
Phoenix Motorcars est une marque américaine née en Californie au début des années 2000, à une époque où le véhicule électrique moderne reste encore un marché de pionniers. Associée à ses débuts à Daniel Riegert et Dana Muscato, l’entreprise cherche d’abord à démontrer qu’un véhicule électrique peut offrir des performances et des temps de recharge compatibles avec un usage routier réel. Son parcours sera toutefois moins linéaire que celui des grands constructeurs : projets technologiques ambitieux, difficultés financières, changement de propriétaire, recentrage sur les véhicules professionnels, introduction en Bourse puis acquisition d’une activité d’autobus électriques ont successivement transformé son identité.
2002 : Phoenix Motorcars naît en Californie autour du véhicule électrique
Les origines de Phoenix Motorcars se situent en Californie du Sud. Les sources contemporaines font remonter la création du projet à 2002, autour de Daniel Riegert et Dana Muscato, tandis que les documents réglementaires ultérieurs indiquent que l’entité prédécesseur Phoenix MC, Inc. a été constituée en 2003 et avait son siège à Anaheim. Cette différence explique pourquoi les deux années apparaissent selon les historiques de l’entreprise.
Dès ses débuts, Phoenix se positionne sur le véhicule électrique à batterie. Contrairement à un constructeur automobile traditionnel disposant d’une gamme thermique à convertir progressivement, la jeune société part directement de la propulsion électrique. Elle cherche alors à résoudre deux obstacles majeurs de cette technologie au milieu des années 2000 : l’autonomie et surtout le temps de recharge.
2006 : le Phoenix SUT met la recharge rapide au centre du projet
En 2006, Phoenix attire l’attention avec son SUT, pour Sport Utility Truck, un utilitaire électrique qui devient le véhicule le plus représentatif de sa première période. La marque s’appuie notamment sur les batteries lithium-titanate NanoSafe développées par Altairnano. Leur principal intérêt réside alors dans leur capacité à accepter une recharge particulièrement rapide.
Phoenix annonce ainsi la possibilité de récupérer une charge importante en une dizaine de minutes dans des conditions adaptées. Cette promesse constitue un élément central du projet : l’entreprise ne veut pas seulement fabriquer un véhicule électrique, elle cherche à réduire l’une des contraintes qui limitent encore fortement son usage. Le SUT donne à Phoenix une visibilité dépassant largement sa taille industrielle, mais le passage d’une démonstration technologique à une production rentable reste difficile.
2009 : la faillite impose une restructuration et un nouveau propriétaire
La crise financière mondiale et les besoins de capitaux d’un constructeur automobile naissant fragilisent fortement Phoenix. En avril 2009, l’entreprise se place sous la protection du Chapter 11 de la législation américaine sur les faillites. Cet épisode marque la fin de la première phase de son histoire, centrée sur l’idée de produire ses propres véhicules électriques légers à grande échelle.
Al Yousuf LLC, société des Émirats arabes unis déjà présente au capital, prend ensuite le contrôle complet de l’entreprise, une opération située selon les sources entre la fin de 2009 et le début de 2010. Ce changement de propriétaire permet à Phoenix de poursuivre son activité, mais avec une stratégie différente. Plutôt que d’affronter directement le marché très capitalistique de l’automobile particulière, la société se tourne progressivement vers des véhicules professionnels pour flottes captives, administrations et entreprises.
2014 : les navettes électriques sur base Ford concrétisent le recentrage professionnel
Le repositionnement devient réellement visible lorsque Phoenix commercialise des véhicules électriques de poids moyen destinés aux flottes. Après avoir développé ses premiers groupes motopropulseurs électriques dans cette catégorie à partir de 2009, l’entreprise met sur le marché en 2014 des navettes et utilitaires reposant notamment sur des châssis E-Series de Ford.
Cette formule est structurante pour la suite de son activité. Phoenix n’a plus à concevoir intégralement un véhicule à partir d’une feuille blanche : elle électrifie des bases industrielles éprouvées et concentre son savoir-faire sur la chaîne de traction, la batterie et l’intégration. Des organismes publics américains, dont l’US Air Force, la Navy ou le Jet Propulsion Laboratory de la NASA, font partie des utilisateurs de ces véhicules. Les générations successives de groupes motopropulseurs, ainsi que les navettes commercialisées sous l’appellation ZEUS, installent durablement Phoenix sur le marché des véhicules commerciaux électriques de classes moyennes.
2020 : SPI Energy reprend Phoenix Motorcars et prépare une nouvelle phase de croissance
Un nouveau changement de contrôle intervient en 2020. EdisonFuture, filiale du groupe SPI Energy, rachète Phoenix Cars LLC et Phoenix Motorcars Leasing LLC pour un montant annoncé de 11,5 millions de dollars. Les activités sont alors placées sous Phoenix Motor Inc.
Cette reprise intervient alors que le marché américain du véhicule électrique connaît une accélération rapide, portée à la fois par les constructeurs de voitures particulières et par les besoins d’électrification des flottes commerciales. Phoenix conserve son orientation professionnelle, mais son nouveau propriétaire cherche à lui donner davantage de moyens industriels et financiers pour développer ses véhicules de poids moyen.
2022 : l’introduction au Nasdaq donne à Phoenix Motorcars un statut de société cotée
En juin 2022, Phoenix Motor Inc. franchit une nouvelle étape en entrant au Nasdaq sous le symbole PEV. L’opération porte sur 2,1 millions d’actions proposées à 7,50 dollars, soit 15,75 millions de dollars de produit brut annoncé avant frais. Pour l’entreprise, cette introduction en Bourse doit notamment soutenir le développement de ses véhicules électriques commerciaux et de ses capacités de production.
La cotation ne transforme toutefois pas immédiatement Phoenix en constructeur de grande série. La société reste une entreprise de taille limitée, exposée à des besoins importants de financement et à un marché où de nombreux fabricants spécialisés tentent simultanément de gagner des contrats auprès des collectivités et des gestionnaires de flottes.
2024 : le rachat des activités de Proterra fait entrer Phoenix dans les autobus électriques
L’un des tournants les plus importants depuis le recentrage sur les véhicules professionnels intervient en 2024. Phoenix rachète pour 3,5 millions de dollars les activités de bus de transport collectif de Proterra, entreprise américaine alors passée par une procédure de faillite. Elle acquiert ensuite pour 6,5 millions de dollars supplémentaires des contrats liés à la location de batteries.
Cette opération change l’échelle et le périmètre de Phoenix. Jusqu’alors principalement associée aux navettes et véhicules commerciaux de poids moyen, l’entreprise récupère une activité d’autobus électriques lourds ainsi que la gamme ZX5 de Proterra. Elle élargit ainsi son champ d’action au transport collectif, avec des véhicules destinés aux réseaux urbains et aux grandes flottes publiques.
2025 : la radiation du Nasdaq souligne la fragilité financière de l’entreprise
L’expansion réalisée avec les actifs de Proterra ne fait pas disparaître les difficultés financières. En avril 2025, la cotation de Phoenix Motor Inc. sur le Nasdaq est suspendue. Après le rejet de son recours en juin, l’action quitte finalement cette place de marché et poursuit sa cotation sur l’OTC Pink sous le symbole PEVM.
En 2026, Phoenix existe toujours et poursuit son activité dans le véhicule électrique commercial, avec un portefeuille désormais étendu des véhicules de poids moyen aux autobus issus de Proterra. Son histoire récente reste néanmoins marquée par une situation financière fragile et par les conséquences de la radiation du Nasdaq. La marque actuelle est ainsi très différente du petit constructeur californien qui présentait son SUT à recharge rapide au milieu des années 2000 : elle est devenue avant tout un spécialiste américain de l’électrification des flottes professionnelles et du transport collectif.
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