Ferrari 250 GT Berlinetta Lusso

Ferrari 250 gt berlinetta lusso

Naissance d’une GT d’exception

La Ferrari 250 GT Berlinetta Lusso, souvent appelée 250 GT Lusso ou GTL, apparaît en 1962 au Salon de Paris. Produite jusqu’en août 1964, elle incarne la dernière évolution routière de la grande lignée des Ferrari 250. Elle se positionne entre la très sportive 250 GT SWB et la plus familiale 250 GTE 2+2, en offrant un rare mélange de confort, de luxe et de performances élevées.

Avec seulement 351 exemplaires construits sur environ dix huit mois, la 250 GT Lusso reste une voiture exclusive. Pensée avant tout comme une Grand Tourisme deux places, elle n’est pas conçue spécifiquement pour la compétition mais reste suffisamment performante pour affronter les circuits de l’époque lorsque certains propriétaires la font courir.

Design Pininfarina et carrosserie Scaglietti

Le dessin de la Berlinetta Lusso est signé Pininfarina et la carrosserie est réalisée à Modène par Scaglietti. La silhouette fastback, avec son hayon vitré et son arrière de type Kamm, offre une ligne d’une grande pureté. Les ailes avant sont marquées, le pavillon semble léger, les montants sont fins et la surface vitrée importante, ce qui donne à la voiture une allure à la fois élégante et dynamique.

C’est l’une des premières Ferrari de série à arborer le blason Pininfarina sur les flancs. L’habitacle, plus spacieux que celui des berlinette purement sportives, bénéficie du positionnement avancé du moteur dans le compartiment, ce qui libère de la place pour le poste de conduite et l’espace à bagages. Derrière les deux sièges se trouve une grande tablette et un compartiment habillé de cuir matelassé, idéal pour les bagages lors des longs trajets.

La planche de bord se distingue par ses grands compteurs de vitesse et compte tours placés au centre, légèrement orientés vers le conducteur. Devant lui, cinq instruments secondaires complètent l’information, accompagnés d’un grand volant Nardi en bois à trois branches en aluminium presque vertical, typique des Ferrari de cette période.

Châssis et trains roulants

Sous la carrosserie, la 250 GT Lusso repose sur un châssis tubulaire dérivé de celui de la 250 GTO, mais avec des tubes de diamètre réduit. L’empattement mesure 2 400 mm, identique à celui de la 250 GT SWB, ce qui confère à la voiture un gabarit compact et une grande agilité. La voie avant est d’environ 1 395 mm et la voie arrière d’environ 1 387 mm.

La suspension avant fait appel à des triangles superposés avec ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques. À l’arrière, la Lusso utilise un pont rigide avec bras tirés, ressorts à lames semi elliptiques associés à des ressorts hélicoïdaux concentriques et amortisseurs télescopiques. Le freinage est assuré par des freins à disque sur les quatre roues, souvent fournis par Dunlop, avec assistance. La direction est de type vis sans fin et secteur et les roues à rayons Borrani reçoivent des pneus Pirelli Cinturato 185 VR 15.

Le V12 Colombo de la 250 GT Lusso

La 250 GT Berlinetta Lusso est animée par le célèbre V12 Colombo de trois litres, dans une de ses formes les plus abouties. Ce moteur privilégie la souplesse et l’agrément sur route, tout en conservant un caractère résolument sportif.

  • Type de moteur : V12 à 60 degrés Colombo Tipo 168 U
  • Cylindrée totale : 2 953,2 cm³ soit trois litres
  • Alésage et course : 73,0 mm et 58,8 mm
  • Distribution : un arbre à cames en tête par banc
  • Alimentation : trois carburateurs Weber 36 DCS double corps
  • Taux de compression : environ 9,2 pour 1
  • Allumage : double bobine avec distributeur placé à l’arrière du moteur
  • Puissance maximale : environ 240 chevaux à 7 500 tours par minute
  • Couple maximal : proche de 242 newton mètres à 5 500 tours par minute
  • Régime maximal : zone rouge autour de 8 000 tours par minute

Ce V12 se montre plus civilisé que les versions strictement compétition. Avec ses trois carburateurs seulement et son arbre à cames par banc, il privilégie la souplesse à bas et moyen régime tout en délivrant une sonorité et une montée en régime caractéristiques des Ferrari 250.

Transmission et architecture mécanique

La Ferrari 250 GT Lusso adopte une architecture classique de moteur avant et propulsion arrière. La boîte de vitesses manuelle à quatre rapports plus marche arrière est commandée par un levier métallique dans la grille Ferrari caractéristique. Certaines voitures auraient reçu une boîte à cinq rapports, mais la configuration la plus courante reste celle à quatre rapports.

La transmission secondaire se fait par un arbre vers le pont arrière qui reçoit un différentiel classique. Cette mécanique simple et robuste, combinée au V12 souple, fait de la Lusso une remarquable routière capable de couvrir de longues distances à haute vitesse dans un grand confort.

Dimensions, poids et performances

Les proportions de la 250 GT Berlinetta Lusso contribuent à son équilibre visuel et dynamique. La voiture est relativement compacte, basse et légère pour une GT de cette époque.

  • Longueur : environ 4 410 mm
  • Largeur : environ 1 750 mm
  • Hauteur : environ 1 290 mm
  • Empattement : 2 400 mm
  • Voie avant : environ 1 395 mm
  • Voie arrière : environ 1 387 mm
  • Poids à sec : environ 1 020 kilogrammes selon Ferrari
  • Capacité du réservoir : environ 114 litres
  • Vitesse maximale annoncée : environ 240 kilomètres par heure
  • Accélération de zéro à cent kilomètres par heure : environ sept à huit secondes selon les essais d’époque

Avec environ 240 chevaux pour un peu plus d’une tonne, la 250 GT Lusso se place parmi les GT les plus rapides du début des années soixante. Les essais contemporains soulignent sa grande stabilité à haute vitesse et sa capacité à enchaîner les kilomètres à un rythme très soutenu tout en préservant le confort des occupants.

Compétition et propriétaires célèbres

Bien que dérivée de bases très sportives, la 250 GT Berlinetta Lusso n’est pas conçue en premier lieu pour la compétition. Elle participe néanmoins à quelques épreuves, comme la Targa Florio ou le Tour de France Automobile, entre 1964 et 1965. Engagée par des pilotes privés, elle y obtient des résultats honorables mais son rôle principal reste celui de GT de route très rapide plutôt que de voiture de course officielle.

Plusieurs personnalités se laissent séduire par sa ligne et ses performances. Parmi elles, on trouve notamment Steve McQueen, dont la 250 GT Lusso est restée célèbre dans l’histoire de la marque. De nombreux collectionneurs et amateurs de Ferrari considèrent aujourd’hui ce modèle comme l’une des plus belles GT jamais produites à Maranello.

Prix d’époque et valeur actuelle

Lors de sa commercialisation, la Ferrari 250 GT Lusso est réservée à une clientèle très aisée. Son prix catalogue aux États Unis au milieu des années soixante se situe autour de 13 375 dollars, ce qui en fait déjà une automobile de prestige.

Sur le marché de la collection moderne, la 250 GT Berlinetta Lusso occupe une place importante. Les exemplaires en bon état, d’origine et idéalement certifiés Ferrari Classiche, changent de mains pour des sommes généralement comprises entre 1,3 et 1,8 million d’euros ou de dollars, avec des pointes encore plus élevées pour les voitures au pedigree et à l’historique exceptionnels. Elle se situe ainsi dans le haut du marché des Ferrari classiques, en dessous des mythiques 250 GTO ou California Spider, mais nettement au dessus de la plupart des autres 250 routières.