Ferrari 312 P

La Ferrari 312 P apparaît à la fin des années soixante comme la réponse de Maranello aux nouvelles réglementations du championnat du monde des voitures de sport. La Fédération impose une cylindrée maximale de trois litres pour les prototypes, ce qui rapproche directement ces voitures des monoplaces de Formule 1. Ferrari choisit alors de capitaliser sur son expérience en Grand Prix pour créer un prototype moderne, léger et très performant.

Présentée à la presse à la fin de l année 1968 et engagée officiellement en 1969, la Ferrari 312 P doit affronter une concurrence redoutable, en particulier les Porsche de trois litres et les grosses voitures de cinq litres homologuées en catégorie sport. Si elle ne sera pas la reine absolue des résultats, la 312 P marque une étape importante dans l histoire des prototypes Ferrari, en annonçant déjà la philosophie qui conduira ensuite à la 312 PB.

Châssis, architecture et carrosserie

La Ferrari 312 P repose sur un châssis tubulaire en acier, renforcé par des panneaux en aluminium riveté. Cette construction offre un bon compromis entre rigidité, légèreté et facilité de réparation, un point crucial pour une voiture de compétition engagée sur de longues courses d endurance.

La voiture est proposée en deux configurations de carrosserie, toutes deux à deux places et moteur central arrière. La version spyder se distingue par un cockpit ouvert et un pare brise bas, adaptée aux circuits sinueux et aux fortes chaleurs. La version berlinetta, à toit fermé, est développée pour des épreuves rapides comme les 24 Heures du Mans, avec une carrosserie plus allongée et un profil étudié pour la vitesse de pointe.

Les trains roulants utilisent des suspensions indépendantes à triangles superposés avec ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barres antiroulis. La direction est à crémaillère et le freinage confié à des disques sur les quatre roues, dimensionnés pour encaisser les vitesses élevées et les longues phases de décélération typiques de l endurance.

Moteur V12 trois litres

Le cœur de la Ferrari 312 P de 1969 est un V12 à 60 degrés dérivé de la Formule 1. Ferrari transpose sur ce prototype la technologie de ses monoplaces, avec un moteur très pointu, léger et capable de prendre un régime de rotation élevé.

Ce V12 est installé en position centrale arrière longitudinale. Il est conçu pour respecter la limite de trois litres imposée par le règlement tout en offrant un rendement spécifique très élevé. La distribution à quatre soupapes par cylindre et l injection mécanique permettent de tirer le meilleur de cette architecture sophistiquée.

  • Architecture : V12 à 60 degrés en position centrale arrière longitudinale
  • Cylindrée : environ 2 990 cm³ pour une capacité réglementaire de trois litres
  • Alésage x course : 77 mm x 53,5 mm
  • Distribution : double arbre à cames en tête par rangée avec quatre soupapes par cylindre
  • Alimentation : injection mécanique indirecte Lucas
  • Lubrification : carter sec pour garantir une alimentation en huile stable à très haut régime
  • Puissance maximale : environ 420 chevaux vers 9 800 tr min
  • Boîte de vitesses : mécanique à cinq rapports plus marche arrière

Avec une puissance d environ 420 chevaux pour trois litres, la Ferrari 312 P atteint un niveau de rendement impressionnant pour la fin des années soixante. La plage d utilisation très haute dans les tours demande une conduite précise et un pilotage agressif pour rester dans la zone de puissance maximale, ce qui fait de la voiture un outil exigeant mais gratifiant pour les pilotes de pointe.

Dimensions, poids et gabarit

La Ferrari 312 P est compacte, basse et très large, comme la plupart des prototypes trois litres de son époque. Son gabarit est étudié pour offrir un compromis entre stabilité à haute vitesse et agilité dans les portions sinueuses. L empattement relativement court contribue à la vivacité, tandis que les voies larges permettent d exploiter au mieux les pneumatiques de compétition.

  • Longueur : environ 4 230 mm
  • Largeur : environ 1 980 mm
  • Hauteur : environ 890 mm seulement, ce qui confère à la voiture une silhouette particulièrement basse
  • Empattement : environ 2 370 mm
  • Voie avant : environ 1 485 mm
  • Voie arrière : environ 1 500 mm
  • Poids à sec : environ 680 kg pour la voiture complète en configuration course

Avec un poids aussi contenu et une puissance de plus de 400 chevaux, la 312 P affiche un rapport poids puissance très favorable. Cette combinaison permet des accélérations vigoureuses et une vitesse de pointe annoncée autour de 320 km h sur les grands circuits rapides, à condition d adopter une démultiplication adaptée.

Performances et comportement sur circuit

Sur la piste, la Ferrari 312 P se distingue par un comportement très vif et un équilibre typique des prototypes à moteur central. Le train avant précis et la direction directe offrent un bon ressenti, tandis que le V12 hurle jusqu à un régime impressionnant, créant une expérience sonore devenue légendaire auprès des spectateurs comme des pilotes.

La voiture demande cependant un pilotage engagé. La fenêtre de fonctionnement idéale du moteur se situe à haut régime, et la motricité doit composer avec la puissance transmise aux seules roues arrière. Les freins à disques ventilés permettent de retarder les points de freinage, mais ils sont fortement sollicités sur les longues courses d endurance, ce qui impose une gestion attentive par l équipe et le pilote.

Carrière sportive de la 312 P

La Ferrari 312 P fait ses débuts officiels en 1969 dans les grandes classiques d endurance. Dès sa première grande apparition aux 12 Heures de Sebring, la version spyder impressionne par sa vitesse, en signant la pole position et en terminant très bien placée au classement général tout en remportant sa catégorie. D autres épreuves comme les 1000 kilomètres de Spa ou les courses de Monza et de Brands Hatch mettent en avant son potentiel de prototype moderne et rapide.

Pour les grandes épreuves comme les 24 Heures du Mans, Ferrari engage la 312 P en configuration berlinetta fermée, plus favorable à la vitesse de pointe et à la stabilité dans la longue ligne droite des Hunaudières. Malgré des performances honorables en qualification, la voiture subit des problèmes de fiabilité et ne parvient pas à transformer ces promesses en grande victoire au classement général.

À partir de 1970, la 312 P continue de courir principalement au sein du NART, l équipe nord américaine proche de Ferrari. Elle obtient encore des résultats solides, notamment aux 24 Heures de Daytona où les deux voitures engagées se classent dans le top cinq et remportent la catégorie des prototypes trois litres. Progressivement, la 312 P cède la place aux projets plus récents et plus aboutis qui mèneront à la 312 PB.

Production, rareté et héritage

La Ferrari 312 P de 1969 n est produite qu à trois exemplaires, identifiés par leurs numéros de châssis. Deux voitures sont d abord construites en spyder, la troisième directement en berlinetta, certaines recevant ensuite des carrosseries différentes selon les besoins des courses. Cette production très limitée, associée à l importance historique du modèle, en fait aujourd hui une des Ferrari de compétition les plus rares.