Ferrari 315 S

Ferrari 315 S

La Ferrari 315 S est un sport-prototype conçu pour la saison 1957, à une époque où Ferrari engage des barquettes toujours plus puissantes dans les grandes épreuves d’endurance. Son V12 de 3,8 litres développe 360 ch, tandis que sa victoire aux Mille Miglia 1957 lui assure une place particulière dans l’histoire de la marque. Sa carrière reste pourtant très courte, en raison de l’évolution rapide des règlements et de l’arrivée presque immédiate de la 335 S.

Un sport-prototype conçu pour les grandes courses routières

La 315 S appartient à une génération de Ferrari développées pour les circuits rapides et les longues épreuves disputées sur route ouverte. Elle s’inscrit dans la continuité de modèles comme la Ferrari 290 S, dont elle reprend la philosophie générale : un moteur V12 placé à l’avant, un châssis tubulaire léger et une carrosserie ouverte réduite à l’essentiel.

Cette architecture répond aux contraintes des courses d’endurance des années 1950. Une voiture destinée aux Mille Miglia doit être rapide sur de longues lignes droites, suffisamment maniable dans les portions sinueuses et capable de résister à plusieurs heures d’efforts sur des routes très variées. La puissance seule ne suffit donc pas. Le poids, le refroidissement, la fiabilité du moteur et la stabilité à haute vitesse jouent un rôle tout aussi important.

La 315 S prolonge également le développement des grandes barquettes V12 de Ferrari, après des voitures telles que la Ferrari 410 S. Elle ne constitue toutefois pas une voiture de route adaptée à la compétition. Il s’agit dès l’origine d’une machine de course, dépourvue des compromis de confort et de facilité d’utilisation d’un modèle destiné à la circulation quotidienne.

Un V12 de 3,8 litres développant 360 ch

Le cœur de la Ferrari 315 S est un moteur V12 atmosphérique à 60 degrés, installé longitudinalement à l’avant. Sa cylindrée exacte atteint 3 783,40 cm³. Il délivre 360 ch à 7 800 tr/min, une puissance élevée pour un prototype de moins de 900 kg conçu au milieu des années 1950.

L’appellation « 315 » fait référence à la cylindrée unitaire du moteur. Chaque cylindre affiche précisément 315,28 cm³. Multipliée par douze, cette valeur donne la cylindrée totale de 3 783,40 cm³. Ferrari utilise régulièrement ce principe de désignation à cette période, même si toutes les appellations de la marque ne suivent pas systématiquement la même logique.

Le V12 possède quatre arbres à cames en tête, soit deux par rangée de cylindres, commandés par chaîne. Il utilise deux soupapes par cylindre, six carburateurs Weber 42 DCN, un double allumage et une lubrification par carter sec. Selon la fiche technique officielle de Ferrari, cette évolution du moteur était à la fois plus fiable et plus légère de 9 kg que la précédente configuration à simple arbre à cames.

CaractéristiqueDonnée
ArchitectureV12 atmosphérique à 60 degrés
Cylindrée3 783,40 cm³
Puissance360 ch à 7 800 tr/min
AlimentationSix carburateurs Weber 42 DCN
DistributionQuatre arbres à cames en tête
TransmissionBoîte manuelle à quatre rapports
Poids à sec880 kg
Vitesse maximale290 km/h

Un châssis léger adapté à l’endurance

La mécanique est installée dans un châssis tubulaire en acier habillé d’une carrosserie spider biplace. L’empattement mesure 2 350 mm et le poids à sec annoncé est de 880 kg. Le rapport entre la puissance et la masse contribue directement aux performances de la voiture, dont la vitesse maximale officielle atteint 290 km/h.

La transmission comprend une boîte manuelle à quatre rapports, complétée par une marche arrière. La suspension avant est indépendante, tandis que l’arrière repose sur un essieu De Dion. Cette solution permet de mieux contrôler les mouvements des roues arrière qu’un essieu rigide traditionnel, tout en restant adaptée aux contraintes de puissance et de robustesse d’un prototype d’endurance.

Le freinage est assuré par des tambours. Ce choix peut paraître rudimentaire face aux freins à disque qui se généralisent ensuite en compétition, mais il reste courant sur les voitures de course Ferrari de cette période. La conception de la 315 S repose ainsi sur un équilibre entre solutions déjà éprouvées et évolution poussée du moteur.

La victoire de Piero Taruffi aux Mille Miglia 1957

Le résultat le plus important de la Ferrari 315 S est sa victoire aux Mille Miglia, le 12 mai 1957. Piero Taruffi parcourt l’épreuve en 10 h 27 min 47 s, à la moyenne de 152,632 km/h. Les archives officielles de la 1000 Miglia enregistrent cette performance comme la dernière victoire de l’épreuve originelle disputée sous la forme d’une course de vitesse.

Taruffi a alors 51 ans. Il avait déjà participé treize fois aux Mille Miglia sans parvenir à les remporter. Après cette victoire, il tient la promesse faite à son épouse et annonce sa retraite sportive. Son coéquipier Wolfgang von Trips termine derrière lui au volant d’une autre 315 S, offrant à Ferrari les deux premières places.

La performance exigeait bien davantage qu’une vitesse de pointe élevée. Le tracé reliait Brescia à Rome avant de revenir vers Brescia, sur des routes publiques traversant villes, montagnes et campagnes. La mécanique devait supporter les changements de rythme, les revêtements irréguliers et une sollicitation prolongée, sans les zones de dégagement ni les dispositifs de sécurité d’un circuit moderne.

Ne pas confondre la 315 S avec la 335 S

La 315 S est fréquemment associée à la Ferrari 335 S, car les deux modèles participent aux Mille Miglia 1957 et partagent une conception proche. La 335 S constitue cependant une évolution plus puissante. Son V12 est porté à 4 023,32 cm³ et sa vitesse maximale annoncée atteint 300 km/h.

La distinction est importante lorsque l’on évoque l’accident qui marque la dernière édition des Mille Miglia sous leur forme originelle. La voiture d’Alfonso de Portago et d’Edmund Nelson était une 335 S, et non la 315 S victorieuse de Taruffi. L’accident provoque la mort des deux occupants ainsi que de neuf spectateurs et contribue directement à l’arrêt de cette course de vitesse sur route ouverte.

Une carrière interrompue par le changement de règlement

La carrière internationale de la Ferrari 315 S se concentre essentiellement sur la saison 1957. La voiture se situe au terme d’une évolution commencée avec d’autres grandes barquettes à moteur V12, parmi lesquelles la Ferrari 375 Plus. Ferrari cherche alors à obtenir toujours plus de puissance et de vitesse pour les épreuves les plus exigeantes du calendrier.

Cette course à la cylindrée est interrompue par le règlement adopté pour 1958. La Fédération internationale de l’automobile limite alors à trois litres la cylindrée des prototypes engagés dans le championnat du monde des voitures de sport. Les 315 S et 335 S, équipées de moteurs nettement supérieurs à cette limite, deviennent rapidement inadaptées aux principales compétitions internationales. Ferrari se tourne dès lors vers la 250 Testa Rossa et son V12 de trois litres, mieux adapté aux nouvelles règles.