Présentée au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1963, la Ferrari 250 LM devait prolonger la domination de Maranello dans les grandes courses d’endurance. Son moteur V12 installé derrière l’habitacle, sa carrosserie de berlinette dessinée pour la compétition et sa victoire aux 24 Heures du Mans 1965 en ont fait l’une des Ferrari de course les plus importantes des années 1960. Pourtant, son histoire commence par un échec réglementaire majeur : Ferrari voulait l’engager parmi les voitures de Grand Tourisme, mais la FIA la considéra comme un prototype.
Une berlinette dérivée de la Ferrari 250 P
La 250 LM n’a pas été conçue à partir d’une feuille blanche. Ferrari la présentait comme la version fermée de la Ferrari 250 P, un prototype à moteur central qui avait déjà démontré l’intérêt de cette architecture en endurance. La nouvelle voiture en reprenait les grands principes mécaniques et structurels, avec un châssis tubulaire, un V12 placé longitudinalement en position centrale arrière et une carrosserie biplace adaptée aux longues épreuves.
Ce choix marquait une rupture avec les Ferrari GT à moteur avant. En plaçant la masse principale derrière le pilote, les ingénieurs cherchaient à améliorer la répartition des masses, la motricité et l’agilité. La 250 LM appartenait ainsi à la même évolution technique que les prototypes Ferrari de cette période, parmi lesquels la Ferrari 275 P, victorieuse au Mans en 1964.
La carrosserie était réalisée par Scaglietti. Ses lignes basses, son pare-brise très incliné et sa poupe tronquée répondaient d’abord à des objectifs aérodynamiques et fonctionnels. La hauteur officielle de seulement 1 115 mm illustre cette recherche de compacité. La voiture mesurait 4 090 mm de long et 1 700 mm de large, avec un empattement de 2 400 mm.
La remplaçante de la 250 GTO que la FIA refusa d’homologuer
Ferrari entendait faire de la 250 LM la succession naturelle de la Ferrari 250 GTO dans la catégorie GT. Cette stratégie devait permettre à la marque de bénéficier d’une voiture techniquement proche d’un prototype tout en l’engageant face à des modèles dérivés de voitures produites en série.
La FIA refusa cependant son homologation en Grand Tourisme. Pour être admise dans cette catégorie, Ferrari devait démontrer la production d’au moins 100 exemplaires. Or, seulement 32 voitures furent construites jusqu’au milieu de l’année 1966. La 250 LM dut donc courir dans la catégorie des prototypes, où elle affrontait des machines conçues sans les mêmes contraintes de production.
Cette décision plaça la voiture dans une situation paradoxale. Elle avait été pensée comme une berlinette de compétition destinée à des équipes clientes, mais elle devait se mesurer à des prototypes plus puissants et continuellement développés par les constructeurs. Le refus d’homologation explique en grande partie pourquoi son palmarès est moins fourni que celui que Ferrari espérait initialement.
Pourquoi s’appelle-t-elle 250 LM avec un moteur de 3,3 litres ?
La dénomination « 250 » peut prêter à confusion. Dans la nomenclature Ferrari de cette époque, le nombre correspond généralement à la cylindrée approximative d’un cylindre. Un V12 de trois litres possède environ 250 cm³ par cylindre, ce qui justifie l’appellation utilisée pour les nombreuses Ferrari 250.
Le premier exemplaire de la 250 LM reçut effectivement un V12 proche de trois litres. Les voitures suivantes furent toutefois équipées d’un moteur de 3 285,72 cm³. Avec environ 275 cm³ par cylindre, elles auraient logiquement pu être baptisées « 275 LM ». Ferrari conserva néanmoins le nom 250 LM, vraisemblablement pour maintenir le lien commercial et sportif avec la famille 250.
Cette appellation ne doit pas non plus être confondue avec celle de la Ferrari 330 LM, une autre voiture d’endurance de la marque, équipée d’un moteur plus volumineux et issue d’une conception différente.
Un V12 de 320 ch pour seulement 820 kg
Dans sa configuration la plus courante, la Ferrari 250 LM utilisait un V12 à 60 degrés de 3 285,72 cm³. Installé longitudinalement derrière les sièges, ce moteur était alimenté par six carburateurs Weber 38/40 DCN et doté d’une lubrification par carter sec. Il développait 320 ch à 7 500 tr/min, selon la fiche technique publiée par Ferrari.
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Moteur | V12 à 60 degrés, central arrière longitudinal |
| Cylindrée | 3 285,72 cm³ |
| Puissance | 320 ch à 7 500 tr/min |
| Alimentation | Six carburateurs Weber 38/40 DCN |
| Boîte de vitesses | Manuelle à cinq rapports |
| Poids à sec | 820 kg |
| Vitesse maximale annoncée | 287 km/h |
Avec un poids à sec de 820 kg, le rapport poids-puissance était particulièrement favorable pour le début des années 1960. La vitesse maximale annoncée atteignait 287 km/h, une valeur remarquable pour une voiture équipée d’un moteur atmosphérique de 3,3 litres.
Le châssis était constitué de tubes d’acier. Les suspensions étaient indépendantes aux quatre roues, tandis que le freinage reposait sur quatre disques. La direction à crémaillère et la boîte manuelle à cinq rapports confirmaient la vocation exclusivement sportive de l’ensemble. La 250 LM n’était pas une routière adaptée à la course, mais une véritable machine de compétition habillée d’une carrosserie fermée.
Une voiture exigeante confiée aux équipes privées
Après le refus d’homologation, Ferrari vendit principalement les 250 LM à des écuries privées. Ces structures devaient assurer leur engagement, leur entretien et leur développement dans des courses où elles affrontaient parfois les voitures officielles des constructeurs.
La position centrale arrière du moteur apportait un comportement plus moderne que celui des Ferrari GT à moteur avant, mais la voiture restait exigeante. Ses performances dépendaient fortement de la préparation, du réglage du châssis et de la capacité des pilotes à gérer les changements d’équilibre au freinage et à l’accélération.
Cette utilisation par des équipes clientes contribua à la diversité de ses engagements. La 250 LM participa à des épreuves internationales, mais aussi à des courses nationales et à des compétitions de moindre importance. Son histoire sportive ne se limite donc pas à une campagne officielle menée directement par Ferrari.
La victoire inattendue aux 24 Heures du Mans 1965
Le sommet de la carrière de la Ferrari 250 LM fut atteint les 19 et 20 juin 1965. La voiture portant le numéro 21, engagée par le North American Racing Team, remporta les 24 Heures du Mans avec Masten Gregory et Jochen Rindt.
Cette victoire ne faisait pas partie des scénarios les plus attendus. Les prototypes officiels plus récents de Ferrari et de Ford semblaient mieux armés pour s’imposer, mais plusieurs favoris abandonnèrent en raison de problèmes mécaniques. La 250 LM du NART profita de sa régularité et de sa fiabilité pour prendre la tête et conserver l’avantage jusqu’à l’arrivée.
Le résultat fut d’autant plus marquant qu’une seconde Ferrari 250 LM termina à la deuxième place. Engagée par l’Écurie Francorchamps, elle était pilotée par Pierre Dumay et Gustave Gosselin. Deux voitures clientes occupèrent ainsi les deux premières positions du classement général.
Le succès de 1965 offrit à Ferrari une sixième victoire consécutive au Mans, après celles obtenues de 1960 à 1964. Il resta également le dernier triomphe général de la marque dans la Sarthe pendant 58 ans. Ferrari ne retrouva la première place qu’en 2023 avec la 499P.
Une victoire privée à replacer dans son contexte
La 250 LM du North American Racing Team est souvent décrite comme la seule Ferrari privée à avoir remporté les 24 Heures du Mans au classement général. Cette formulation n’est plus exacte depuis 2025, année où la Ferrari 499P numéro 83 engagée par AF Corse s’est imposée.
La 250 LM demeure néanmoins la première Ferrari engagée par une équipe privée à avoir remporté le classement général de l’épreuve. Cette précision permet de conserver la portée historique du succès de 1965 sans ignorer les résultats plus récents.
Seulement 32 exemplaires et une valeur devenue exceptionnelle
La production limitée à 32 exemplaires constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs de rareté de la Ferrari 250 LM. Chaque voiture possède par ailleurs un historique propre, lié à ses équipes, à ses pilotes, à ses courses et aux transformations qu’elle a pu subir au fil des décennies.
Les exemplaires ayant conservé une grande partie de leur configuration d’origine ou disposant d’un palmarès important figurent parmi les Ferrari les plus recherchées. Le châssis 5893 occupe une place particulière puisqu’il s’agit de la voiture victorieuse au Mans en 1965.
En février 2025, ce châssis a été vendu à Paris pour 34 880 000 euros. RM Sotheby’s le présentait alors comme la quatrième Ferrari la plus chère vendue publiquement et comme la sixième automobile la plus chère jamais adjugée aux enchères. Ces classements correspondent à la situation annoncée par la maison de ventes le 7 février 2025 et peuvent évoluer avec de futures transactions. Le résultat officiel de la vente confirme surtout la valeur historique accordée à la voiture qui ramena Ferrari au sommet du Mans en 1965.











