La Ferrari 330 P est un prototype de compétition à moteur central conçu pour les grandes épreuves d’endurance du début des années 1960. Équipée d’un V12 de 4 litres développant 370 ch, elle représente une étape importante entre les premières Ferrari à moteur central, comme la Ferrari 250 P, et les prototypes plus évolués qui lui succéderont.
Son nom prête parfois à confusion. Ferrari présente officiellement le modèle sous l’appellation « 330 P (1963) », mais indique que son moteur de 4 litres apparaît en compétition dans cette configuration en 1964. Cette double référence s’explique par la continuité technique entre les prototypes développés à la fin de la saison 1963 et ceux engagés l’année suivante.
Un prototype conçu autour d’un V12 de 4 litres
La Ferrari 330 P reçoit un moteur V12 ouvert à 60 degrés, installé longitudinalement derrière le pilote. Sa cylindrée exacte atteint 3 967,44 cm³. Avec un alésage de 77 mm et une course de 71 mm, chaque cylindre affiche un volume de 330,62 cm³, valeur à l’origine de la dénomination « 330 ».
Ce moteur atmosphérique développe 370 ch à 7 200 tr/min, soit 272 kW. Son alimentation repose sur six carburateurs Weber 38 DCN. Il utilise deux soupapes par cylindre, un taux de compression de 9,8:1 et une lubrification par carter sec, une solution adaptée aux fortes accélérations latérales et aux longues périodes de fonctionnement à haut régime.
Le V12 de la 330 P dérive de la famille mécanique employée sur la 400 Superamerica. Ferrari avait déjà expérimenté ce bloc de forte cylindrée sur la 330 TRI ainsi que sur certaines voitures issues de la famille GTO. Son installation dans un prototype à moteur central permettait d’obtenir davantage de couple et de puissance que les moteurs de 3 litres et de 3,3 litres utilisés précédemment.
Une architecture pensée pour l’endurance
La 330 P repose sur un châssis tubulaire en acier habillé d’une carrosserie ouverte de type spider biplace. Le moteur central arrière contribue à mieux répartir les masses qu’une architecture traditionnelle à moteur avant, tandis que la carrosserie basse réduit la surface frontale.
Les suspensions sont indépendantes aux quatre roues et utilisent des triangles de longueur inégale. La direction est à crémaillère et le freinage repose sur quatre disques. La transmission comprend une boîte manuelle à cinq rapports, complétée par une marche arrière.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Moteur | V12 à 60 degrés, position centrale arrière longitudinale |
| Cylindrée | 3 967,44 cm³ |
| Puissance | 370 ch à 7 200 tr/min |
| Alimentation | Six carburateurs Weber 38 DCN |
| Boîte de vitesses | Cinq rapports plus marche arrière |
| Longueur | 4 160 mm |
| Largeur | 1 675 mm |
| Hauteur | 1 055 mm |
| Empattement | 2 400 mm |
| Poids annoncé | 785 kg |
| Capacité du réservoir | 130 litres |
Avec seulement 1 055 mm de hauteur et un poids annoncé de 785 kg, la 330 P présente un rapport poids-puissance particulièrement favorable pour son époque. Son réservoir de 130 litres répond aux contraintes des épreuves d’endurance, durant lesquelles l’autonomie et la fréquence des ravitaillements jouent un rôle stratégique.
Ferrari ne communique cependant ni vitesse maximale officielle ni valeur d’accélération pour ce modèle. Les chiffres parfois associés à la 330 P dans des fiches non officielles doivent donc être considérés avec prudence, notamment lorsqu’ils ne précisent ni le châssis concerné ni la configuration aérodynamique utilisée.
La place de la 330 P dans la gamme Ferrari
La 330 P s’inscrit dans une période de développement particulièrement rapide. Ferrari faisait alors évoluer plusieurs prototypes proches par leur châssis, leur carrosserie et leur architecture générale, mais équipés de moteurs de cylindrées différentes. La Ferrari 275 P, dotée d’un moteur plus petit, fut ainsi engagée aux côtés de la 330 P durant la saison 1964.
La différence entre ces voitures ne se limite pas à leur nom. Le chiffre 275 ou 330 correspond à la cylindrée approximative d’un cylindre, selon la convention fréquemment utilisée par Ferrari. Le V12 de la 275 P approche 3,3 litres, tandis que celui de la 330 P atteint presque 4 litres.
Cette diversité permettait à Ferrari d’adapter ses voitures aux circuits, aux règlements et aux contraintes de consommation. Le moteur de 4 litres de la 330 P offrait une puissance supérieure, mais son poids, sa consommation et les efforts imposés à la transmission devaient également être maîtrisés sur plusieurs centaines ou milliers de kilomètres.
Le Mans 1964 : deux 330 P sur le podium
Les 24 Heures du Mans 1964 constituent l’un des épisodes les plus marquants de la carrière de la 330 P. La course est remportée par Jean Guichet et Nino Vaccarella au volant d’une Ferrari 275 P. Deux Ferrari 330 P complètent toutefois le podium, confirmant la compétitivité du prototype de 4 litres.
Graham Hill et Jo Bonnier terminent à la deuxième place, devant John Surtees et Lorenzo Bandini, troisièmes. Ferrari réalise ainsi un triplé, mais il serait inexact de présenter la 330 P comme la gagnante de l’épreuve. La victoire revient bien à la 275 P, tandis que les 330 P occupent les deux places suivantes.
Ce résultat illustre la stratégie de Ferrari, qui engageait simultanément plusieurs variantes de ses prototypes. Les différences de cylindrée permettaient de répartir les risques et d’exploiter les qualités propres à chaque configuration au cours d’une course de vingt-quatre heures.
D’autres succès en compétition
La carrière de la Ferrari 330 P ne se limite pas au podium du Mans. Ferrari lui attribue notamment deux victoires à la fin de la saison 1964 : les 1 000 kilomètres de Paris disputés à Montlhéry et le Trofeo Bettoia organisé à Monza, remporté avec Ludovico Scarfiotti.
Des équipes privées étroitement liées à Ferrari ont également engagé le modèle. Le North American Racing Team et Maranello Concessionaires comptent parmi les structures ayant contribué à sa présence internationale. Ces engagements privés permettaient de prolonger la carrière sportive des châssis tout en renforçant la représentation de Ferrari dans les grandes épreuves.
Comme souvent avec les prototypes de cette période, les carrosseries, les moteurs et certains éléments mécaniques pouvaient évoluer au cours de la carrière d’un même châssis. Une voiture identifiée comme 330 P lors d’une course pouvait ensuite recevoir une autre configuration. Cette pratique complique parfois l’interprétation des palmarès établis uniquement à partir du nom du modèle.
De la 330 P aux prototypes suivants
La 330 P est rapidement suivie par la Ferrari 330 P2. Cette dernière ne constitue pas une simple mise à jour esthétique. Elle introduit une nouvelle étape dans le développement du châssis, de l’aérodynamique et du moteur destiné aux compétitions internationales.
La lignée se poursuit ensuite avec la Ferrari 330 P3, développée pour la saison 1966. Ces évolutions témoignent de la vitesse à laquelle les constructeurs adaptaient leurs prototypes face aux progrès aérodynamiques, à l’augmentation des performances et à la concurrence croissante de Ford.
Pourquoi la 330 P ne doit pas être confondue avec la 330 P4
La confusion la plus fréquente concerne la Ferrari 330 P4, modèle beaucoup plus connu apparu en 1967. Malgré une cylindrée presque identique, les deux voitures appartiennent à des générations différentes.
La 330 P de 1963-1964 développe 370 ch à 7 200 tr/min. La 330 P4 atteint 450 ch à 8 000 tr/min grâce à un moteur profondément retravaillé. Sa distribution, son alimentation et son châssis reflètent plusieurs années supplémentaires de développement en compétition.
Leurs carrosseries diffèrent également. La première 330 P conserve les formes relativement simples des prototypes du début des années 1960, tandis que la P4 adopte une silhouette plus enveloppante et plus sophistiquée sur le plan aérodynamique. Employer l’appellation raccourcie « Ferrari 330 P » pour désigner une P4 efface donc une distinction historique et technique essentielle.
Un jalon essentiel dans l’histoire des prototypes Ferrari
La Ferrari 330 P occupe une position charnière. Elle associe l’architecture à moteur central introduite sur les prototypes précédents à un V12 de près de 4 litres, capable de délivrer une puissance élevée tout en affrontant les contraintes des courses d’endurance.
Son palmarès ne se résume pas à une victoire absolue au Mans, qu’elle n’a pas obtenue. Son importance repose plutôt sur sa présence aux avant-postes en 1964, son doublé derrière la 275 P au Mans, ses succès de fin de saison et son rôle dans le développement de la famille des prototypes 330 qui conduira aux P2, P3 puis P4.











