La Ferrari 312 P est un prototype d’endurance développé pour la saison 1969 autour d’un moteur V12 de trois litres. Rapide, légère et techniquement proche des monoplaces de Formule 1 de la marque, elle devait replacer Ferrari au premier plan dans la catégorie des prototypes. Sa carrière officielle fut pourtant brève, en grande partie à cause d’un règlement qui favorisa rapidement des voitures de cinq litres comme la Porsche 917.
Une confusion accompagne souvent ce modèle. La Ferrari 312 P de 1969 ne doit pas être confondue avec la voiture apparue en 1971 et officiellement appelée, elle aussi, 312 P. Cette dernière est couramment désignée sous le nom de 312 PB, bien que Ferrari n’ait jamais adopté officiellement cette appellation. Les deux prototypes utilisent surtout des moteurs très différents.
Pourquoi Ferrari développe la 312 P
À la fin des années 1960, les courses d’endurance connaissent une profonde évolution réglementaire. Les prototypes du Groupe 6 sont limités à trois litres, une cylindrée qui rapproche leur conception de celle des Formule 1 contemporaines. Ferrari choisit donc de développer une voiture compacte et légère, dotée d’un moteur directement inspiré de son expérience en monoplace.
La lettre « P » signifie prototype. Le nombre 312 renvoie à une cylindrée de trois litres et à un moteur de douze cylindres. Cette nomenclature s’inscrit dans une tradition déjà illustrée par la Ferrari 250 P, premier prototype à moteur central de la marque engagé au plus haut niveau de l’endurance.
La 312 P succède à une génération de voitures qui avait permis à Ferrari de disputer les grandes épreuves internationales face à Ford et Porsche. Parmi elles, la Ferrari 330 P4 reste l’une des plus célèbres, notamment pour sa silhouette et sa campagne sportive de 1967. La nouvelle 312 P adopte cependant une philosophie différente, fondée sur une masse réduite et un moteur de plus faible cylindrée.
Un V12 de trois litres dérivé de la Formule 1
Le moteur de la Ferrari 312 P est un V12 ouvert à 60 degrés. Sa cylindrée exacte atteint 2 989,556 cm³. Il dispose de 48 soupapes et d’une injection indirecte Lucas. La puissance annoncée est de 420 ch à 9 800 tr/min, une valeur élevée pour un moteur atmosphérique de trois litres conçu à la fin des années 1960.
Cette mécanique est associée à une boîte de vitesses à cinq rapports, complétée par une marche arrière. Le régime de puissance maximale illustre le caractère très pointu du moteur, pensé pour fonctionner à haut régime pendant les courses d’endurance. Ferrari cherchait ainsi à compenser la cylindrée limitée par un rendement élevé et un poids contenu.
| Caractéristique | Ferrari 312 P de 1969 |
|---|---|
| Moteur | V12 à 60 degrés |
| Cylindrée | 2 989,556 cm³ |
| Distribution | 48 soupapes |
| Alimentation | Injection indirecte Lucas |
| Puissance | 420 ch à 9 800 tr/min |
| Transmission | Boîte à cinq rapports |
| Poids à sec | 680 kg |
| Empattement | 2 370 mm |
| Vitesse maximale annoncée | 320 km/h |
Les données techniques communiquées par Ferrari indiquent un poids à sec de 680 kg et une vitesse maximale annoncée de 320 km/h. Ces chiffres montrent le rapport poids-puissance particulièrement favorable du prototype, même s’ils ne suffisent pas à résumer son efficacité réelle sur des circuits très différents.
Un châssis léger et deux carrosseries
La structure repose sur un châssis tubulaire en acier renforcé par des panneaux d’aluminium rivetés. Cette construction vise à obtenir une rigidité suffisante sans alourdir la voiture. L’empattement de 2 370 mm contribue à des dimensions compactes, adaptées aux changements de direction rapides et aux circuits sinueux.
Présentée en décembre 1968, la 312 P apparaît d’abord sous la forme d’un spider ouvert. Une carrosserie fermée de type berlinetta est ensuite développée pour les épreuves où l’aérodynamique et la vitesse de pointe jouent un rôle déterminant, notamment aux 24 Heures du Mans. Ferrari ne se contente donc pas de modifier le toit : la version fermée répond à un besoin spécifique d’efficacité sur les longues lignes droites.
Cette recherche aérodynamique prolonge les travaux réalisés sur les prototypes précédents. La Ferrari 412 P avait déjà illustré la manière dont Ferrari adaptait ses carrosseries et ses mécaniques aux contraintes particulières des courses d’endurance internationales.
Des débuts prometteurs à Sebring
La Ferrari 312 P dispute sa première grande course aux 12 Heures de Sebring en mars 1969. Pilotée par Chris Amon et Mario Andretti, elle signe la pole position. Malgré une fuite d’eau, elle termine deuxième du classement général et remporte sa catégorie. Ce résultat confirme immédiatement la vitesse du nouveau prototype.
La suite de la saison montre toutefois que la performance pure ne garantit pas la victoire. La 312 P se classe quatrième à Brands Hatch, puis deuxième aux 1 000 km de Spa. Elle se révèle compétitive sur plusieurs types de circuits, mais Ferrari ne dispose pas toujours des moyens ni de la fiabilité nécessaires pour transformer ce potentiel en succès général.
Les 24 Heures du Mans 1969
Pour Le Mans, Ferrari engage deux 312 P dotées de la carrosserie fermée. Elles occupent les cinquième et sixième positions sur la grille de départ, ce qui témoigne d’un niveau de performance élevé face à une concurrence particulièrement forte. Les deux voitures abandonnent cependant avant l’arrivée.
Le résultat est décevant, mais il doit être replacé dans le contexte de la saison. La 312 P affronte des voitures plus puissantes et bénéficie d’un programme officiel limité. Son moteur trois litres impose également une stratégie fondée sur la légèreté, l’efficacité aérodynamique et la régularité, alors que certaines concurrentes disposent d’un avantage considérable en cylindrée.
Un règlement qui condamne rapidement le projet
Le principal problème de la 312 P vient de l’évolution du règlement. Les voitures de sport à moteur cinq litres peuvent être homologuées à condition d’être produites à au moins 25 exemplaires. Cette règle permet notamment l’arrivée de la Porsche 917, dont la puissance dépasse largement celle des prototypes de trois litres.
Ferrari comprend rapidement qu’une voiture comme la 312 P risque de ne plus pouvoir lutter à armes égales sur les circuits rapides. La marque choisit alors de développer la Ferrari 512 S, équipée d’un moteur cinq litres et conçue pour exploiter la même réglementation que ses principales rivales.
Ce changement de stratégie explique la brièveté de la carrière officielle de la 312 P. Il ne traduit pas un échec fondamental de sa conception. Le prototype était performant dans le cadre technique pour lequel il avait été imaginé, mais ce cadre perdit rapidement de son importance face aux voitures de sport de plus forte cylindrée.
La carrière américaine avec le NART
Après la campagne officielle de 1969, les deux exemplaires survivants sont vendus au North American Racing Team de Luigi Chinetti. Le NART joue alors un rôle important dans l’engagement de Ferrari en Amérique du Nord, en faisant courir des voitures que l’usine ne souhaite plus exploiter directement.
En 1970, une 312 P engagée aux 24 Heures de Daytona termine quatrième au classement général et première de sa catégorie. Ce résultat tardif montre que la voiture pouvait encore se révéler compétitive lorsqu’elle bénéficiait d’une préparation adaptée et d’un contexte de course favorable.
La différence avec la Ferrari 312 P de 1971
La voiture dévoilée en 1971 porte officiellement le même nom, mais elle ne constitue pas une simple évolution du modèle de 1969. Sa mécanique est un douze cylindres à plat, souvent décrit comme un moteur boxer, alors que la première 312 P utilise un V12 à 60 degrés. L’architecture générale, la conception et le contexte réglementaire diffèrent également.
L’appellation 312 PB s’est imposée dans les ouvrages, les médias et les conversations entre passionnés afin de distinguer les deux générations. Elle reste pratique, mais n’était pas le nom officiel retenu par Ferrari. Employer « 312 P de 1969 » et « 312 P de 1971 » demeure donc la manière la plus précise d’identifier les deux voitures sans ambiguïté.
La Ferrari 312 P de 1969 occupe ainsi une place particulière dans l’histoire de Maranello. Elle représente l’une des dernières tentatives de Ferrari pour gagner les grandes courses d’endurance avec un prototype trois litres directement inspiré de la Formule 1, avant le passage à la 512 S puis l’arrivée d’une nouvelle génération de prototypes au début des années 1970.











