
Devon Motorworks est une marque automobile américaine née à la fin des années 2000 autour de l’entrepreneur Scott Devon. Son histoire est courte mais singulière : plutôt que de construire progressivement une gamme, l’entreprise s’est concentrée presque entièrement sur une supercar, la Devon GTX, développée à partir de la base mécanique de la Dodge Viper. Présentée en 2009 avec l’ambition d’être produite en très petite série, cette voiture devait installer Devon parmi les constructeurs américains de prestige. Le projet n’a toutefois jamais atteint la production commerciale, notamment dans le contexte difficile traversé alors par Chrysler et par l’industrie automobile américaine.
2008 : Scott Devon crée Devon Motorworks autour d’un projet de supercar américaine
Devon Motorworks apparaît en 2008 sous l’impulsion de Scott Devon, entrepreneur américain souhaitant développer une activité située à la rencontre du design industriel, du luxe et de l’automobile. La structure est associée à Los Angeles et se présente davantage comme une maison de design ambitieuse que comme un constructeur déjà doté d’une usine, d’un réseau commercial et d’une gamme complète.
Son projet automobile prend forme dans une période particulièrement agitée pour les constructeurs américains. La crise financière frappe durement le secteur et fragilise notamment Chrysler, propriétaire de plusieurs marques et programmes automobiles historiques. Devon voit alors une occasion de lancer une supercar américaine très exclusive en utilisant une architecture déjà éprouvée plutôt qu’en développant entièrement une voiture à partir de zéro.
Le choix se porte sur la Dodge Viper, dont le spectaculaire moteur V10 et la configuration de sportive à propulsion offrent une base adaptée au projet. Cette relation avec la Viper devient immédiatement déterminante pour l’histoire de Devon : elle permet d’accélérer le développement de la future GTX, mais elle rend aussi la jeune marque dépendante de décisions industrielles prises par un constructeur beaucoup plus important.
2009 : Devon tente de reprendre Viper puis dévoile la GTX
Au printemps 2009, alors que Chrysler est engagé dans une procédure de restructuration majeure, Devon Motorworks franchit une étape décisive en proposant de reprendre les actifs liés à la Viper. L’entreprise dépose une offre de 5,5 millions de dollars et envisage également de conserver temporairement l’utilisation du site de production de Detroit. L’objectif dépasse donc la simple fourniture de composants : Scott Devon espère disposer d’une base industrielle capable de soutenir durablement son propre projet automobile.
Cette tentative n’aboutit pas. Viper reste finalement dans le périmètre de Chrysler réorganisé. Devon décide néanmoins de poursuivre le développement de sa voiture. Durant l’été 2009, la Devon GTX devient le véritable manifeste de la marque. Son dessin est principalement attribué au designer suédois Daniel Paulin, qui travaille avec Scott Devon à une silhouette très différente de celle de la Viper malgré l’utilisation d’éléments mécaniques issus de cette dernière.
La GTX est présentée publiquement en août 2009 à Pebble Beach. Sous sa carrosserie faisant largement appel à la fibre de carbone, elle conserve le V10 de 8,4 litres de la Viper, retravaillé pour développer environ 650 ch, ainsi qu’une boîte manuelle à six rapports. Ces caractéristiques sont importantes moins pour leur valeur technique isolée que pour ce qu’elles révèlent de la stratégie de Devon : créer rapidement une supercar identifiable en associant une mécanique américaine existante à un style, une carrosserie et une mise au point spécifiques.
La société annonce alors un programme extrêmement exclusif, avec une production envisagée de seulement 36 voitures par an et un prix de l’ordre de 500 000 dollars. Devon ne cherche donc pas à devenir un constructeur de volume. Son modèle repose sur une automobile rare, coûteuse et largement artisanale, destinée à rivaliser en image avec les supercars européennes les plus prestigieuses.
2009 : les performances de la GTX donnent de la crédibilité au projet
Après sa présentation, Devon utilise les performances de ses prototypes pour démontrer que la GTX n’est pas seulement un exercice de style. Le pilote Justin Bell participe notamment à son développement et à ses essais sur circuit. À Laguna Seca, une GTX réalise un tour en 1 min 35,075 s, un chrono largement mis en avant par la marque.
Cette performance contribue à la visibilité du projet, mais elle doit être replacée dans son contexte. Devon présente alors ce résultat comme une référence pour une voiture de série, alors que la GTX employée est encore un prototype ou un véhicule de présérie et que la production commerciale n’a pas commencé. Il est donc plus exact d’y voir une démonstration des capacités techniques de la voiture qu’un véritable chapitre de compétition automobile.
Malgré cette exposition et une voiture apparemment suffisamment aboutie pour être essayée et montrée au public, Devon demeure une entreprise très jeune. Son avenir dépend encore de l’accès aux composants de la Viper, de partenaires industriels et de sa capacité à financer une production extrêmement limitée dans un contexte économique peu favorable aux nouveaux constructeurs.
2010 : l’abandon de la GTX met fin aux ambitions de production
Devon prévoyait de livrer les premières GTX au cours du premier trimestre 2010. Ce calendrier ne sera jamais respecté. Dès janvier, le programme est donné comme abandonné. La jeune marque se retrouve confrontée aux conséquences de l’échec de sa tentative de reprise de Viper et aux incertitudes entourant la continuité industrielle du modèle de Dodge dont elle dépend étroitement.
Le contexte économique joue également contre Devon. La crise de 2008 et 2009 a profondément perturbé l’industrie automobile américaine, tandis que la mise en production d’une supercar à plusieurs centaines de milliers de dollars nécessite des capitaux importants pour un volume de vente par définition très faible. Sans maîtrise de la plateforme dont elle dépend et sans outil industriel autonome comparable à celui d’un constructeur établi, Devon ne parvient pas à transformer ses prototypes en automobiles commercialisées en série.
La GTX reste ainsi l’unique véritable modèle automobile de Devon Motorworks. Les rétrospectives consacrées à la marque font généralement état de deux prototypes construits. Ce chiffre ne doit pas être confondu avec l’objectif de 36 exemplaires annuels annoncé lors du lancement, qui n’a jamais été atteint. Devon n’a donc pas connu de gamme successive, de deuxième génération ou de développement industriel comparable à celui d’une marque automobile traditionnelle.
2011 : Devon Works confirme le virage hors de l’automobile
Après l’arrêt du programme GTX, les activités associées à Scott Devon se déplacent vers d’autres secteurs du design et du luxe. Le nom Devon Works est notamment utilisé dans l’horlogerie, avec des créations mécaniques haut de gamme qui prolongent l’intérêt du fondateur pour les objets techniques à forte identité visuelle.
Cette évolution marque la séparation entre l’aventure automobile de Devon Motorworks et les activités ultérieures portant le nom Devon. Il ne s’agit pas d’un rachat de la marque automobile par un autre constructeur, ni d’une relance de la GTX sous une nouvelle identité. Certaines sources rétrospectives situent la fin définitive de Devon Motorworks autour de 2013, mais l’événement historiquement déterminant reste l’abandon du programme automobile dès 2010 plutôt qu’une date administrative de dissolution difficile à établir avec la même précision.
À l’heure actuelle, Devon ne possède plus d’activité automobile identifiable. Le nom subsiste principalement dans l’univers de Devon Works et de ses produits horlogers. L’histoire de la marque de voiture Devon reste donc celle d’une tentative très brève de créer une supercar américaine indépendante : née en 2008, portée à son point culminant par la GTX en 2009, elle s’est arrêtée avant d’atteindre la production commerciale.
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