Origine et place dans l’histoire
La Ferrari Dino 206 GT apparaît en 1967 comme un tournant majeur dans l’histoire de la marque. C’est la première Ferrari de route à moteur central arrière et la première à utiliser un V6 issu de la compétition. Commercialisée sous le nom Dino et non sous le nom Ferrari, elle a pour mission d’offrir une voiture de sport plus compacte et plus accessible que les traditionnelles GT à moteur V12, tout en conservant le caractère et le prestige de Maranello.
Produite de 1968 à 1969 à environ cent cinquante exemplaires, la 206 GT reste aujourd’hui une voiture d’une grande rareté. Elle sert de base à la future 246 GT, plus connue du grand public, mais conserve un statut très particulier grâce à sa carrosserie en aluminium, à son V6 deux litres très pointu et à son rôle de pionnière pour toutes les berlinettes Ferrari à moteur central qui suivront.
Style, châssis et architecture générale
La ligne de la Dino 206 GT est signée Pininfarina, puis réalisée par Scaglietti. Le coupé présente des ailes avant très galbées visibles depuis le poste de conduite, un pavillon bas et des flancs creusés qui encadrent des prises d’air latérales discrètes. La poupe adopte un arrière tronqué avec double paire de feux ronds, ce qui donne à l’ensemble une allure à la fois élégante et agressive. De nombreux passionnés considèrent la 206 GT comme l’une des plus belles créations de Pininfarina.
Sous la carrosserie se trouve un châssis tubulaire en acier de type 607, conçu pour recevoir un moteur central arrière transversal. Les longerons, les traverses et les éléments rapportés forment une structure légère mais rigide. La carrosserie est entièrement réalisée en aluminium, ce qui contribue au poids contenu de l’auto. Cette combinaison châssis tubulaire plus enveloppe en aluminium donne à la Dino 206 GT un caractère très sportif, bien différent des grandes GT à moteur avant.
Le moteur V6 Dino
La Dino 206 GT est animée par un V6 Dino à soixante cinq degrés, entièrement en alliage léger. Directement dérivé des moteurs de Formule 2 et de compétition, ce deux litres de près de mille neuf cent quatre vingt sept centimètres cubes est conçu pour les hauts régimes. Il utilise une architecture à double arbre à cames en tête par banc avec deux soupapes par cylindre. Ce choix de distribution favorise la respiration du moteur et permet d’atteindre des vitesses de rotation proches de huit mille tours par minute.
L’alimentation repose sur trois carburateurs double corps Weber, qui assurent un mélange précis et contribuent à la sonorité caractéristique du V6 Dino. Le taux de compression élevé permet au moteur de développer environ cent quatre vingt chevaux, soit une puissance spécifique remarquable pour l’époque. La boîte de vitesses manuelle à cinq rapports est implantée sous le moteur en position transversale, ce qui forme un ensemble compact et bien équilibré.
- Architecture du moteur : V6 à soixante cinq degrés en position centrale arrière transversale
- Cylindrée totale : environ 1 987 cm³ pour une cylindrée unitaire proche de 331 cm³
- Bloc et culasses en alliage léger issus de l’expérience de Ferrari en compétition
- Distribution : double arbre à cames en tête par banc avec deux soupapes par cylindre
- Alimentation : trois carburateurs double corps Weber
- Taux de compression : voisin de 9 pour un
- Puissance maximale : environ 180 ch à 8 000 tr min
- Boîte de vitesses : manuelle à cinq rapports tous synchronisés
Train roulant et comportement
La Dino 206 GT repose sur des suspensions indépendantes aux quatre roues, avec triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barres antiroulis. Cette solution typiquement racing permet un guidage très précis des trains roulants. La direction à crémaillère, non assistée, offre un ressenti direct et fidèle, apprécié des conducteurs sportifs. Les freins à disques sur les quatre roues assurent des distances d’arrêt courtes et une bonne résistance à l’échauffement.
Avec un poids d’environ neuf cents kilogrammes et cent quatre vingt chevaux, la 206 GT bénéficie d’un rapport poids puissance très favorable. La vitesse maximale se situe aux environs de deux cent trente à deux cent trente cinq kilomètres par heure et le zéro à cent kilomètres par heure s’effectue en un peu plus de sept secondes selon les essais d’époque. Plus encore que par ses chiffres bruts, la voiture séduit par sa vivacité, son équilibre en courbe et la montée en régime très libre de son V6 central.
Dimensions, poids et gabarit
La Ferrari Dino 206 GT est une voiture compacte et très basse, pensée pour une efficacité maximale et non pour une habitabilité familiale. L’empattement réduit et les porte à faux contenus contribuent à l’agilité, tandis que la largeur raisonnable facilite le placement sur route. Le poste de conduite est avancé et le moteur occupe l’espace derrière les sièges, ce qui renforce la sensation d’être au centre de la machine.
- Empattement : environ 2,28 m
- Longueur totale : proche de 4,15 m
- Largeur : autour de 1,70 m
- Hauteur : environ 1,12 m, ce qui donne une silhouette très basse
- Voies avant et arrière : de l’ordre de 1,40 m pour une bonne assise
- Poids à sec : environ 900 kg
- Poids en ordre de marche : légèrement supérieur, selon l’équipement
Production, rareté et valeur de collection
La production de la Dino 206 GT s’étale sur une période courte de 1968 à 1969. Environ cent cinquante exemplaires sont construits, tous en conduite à gauche. Cette série limitée fait de la 206 GT l’une des berlinettes Dino les plus rares. Elle cède ensuite la place à la 246 GT, plus diffusée et équipée d’un moteur porté à deux virgule quatre litres, mais perd alors la carrosserie en aluminium qui contribue au caractère singulier de la 206.
Cette combinaison de première Ferrari de route à moteur central, de V6 Dino dérivé de la compétition, de carrosserie légère en aluminium et de production très limitée explique la cote élevée de la 206 GT sur le marché de la collection. Les exemplaires bien conservés, accompagnés d’une documentation complète et éventuellement certifiés par Ferrari, se négocient aujourd’hui à des montants très élevés, témoignant de l’importance de ce modèle dans l’histoire de la marque et de son attrait intact auprès des passionnés.












