Histoire de la marque Bolloré

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Bolloré est un cas à part dans l’histoire automobile française. La marque n’est pas née d’un constructeur traditionnel, mais d’un groupe industriel dont le savoir-faire dans les matériaux électriques et le stockage d’énergie a progressivement conduit à la voiture électrique. Son aventure automobile commence réellement au début des années 2000 avec la Bluecar, avant de prendre une tout autre dimension grâce à Autolib’. Plus qu’une gamme classique de voitures particulières, Bolloré a développé un ensemble associant batteries, véhicules, bornes de recharge et services d’autopartage. Cette stratégie explique à la fois la notoriété rapide de la Bluecar et l’effacement de la marque automobile après la fin d’Autolib’.

1822 : les origines industrielles du groupe précèdent largement l’automobile

L’histoire de Bolloré commence bien avant la voiture. Le groupe fait remonter ses origines à une manufacture de papier créée en 1822 à Odet, près de Quimper. Les sources historiques attribuent la fondation de cette papeterie à Nicolas Le Marié, tandis que Jean-René Bolloré en prend la direction en 1861. Il serait donc inexact de présenter Bolloré comme une marque automobile fondée en 1822 : cette date correspond à la racine industrielle de l’entreprise dont découlera, près de deux siècles plus tard, son activité automobile.

Le lien avec la voiture électrique se construit progressivement au XXe siècle. Lorsque le papier utilisé dans les condensateurs est remplacé par des matériaux plastiques, Bolloré développe une expertise dans les films très fins en polypropylène. Cette évolution conduit le groupe à travailler sur le stockage électrique puis sur les batteries. À partir des années 1980 et 1990, ces recherches se concentrent notamment sur une technologie appelée Lithium Métal Polymère, ou LMP. C’est cette compétence, et non une tradition de construction automobile, qui donnera naissance au projet Bluecar.

2004 : la Bluecar transforme la recherche sur les batteries en projet automobile

Le véritable début de l’histoire automobile de Bolloré intervient en 2004 avec le développement d’un premier prototype Bluecar. Présentée au public au Salon de Genève en 2005, cette voiture électrique sert d’abord de vitrine à la technologie de batterie développée par le groupe. Bolloré cherche alors à démontrer qu’une batterie issue de ses propres recherches peut alimenter un véhicule destiné à un usage quotidien.

Cette origine explique le positionnement particulier de la Bluecar. Bolloré ne cherche pas immédiatement à reproduire le modèle d’un grand constructeur possédant une gamme complète, un vaste réseau commercial et plusieurs plateformes. La voiture constitue d’abord le prolongement d’une stratégie industrielle centrée sur l’énergie. Le véhicule devient ainsi un moyen de mettre en application la batterie LMP dans des conditions réelles.

2007 : l’accord avec Pininfarina donne une dimension industrielle à la Bluecar

Pour transformer le prototype en automobile produite en série, Bolloré doit acquérir des compétences qu’il ne possède pas encore. En décembre 2007, le groupe s’associe à Pininfarina dans une entreprise détenue à parts égales. Le partenaire italien ne se limite pas au dessin de la carrosserie : il apporte son expérience de la conception et de la fabrication automobile, tandis que Bolloré fournit notamment sa technologie électrique et sa batterie.

Une version plus proche de la série est présentée au Mondial de l’Automobile de Paris en 2008, puis le projet entre dans une phase de commercialisation. Cette coopération marque une étape décisive car elle permet à Bolloré de passer du démonstrateur technologique à une véritable voiture. La Bluecar devient alors l’un des rares projets français de voiture entièrement électrique engagés dans une industrialisation au moment où ce marché reste encore embryonnaire.

2010 : le contrat Autolib’ change l’échelle de l’aventure Bolloré

Le tournant majeur intervient en 2010 lorsque Bolloré remporte la délégation destinée à exploiter le service parisien Autolib’. Le dispositif ouvre au public le 5 décembre 2011 et met des Bluecar à disposition dans Paris et sa proche banlieue. La même année, Bolloré prend le contrôle total de l’entreprise commune créée avec Pininfarina, jusque-là détenue à 50 % par chacun des partenaires.

Autolib’ transforme profondément le rôle de la Bluecar. Le véhicule n’est plus seulement une automobile électrique proposée à des particuliers : il devient la pièce centrale d’un système complet de mobilité électrique réunissant voitures, stations, bornes de recharge, abonnements et gestion informatique. Plusieurs milliers de Bluecar finissent par circuler dans le cadre du service, donnant au modèle une visibilité que des ventes classiques auraient difficilement permis d’obtenir.

Le succès d’image d’Autolib’ encourage Bolloré à adapter le principe à d’autres villes et à proposer aussi ses véhicules aux entreprises et aux clients privés. La Bluecar reste néanmoins étroitement liée à l’autopartage, qui constitue son principal débouché et le cœur du modèle économique développé par le groupe.

2014 : Renault et PSA renforcent l’ancrage automobile de Bolloré

Après plusieurs années de production en Italie, Bolloré choisit de s’appuyer davantage sur les capacités industrielles de constructeurs établis. Un accord conclu en 2014 avec Renault conduit à l’assemblage de Bluecar dans l’usine de Dieppe à partir de juin 2015. Cette décision montre les limites mais aussi la logique du modèle Bolloré : plutôt que d’investir dans un appareil industriel comparable à celui d’un grand constructeur, le groupe préfère associer sa technologie électrique au savoir-faire automobile de partenaires expérimentés.

Une coopération est également engagée avec PSA. Elle débouche notamment sur la Citroën E-MEHARI, présentée à la fin de 2015. Cette voiture ne doit pas être considérée comme un modèle Bolloré au sens strict : elle est commercialisée sous la marque Citroën. Son intérêt historique tient au fait qu’elle utilise une technologie issue de l’expérience acquise par Bolloré avec ses batteries et ses véhicules électriques. À cette période, l’entreprise apparaît donc autant comme fournisseur de solutions électriques que comme constructeur automobile indépendant.

2018 : la fin d’Autolib’ met un terme au principal débouché de la Bluecar

Le modèle atteint ses limites lorsque la situation financière d’Autolib’ se dégrade. Le service accumule des pertes nettement supérieures aux prévisions initiales et un conflit oppose le concessionnaire aux collectivités sur leur prise en charge. La délégation est finalement interrompue à l’été 2018, avec une fin officielle au 1er août.

Cette rupture constitue le tournant le plus important depuis le lancement du service. Autolib’ représentait à la fois le principal débouché de la Bluecar, sa vitrine auprès du grand public et l’élément central de l’écosystème imaginé par Bolloré. Sa disparition ne correspond pas à une faillite du groupe Bolloré, mais elle prive l’activité automobile particulière de la structure qui avait justifié son développement à grande échelle.

La Bluecar cesse alors progressivement d’occuper une place visible sur le marché. Bolloré ne relance pas derrière elle une nouvelle gamme de voitures particulières destinée à rivaliser avec les grands constructeurs. L’expérience automobile apparaît rétrospectivement comme une phase particulière de l’histoire du groupe, construite autour d’une technologie de batterie et d’un modèle d’autopartage plutôt que comme la naissance d’un constructeur généraliste durable.

2026 : Bolloré poursuit l’électromobilité par les batteries plutôt que par une nouvelle voiture

La situation actuelle confirme ce changement de direction. En 2026, le groupe ne commercialise pas de nouvelle voiture particulière succédant directement à la Bluecar. Ses activités liées à la mobilité électrique sont désormais surtout incarnées par Blue Solutions, spécialisée dans les batteries solides, ainsi que par Bluebus pour les autobus électriques.

Blue Solutions travaille notamment sur de nouvelles générations de batteries à électrolyte solide destinées à plusieurs usages, parmi lesquels l’automobile. Le groupe vise une industrialisation à plus grande échelle de ces technologies autour de la fin de la décennie. L’histoire automobile de Bolloré se termine donc, à ce stade, sans véritable héritière de la Bluecar : la voiture s’est effacée, tandis que la technologie de batterie qui avait provoqué sa naissance demeure au cœur de la stratégie industrielle.