La Ferrari 375 America est une grand tourisme de très haut de gamme présentée au Salon de Paris en 1953. Elle succède aux 340 America et 342 America et vise une clientèle extrêmement fortunée, en particulier aux États Unis. Construite parallèlement à la 250 Europa avec laquelle elle partage le châssis, elle se distingue par l’adoption du plus gros V12 Lampredi de route de l’époque d’une cylindrée de quatre litres et demi.
Contexte, production et carrossiers
La production de la Ferrari 375 America s’étend de la fin de l’année 1953 à 1955. Ferrari recense dix exemplaires construits comme 375 America à part entière, numérotés de 0293 AL à 0355 AL. Deux châssis de 250 Europa reçoivent ensuite le moteur quatre virgule cinq litres à la demande de leurs propriétaires, ce qui porte à onze ou douze voitures le nombre total de Ferrari de route équipées de ce V12 dans cette configuration. Il s’agit d’automobiles réalisées sur mesure, chacune avec des finitions et des détails propres à son premier propriétaire.
La majorité des 375 America est carrossée par Pinin Farina qui réalise au moins huit coupés dont un coupé Speciale spectaculaire destiné à Gianni Agnelli. Le carrossier Vignale signe quelques coupés et surtout un cabriolet unique, châssis 0353 AL, seul cabriolet 375 America jamais construit. Toutes les voitures sont en conduite à gauche et appartiennent au sommet absolu de la gamme Ferrari de route.
Le V12 Lampredi de quatre litres et demi
La 375 America utilise le gros V12 Lampredi, dit long block, issu des programmes de Formule 1 et des 375 de compétition. Ce moteur en alliage léger est installé à l’avant en position longitudinale et privilégie le couple ainsi qu’une grande souplesse pour un usage de grand tourisme tout en conservant une puissance très élevée.
- Architecture V12 à soixante degrés en position avant longitudinale
- Cylindrée totale d’environ 4 522 centimètres cubes
- Cylindrée unitaire voisine de 377 centimètres cubes par cylindre
- Alésage et course de 84 par 68 millimètres
- Taux de compression proche de 8 pour 1
- Distribution simple arbre à cames en tête par rangée
- Deux soupapes par cylindre soit vingt quatre soupapes au total
- Alimentation par trois carburateurs Weber 40 DCF
- Allumage avec deux bobines et une bougie par cylindre
- Lubrification par carter humide
- Embrayage bi disque
- Puissance maximale d’environ 300 chevaux à 6 300 tr par minute
- Puissance spécifique d’environ 66 chevaux par litre
- Couple voisin de 392 newton mètres selon les estimations modernes
Ce V12 Lampredi représente alors le moteur de route le plus puissant de la marque. Par rapport aux versions de compétition, le taux de compression est légèrement réduit et la carburation est adaptée afin d’offrir un fonctionnement plus doux sans sacrifier les performances en vitesse de croisière.
Châssis, trains roulants et architecture
La Ferrari 375 America repose sur un châssis tubulaire en acier de type 104, dérivé de celui de la 342 America. L’empattement porté à environ deux mille huit cents millimètres en fait la Ferrari de route la plus longue de son époque. L’architecture demeure classique avec moteur à l’avant, transmission aux roues arrière et carrosserie de coupé ou cabriolet deux places.
- Empattement d’environ 2 800 millimètres
- Voie avant proche de 1 325 millimètres
- Voie arrière voisine de 1 320 millimètres
- Châssis tubulaire en acier avec carrosserie en acier ou aluminium selon carrossier
- Boîte de vitesses manuelle à quatre rapports entièrement synchronisés et marche arrière
- Transmission aux roues arrière
- Suspension avant indépendante à doubles triangles et ressort à lame transversal
- Suspension arrière à essieu rigide avec ressorts à lames semi elliptiques
- Amortisseurs hydrauliques Houdaille aux quatre roues
- Freins à tambours hydrauliques sur les quatre roues
- Direction à vis sans fin et secteur
- Pneus de dimension 7,10 par 15 à l’avant et à l’arrière
- Réservoir de carburant d’environ 140 litres
- Poids à sec d’environ 1 150 kilogrammes
- Poids en ordre de marche voisin de 1 200 à 1 225 kilogrammes
Ce châssis privilégie la stabilité et le confort à haute vitesse plutôt que la vivacité d’une voiture de compétition. Les suspensions à lames et les freins à tambours restent typiques du début des années cinquante mais l’ensemble est dimensionné pour supporter la vitesse et le poids d’une grande GT.
Performances et comportement routier
Avec environ 300 chevaux pour un peu plus de 1,2 tonne, la Ferrari 375 America affiche un rapport poids puissance voisin de deux cent cinquante chevaux par tonne. La vitesse maximale250 kilomètres par heure, ce qui en fait l’une des GT les plus rapides de son époque. Les estimations modernes situent l’accélération de zéro à cent kilomètres par heure dans une plage d’environ six secondes et demie, un chiffre remarquable pour une voiture de 1953 orientée vers le grand tourisme.
La 375 America n’est pas conçue comme une machine de course pure mais comme un coupé ou cabriolet très rapide, capable de maintenir des vitesses élevées sur de longues distances dans un confort et un luxe supérieurs aux modèles plus sportifs du catalogue. L’intérieur, richement fini selon les souhaits du client, renforce cette vocation de grande routière de prestige.
Utilisation, clients et histoire
La Ferrari 375 America est avant tout une voiture de route de luxe. Quelques exemplaires apparaissent dans des rallyes et épreuves routières, comme le Rallye de Genève où un châssis est engagé au milieu des années cinquante et termine dans le top dix, mais son terrain naturel reste la route ouverte. Les clients sont des industriels, des aristocrates et des collectionneurs très aisés, notamment en Europe et aux États Unis.
Parmi les propriétaires les plus célèbres figure Gianni Agnelli, qui reçoit un coupé Pinin Farina Speciale à la ligne très pure. Le cabriolet Vignale unique et les coupés Pinin Farina ou Vignale sont aujourd’hui très présents dans les concours d’élégance de haut niveau où ils illustrent le sommet du style et de la technique Ferrari des années cinquante.
Prix d’époque et valeur de collection
À sa sortie, la 375 America est vendue directement par Ferrari et les carrossiers sur commande, sans tarif catalogue standard. Elle se situe au sommet des prix pratiqués pour une voiture de route, largement au dessus des 250 Europa plus diffusées. Le coût d’acquisition inclut un niveau de personnalisation très élevé et un moteur dérivé des programmes de compétition.
Sur le marché actuel de la collection, la Ferrari 375 America figure parmi les GT Lampredi les plus recherchées. Les coupés Pinin Farina et Vignale, lorsqu’ils sont entièrement restaurés, certifiés Ferrari Classiche et accompagnés d’un historique clair, se négocient déjà à plusieurs millions de dollars. Le cabriolet Vignale unique, châssis 0353 AL, a été adjugé à plus de 7,5 millions de dollars lors d’une vente prestigieuse, ce qui donne une idée du niveau de valeur atteint par les exemplaires les plus rares et les plus remarquables de cette série exceptionnelle.












