Histoire de la marque Kissel Motor Car Company

Kissel Motor Car Company naît au début du XXe siècle à Hartford, dans le Wisconsin, au sein d’une famille déjà active dans plusieurs métiers industriels. Constructeur américain indépendant, Kissel se fait progressivement connaître pour des automobiles puissantes et soignées, puis pour des speedsters devenus emblématiques comme le Gold Bug. Son histoire, commencée en 1906, est marquée par une montée en gamme rapide, la Première Guerre mondiale, une diversification de sa production et, à la fin des années 1920, par des difficultés financières qui conduisent à l’arrêt de la construction automobile en 1931.
1906 : la famille Kissel fonde son entreprise automobile à Hartford
La création de Kissel Motor Car Company s’inscrit dans un environnement familial déjà tourné vers l’industrie. Avant de fabriquer des automobiles, les Kissel sont impliqués à Hartford dans différentes activités, notamment la quincaillerie, les machines agricoles et les moteurs à essence. Cette expérience mécanique fournit une base naturelle pour se lancer sur un marché automobile américain encore jeune et très fragmenté.
En juin 1906, Louis Kissel et ses fils structurent l’activité automobile familiale dans le Wisconsin. Certaines sources mettent plus directement en avant George et William Kissel dans le développement de l’entreprise, mais la création est généralement présentée comme une initiative de la famille Kissel autour de Louis et de ses fils.
1907 : les premières Kissel Kar entrent en production
La production automobile débute réellement en 1907 sous l’appellation Kissel Kar. Les premières voitures sont équipées de moteurs quatre cylindres et permettent au constructeur de s’installer sur le marché national. À cette époque, Kissel ne cherche pas à devenir un fabricant de masse comparable aux grands groupes en formation, mais développe des automobiles relativement sophistiquées destinées à une clientèle disposée à payer davantage pour la puissance, la finition et une certaine exclusivité.
Cette orientation donne rapidement à Kissel une identité distincte parmi les nombreux constructeurs américains apparus avant la Première Guerre mondiale. La marque élargit également ses activités au-delà des seules voitures particulières, une diversification qui restera une caractéristique de l’entreprise.
1909 : le six cylindres confirme la montée en gamme de Kissel
À partir de 1909, Kissel propose des modèles à moteur six cylindres. Ce choix illustre une évolution importante : la marque s’éloigne progressivement de la simple automobile fonctionnelle pour se positionner sur des véhicules plus puissants et plus raffinés. Dans les années suivantes, la gamme continue de se développer et Kissel renforce sa réputation de constructeur capable de produire des automobiles ambitieuses en petites séries.
Cette recherche de performances culmine avant la fin des années 1910 avec l’apparition d’une motorisation V12 proposée en 1917. Sans faire de Kissel un constructeur de très grande série, ces solutions mécaniques l’installent clairement dans un segment supérieur du marché américain.
1917 : la guerre transforme la production et le nom de la marque
L’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale modifie l’activité de l’usine de Hartford. Kissel participe à l’effort de guerre en fabriquant notamment des camions pour l’armée, dont des véhicules FWD. Cette production militaire démontre la capacité industrielle de l’entreprise et donne temporairement à ses installations une fonction bien plus large que la seule construction de voitures particulières.
Le conflit a aussi une conséquence sur l’identité commerciale de la société. Dans le climat antigermanique de l’époque, le mot « Kar », volontairement orthographié avec un K et associé aux origines germaniques du nom Kissel, devient moins favorable commercialement. L’entreprise abandonne progressivement l’appellation Kissel Kar pour utiliser simplement Kissel.
1919 : le Gold Bug Speedster devient le modèle emblématique de Kissel
Après la guerre, Kissel revient pleinement au marché civil et lance en 1919 le modèle qui restera le plus étroitement associé à son nom : le Gold Bug Speedster. Avec sa carrosserie sportive et son positionnement plus spectaculaire que celui des modèles conventionnels de la gamme, il donne à Kissel une image plus dynamique et plus prestigieuse.
Le Gold Bug est important moins par ses volumes que par son rôle dans la réputation du constructeur. Il attire une clientèle aisée et contribue à faire de Kissel une marque reconnue pour ses automobiles distinctives. Cette période représente le sommet de son identité de constructeur indépendant spécialisé dans des voitures à forte personnalité.
1927 : le White Eagle prolonge la tradition des speedsters haut de gamme
À la fin des années 1920, Kissel poursuit cette stratégie avec la série White Eagle, dont les versions speedster prolongent l’esprit du Gold Bug dans une présentation plus moderne et luxueuse. Le constructeur continue parallèlement à produire ou à développer différents véhicules utilitaires et spéciaux, ce qui témoigne de la diversité de ses compétences industrielles.
Mais cette sophistication devient aussi plus difficile à soutenir économiquement. Le marché automobile américain se concentre autour d’entreprises capables de produire à des volumes considérables, tandis que les petits constructeurs indépendants doivent financer des renouvellements de gamme toujours plus coûteux. Kissel entre ainsi dans la fin des années 1920 avec une image solide, mais une position financière beaucoup plus vulnérable.
1929 : le projet Ruxton intervient au moment où la situation financière se dégrade
À partir de 1929, Kissel est associé au projet Ruxton, une automobile particulièrement ambitieuse dotée d’une traction avant, architecture encore très inhabituelle aux États-Unis. Kissel participe à sa fabrication dans le cadre d’un montage industriel lié à New Era Motors. Techniquement, le projet est remarquable, mais il arrive au pire moment pour une entreprise déjà fragile.
Le krach de 1929 et la Grande Dépression réduisent brutalement la demande pour les automobiles coûteuses, précisément le segment sur lequel Kissel s’était positionné. Les difficultés entourant New Era Motors et le programme Ruxton compliquent encore la situation. L’entreprise de Hartford ne dispose pas des ressources nécessaires pour absorber durablement cette combinaison de crise économique, de faibles volumes et de tensions financières.
1931 : l’arrêt de la production met fin à Kissel comme constructeur automobile
Après son passage sous administration judiciaire, Kissel cesse de produire des automobiles en 1931. La disparition de la marque comme constructeur intervient après environ vingt-cinq ans d’activité, sans rachat majeur ni relance automobile durable qui aurait prolongé son existence sous une nouvelle propriété.
Kissel appartient donc aujourd’hui à l’histoire des constructeurs américains disparus. Ses voitures subsistantes sont devenues des véhicules de collection, et son histoire demeure particulièrement liée à Hartford, où le Wisconsin Automotive Museum conserve un ensemble important de modèles de la marque. Cette conservation patrimoniale permet de retracer le parcours d’un constructeur indépendant qui, en moins d’un quart de siècle, est passé des premières Kissel Kar aux speedsters de prestige avant d’être emporté par la crise du début des années 1930.
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