Lorsque Ferrari dévoile la California T en 2014, la réaction est immédiate : curiosité, scepticisme, puis fascination. Car derrière cette lettre discrète (T pour Turbo) se cache un tournant historique. Pour la première fois depuis la mythique F40, Ferrari réintroduit un V8 turbocompressé dans une voiture de route. Mais loin d’une supercar radicale, la California T assume pleinement son rôle : celui d’une GT moderne, polyvalente, performante et utilisable au quotidien, sans renoncer à l’ADN de Maranello.
Produite de 2014 à 2017, elle remplace la California originelle et sera elle-même remplacée par la Ferrari Portofino, dont elle constitue le véritable socle technique et conceptuel.
Une Ferrari à part dans la gamme
Depuis son lancement initial en 2008, la California occupe une place singulière chez Ferrari. Moteur V8 en position avant, toit rigide escamotable, configuration 2+2 : autant d’éléments qui l’éloignent des berlinettes traditionnelles de la marque. Avec la California T, Ferrari pousse cette logique plus loin encore.
L’objectif est clair : proposer une Ferrari capable d’offrir confort, performances et polyvalence, tout en répondant aux nouvelles contraintes environnementales. Le passage au turbo n’est pas un renoncement, mais une adaptation stratégique — et la California T sert de laboratoire à cette transition.
Design et évolution stylistique
Esthétiquement, la California T se distingue nettement de la première California. La face avant est redessinée, plus agressive, inspirée des codes esthétiques de la F12berlinetta, avec une calandre plus expressive et des optiques affinées. Les flancs gagnent en tension, tandis que l’arrière adopte des lignes plus musclées sans renier l’élégance propre au modèle.
Le toit rigide escamotable en aluminium permet de passer d’un coupé à un cabriolet en quelques secondes, offrant deux visages bien distincts à la voiture : celui d’un coupé GT raffiné et celui d’un cabriolet sportif à ciel ouvert.
Dimensions et gabarit
La Ferrari California T affiche des proportions typiques d’une GT moderne, équilibrées entre élégance et présence sur la route :
- Longueur : 4 570 mm
- Largeur : 1 910 mm
- Hauteur : 1 322 mm
- Empattement : 2 670 mm
- Voie avant : 1 630 mm
- Voie arrière : 1 605 mm
Ces dimensions lui confèrent une stature imposante mais parfaitement maîtrisée, avec une habitabilité supérieure à celle des Ferrari à moteur central, tout en conservant une posture sportive.
Le cœur de la California T : le V8 biturbo
Le changement majeur se situe sous le capot. La California T adopte un V8 biturbo de 3,9 litres (3 855 cm³), dérivé de la famille de moteurs qui équipera ensuite de nombreux modèles Ferrari.
- Puissance maximale : 560 ch à 7 500 tr/min
- Couple maximal : 755 Nm à 4 750 tr/min
- Transmission : boîte double embrayage à 7 rapports
Ferrari a particulièrement travaillé la gestion du turbo afin de préserver une réponse à l’accélérateur progressive et naturelle. Le résultat est un moteur très coupleux, souple à bas régime, mais capable de monter en régime avec vigueur, offrant une expérience plus accessible que celle des Ferrari atmosphériques les plus radicales.
Performances : une GT aux chiffres de supercar
Malgré son positionnement plus polyvalent, la California T affiche des performances de haut niveau :
- 0 à 100 km/h : 3,6 secondes
- 0 à 200 km/h : environ 11,2 secondes
- Vitesse maximale : 316 km/h
- Poids à sec : 1 625 kg
- Poids en ordre de marche : 1 730 kg
- Répartition des masses : 47 % avant / 53 % arrière
Ces chiffres confirment le double visage de la California T : suffisamment rapide pour rivaliser avec de nombreuses supercars, tout en restant civilisée et confortable sur de longs trajets.
Châssis, confort et technologie
La California T est conçue pour être utilisée au quotidien. Elle bénéficie de suspensions adaptatives MagnaRide, capables d’alterner entre confort et fermeté selon le mode de conduite sélectionné. Le système F1-Trac, dérivé de la Formule 1, optimise la motricité, tandis que la direction gagne en précision par rapport à la génération précédente.
Un pack Handling Speciale était disponible en option sur certaines versions, proposant un réglage de suspension plus ferme, un échappement sport et une calibration électronique plus agressive, rapprochant la California T du comportement d’une vraie sportive.
Habitacle et aspects pratiques
À bord, la California T assume pleinement son rôle de GT. Les matériaux sont de grande qualité, avec cuir, aluminium et carbone selon les configurations. La position de conduite est confortable, les commandes accessibles, et l’insonorisation bien supérieure à celle des Ferrari plus radicales.
La configuration 2+2 permet d’accueillir occasionnellement des passagers arrière ou d’augmenter la capacité de chargement. Le coffre offre :
- 340 litres toit fermé
- 240 litres toit ouvert
Le réservoir de 78 litres permet d’envisager de longs trajets sans contrainte excessive.
Prix et positionnement sur le marché
À sa sortie, la Ferrari California T se positionne comme une Ferrari relativement accessible dans la gamme, avec un prix neuf variant fortement selon les marchés et les options, mais généralement situé autour de 200 000 à 230 000 € en Europe.
Sur le marché de l’occasion, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des Ferrari modernes les plus accessibles, tout en offrant des performances et une image de marque intactes. Cette accessibilité relative contribue à son succès auprès d’un public plus large, souvent primo-accédant à la marque.
Une Ferrari de transition devenue essentielle
La Ferrari California T n’est pas une Ferrari comme les autres. Elle n’a jamais prétendu être la plus radicale ou la plus extrême. En revanche, elle est fondamentale dans l’histoire récente de la marque. Première Ferrari V8 turbo moderne, elle ouvre la voie à toute une génération de modèles qui suivront.
GT élégante, performante, confortable et technologiquement avancée, la California T réussit un équilibre délicat : rester une vraie Ferrari, tout en s’adaptant à un monde automobile en mutation. Aujourd’hui encore, elle demeure une porte d’entrée crédible et désirable dans l’univers Ferrari, et un modèle clé pour comprendre l’évolution de la marque au cheval cabré.












