplacements rapides de son époque, sans rechercher les accélérations d’une sportive de forte cylindrée.
L’overdrive disponible sur plusieurs versions constitue un équipement intéressant pour les longs trajets. Il permet de réduire le régime moteur à vitesse stabilisée, améliorant l’agrément et limitant les nuisances sonores. Les dernières séries bénéficient également des progrès apportés à la synchronisation de la boîte et à la souplesse du moteur.
Sunbeam Tiger, coupés Harrington et compétition
La Sunbeam Alpine sert de base à plusieurs dérivés sportifs. Le plus célèbre est la Sunbeam Tiger, introduite en 1964. Développée avec la participation de Carroll Shelby et de son équipe, elle reçoit un moteur Ford V8 installé dans la carrosserie de l’Alpine. Cette transformation nécessite des modifications importantes du compartiment moteur, de la transmission et des trains roulants. La Tiger conserve une apparence proche de celle de l’Alpine, mais appartient à une catégorie de performances différente.
Le carrossier britannique Thomas Harrington réalise également des coupés sur la base du roadster. Ces automobiles se distinguent par leur pavillon fixe et leur partie arrière redessinée. La Harrington Alpine et la Harrington Le Mans combinent ainsi les caractéristiques mécaniques de la Sunbeam avec une carrosserie plus aérodynamique et une présentation spécifique.
La compétition contribue à la notoriété du modèle. Aux États-Unis, l’Alpine participe aux championnats organisés par le Sports Car Club of America. Vince Tamburo remporte notamment le titre national G-Production en 1960 avec une Alpine Series I. D’autres pilotes, dont Don Sesslar, obtiennent des résultats dans les catégories réservées aux voitures de sport de petite cylindrée.
En 1961, une Sunbeam Harrington engagée aux 24 Heures du Mans remporte l’indice de rendement thermique. Ce résultat met en valeur l’efficacité d’une voiture dont la puissance reste modeste face à celle des prototypes et des grandes sportives présents dans l’épreuve.
L’Alpine acquiert également une certaine célébrité au cinéma. Dans le film James Bond 007 contre Dr No, sorti en 1962, Sean Connery conduit une Sunbeam Alpine Series II bleue lors de scènes tournées en Jamaïque. Cette apparition précède les célèbres Aston Martin de la saga et constitue l’une des représentations les plus connues du roadster britannique.
Production et place de la Sunbeam Alpine en collection
La Sunbeam Alpine de deuxième génération totalise 69 251 exemplaires entre 1959 et 1968. La Series II représente 19 956 voitures et la Series V atteint 19 122 exemplaires. Les Series I, III et IV, ainsi que la sous-série IVa, complètent cette production. Ces chiffres témoignent d’une diffusion significative pour un roadster britannique, même si l’Alpine reste moins répandue que certaines MG et Triumph contemporaines.
La carrière commerciale du modèle se déroule pendant une période de transformation du groupe Rootes. L’arrivée progressive de Chrysler dans son capital modifie les orientations industrielles du constructeur. Lorsque la production de l’Alpine s’achève en 1968, aucun roadster Sunbeam directement équivalent ne prend sa relève. Le nom Alpine est réutilisé en 1969 pour un coupé Fastback appartenant à une famille technique différente.
Sur le marché de la collection, les premières séries attirent notamment les amateurs de carrosseries à grands ailerons, tandis que la Series V séduit par son moteur plus abouti et ses améliorations techniques. La Series III présente un intérêt particulier en raison de sa production relativement limitée et de ses équipements intermédiaires. Les coupés Harrington constituent des variantes plus rares, dont l’identification nécessite une documentation spécifique.
L’état de la carrosserie constitue un point essentiel lors de l’examen d’une Alpine ancienne. Sa structure monocoque impose une attention particulière aux bas de caisse, aux planchers, aux passages de roues et aux zones d’ancrage des suspensions. La corrosion peut affecter des éléments porteurs dont la réparation demande des travaux importants.
La conformité mécanique mérite également d’être vérifiée. Les moteurs, les boîtes de vitesses et certains composants ont pu être remplacés au cours de la vie des voitures. Les numéros de châssis, les références moteur et les caractéristiques propres à chaque série permettent de contrôler l’authenticité d’un exemplaire. Les modifications de carrosserie et les changements de calandre peuvent parfois donner à une Alpine l’apparence d’une autre série.
Les équipements d’origine jouent enfin un rôle dans l’appréciation d’une voiture conservée ou restaurée. La présence d’un hardtop d’époque, d’un overdrive fonctionnel, de roues conformes et d’un intérieur correspondant à l’année de fabrication contribue à documenter sa configuration. Pour les versions Sports et GT, la vérification des caractéristiques d’usine est particulièrement utile, car certaines automobiles ont reçu au fil du temps des accessoires ou des transformations provenant d’autres séries.
