La Ferrari 512 S est un prototype d’endurance conçu pour la saison 1970 afin de replacer Ferrari au premier plan face à la Porsche 917. Son nom résume sa mécanique : le chiffre 5 évoque sa cylindrée de cinq litres, tandis que le nombre 12 désigne son moteur à douze cylindres. Produite pour répondre aux exigences d’homologation de la catégorie Sport, elle associe un V12 de 550 ch, un poids à sec de 840 kg et une vitesse maximale annoncée de 340 km/h.
La 512 S apparaît à un moment charnière dans l’histoire sportive de Ferrari. Après les succès de prototypes tels que la Ferrari 330 P4, la marque doit adapter sa stratégie à une réglementation permettant aux voitures de sport produites à au moins 25 exemplaires d’utiliser un moteur de cinq litres. Cette formule favorise directement Porsche, dont la 917 est devenue la référence à battre.
Un prototype conçu dans l’urgence
Ferrari décide tardivement de développer une voiture répondant à cette réglementation. Sous la direction de l’ingénieur Mauro Forghieri, la 512 S est dessinée et construite en seulement trois mois. Ce délai très court oblige l’équipe technique à privilégier des solutions éprouvées, tout en développant une voiture suffisamment performante pour affronter une concurrence déjà bien préparée.
Le défi ne consiste pas seulement à produire un prototype compétitif. Ferrari doit également fabriquer les 25 exemplaires exigés pour l’homologation. La 512 S est enregistrée par la FIA sous le formulaire d’homologation numéro 254, avec une prise d’effet fixée au 2 janvier 1970. La base historique de la FIA confirme notamment une cylindrée de 4 993 cm³, douze cylindres et une transmission aux roues arrière.
Cette logique de production distingue la 512 S des prototypes Ferrari précédents. Certaines voitures de compétition, comme la Ferrari 412 P, avaient été développées en quantités beaucoup plus limitées et principalement confiées à des écuries privées. Avec la 512 S, Ferrari doit construire une véritable série de voitures de course en un temps particulièrement réduit.
Un V12 de cinq litres développant 550 ch
La Ferrari 512 S reçoit un moteur V12 atmosphérique ouvert à 60 degrés et installé longitudinalement derrière le pilote. Sa cylindrée exacte atteint 4 993,53 cm³. Le moteur utilise quatre soupapes par cylindre, une injection indirecte Lucas et une lubrification par carter sec, une configuration adaptée aux fortes contraintes rencontrées en endurance.
D’après la fiche technique officielle de Ferrari, ce V12 délivre 404 kW, soit 550 ch, à 8 500 tr/min. Sa puissance spécifique atteint 110 ch par litre. La boîte manuelle comporte cinq rapports avant et une marche arrière, tandis que la puissance est transmise aux roues arrière.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 4 993,53 cm³ |
| Puissance | 550 ch à 8 500 tr/min |
| Transmission | Boîte manuelle à cinq rapports |
| Poids à sec | 840 kg |
| Vitesse maximale annoncée | 340 km/h |
| Capacité du réservoir | 120 litres |
Le rapport entre la puissance et le poids constitue l’un des principaux atouts de la voiture. Avec 550 ch pour 840 kg à sec, la 512 S dispose d’un rapport poids-puissance d’environ 1,53 kg par cheval. Cette valeur illustre son potentiel en accélération, même si les performances réelles dépendent aussi de la carrosserie utilisée, des réglages et du circuit.
Un châssis tubulaire et plusieurs carrosseries
La structure repose sur un châssis tubulaire en acier, une solution que Ferrari maîtrise déjà sur ses prototypes de course. Les quatre roues disposent de freins à disque. La voiture mesure 4 060 mm de long, 2 000 mm de large et seulement 972 mm de haut, avec un empattement de 2 400 mm.
La faible hauteur de la 512 S contribue à limiter la surface frontale, mais elle impose également une position de conduite très basse. Son habitacle est conçu autour des impératifs de la compétition, sans recherche de confort ni d’équipement superflu. Le réservoir de 120 litres doit permettre de concilier autonomie, masse embarquée et fréquence des ravitaillements.
Ferrari développe deux configurations principales : une berlinetta fermée et un spider ouvert. Ces carrosseries permettent d’adapter la voiture aux caractéristiques des circuits et aux préférences des équipes. La version fermée favorise notamment la pénétration dans l’air sur les tracés rapides, tandis que le spider offre une architecture plus simple et légère.
Pour les 24 Heures du Mans, Ferrari prépare également une carrosserie spécifique à longue queue. Son objectif est de réduire la traînée aérodynamique et d’augmenter la vitesse de pointe dans la ligne droite des Hunaudières, qui dépassait alors cinq kilomètres et ne comportait pas encore les chicanes actuelles.
Des débuts prometteurs à Daytona
La Ferrari 512 S dispute sa première grande course aux 24 Heures de Daytona 1970. L’exemplaire confié à Mario Andretti, Arturo Merzario et Jacky Ickx termine à la troisième place. Ce résultat est encourageant pour une voiture achevée depuis peu, mais il montre aussi l’avance prise par Porsche en matière de préparation et de fiabilité.
La 512 S remporte ensuite les 12 Heures de Sebring avec Ignazio Giunti, Nino Vaccarella et Mario Andretti. La victoire se joue dans des circonstances particulièrement serrées : selon Ferrari, la voiture franchit l’arrivée avec seulement 23 secondes d’avance. Ce succès demeure le principal résultat international de la 512 S sous les couleurs officielles de la Scuderia.
Sebring met en évidence les qualités fondamentales du prototype italien. Le V12 offre la puissance nécessaire pour rivaliser sur les longues portions rapides, tandis que le châssis permet aux pilotes de maintenir un rythme compétitif pendant douze heures. La victoire confirme que le programme peut battre Porsche, même si cet avantage ne se vérifie pas de manière régulière sur l’ensemble de la saison.
Le difficile rendez-vous des 24 Heures du Mans 1970
Les 24 Heures du Mans constituent l’objectif majeur de la saison. Ferrari engage plusieurs voitures d’usine, auxquelles s’ajoutent des exemplaires confiés à des équipes privées. La carrosserie longue queue doit permettre à la 512 S d’exploiter pleinement ses 550 ch dans les Hunaudières.
La course tourne pourtant à l’avantage de Porsche. Toutes les Ferrari 512 S officielles abandonnent avant l’arrivée, victimes d’accidents ou de problèmes mécaniques. Seules deux voitures privées sont classées, aux quatrième et cinquième places. Ce résultat souligne à la fois le potentiel de la voiture et les limites d’un développement mené dans l’urgence.
L’une des 512 S classées est engagée par l’Écurie Francorchamps de Jacques Swaters. Celui-ci s’occupe également des Ferrari utilisées pendant le tournage du film Le Mans avec Steve McQueen. La présence de la 512 S dans ce long métrage contribue ensuite à inscrire sa silhouette et le son de son V12 dans la culture automobile.
Pourquoi la Ferrari 512 S n’a-t-elle pas dominé la Porsche 917 ?
Sur le papier, la Ferrari dispose d’arguments comparables à ceux de sa rivale allemande : un moteur de cinq litres, une masse limitée et plusieurs solutions aérodynamiques. La différence principale réside dans le niveau de maturité des programmes. Porsche a commencé le développement de la 917 plus tôt et bénéficie d’un nombre important de voitures engagées par des équipes expérimentées.
La 512 S souffre au contraire de son calendrier extrêmement resserré. Ferrari doit simultanément produire les exemplaires nécessaires à l’homologation, mettre au point la mécanique, adapter les carrosseries et préparer les équipes. La voiture évolue donc directement en compétition, là où sa rivale dispose déjà d’une base technique mieux maîtrisée.
La répartition des efforts joue également un rôle. Ferrari engage elle-même plusieurs voitures, tout en fournissant des exemplaires à des écuries privées dont les moyens et la préparation peuvent varier. Porsche s’appuie pour sa part sur une organisation particulièrement structurée et sur plusieurs équipes capables de contribuer au développement de la 917.
De la 512 S à la Ferrari 512 M
Ferrari réagit rapidement aux limites observées durant la saison 1970. La voiture est profondément modifiée pour devenir la Ferrari 512 M, la lettre M signifiant « modificata », ou modifiée. Cette évolution reçoit une carrosserie plus basse et plus aérodynamique, des suspensions revues et des freins arrière renforcés.
Le V12 gagne également en puissance. Ferrari annonce 449 kW, soit 610 ch, à 9 000 tr/min pour la 512 M. Cette augmentation de 60 ch s’accompagne d’une meilleure efficacité générale, ce qui permet à la version modifiée de se montrer plus compétitive face à la Porsche 917.
La 512 M remporte notamment les 9 Heures de Kyalami avec Jacky Ickx et Ignazio Giunti. Malgré ce résultat, Ferrari décide de ne pas poursuivre son développement comme programme d’usine à long terme. Les exemplaires existants continuent toutefois d’être engagés par des équipes privées.
La transition vers les prototypes de trois litres
Le changement de réglementation prévu pour 1972 condamne les prototypes de cinq litres tels que la 512 S et la Porsche 917 dans leur configuration dominante. Ferrari choisit alors de concentrer ses ressources sur une nouvelle génération équipée d’un moteur de trois litres, représentée par la Ferrari 312 P.
Cette décision explique la carrière officielle relativement courte de la famille 512. La 512 S n’est pas abandonnée parce que son architecture serait sans potentiel, mais parce que la réglementation rend son développement moins pertinent. Ferrari préfère préparer immédiatement la catégorie appelée à devenir la référence du championnat du monde des voitures de sport.
La place de la 512 S dans l’histoire de Ferrari
La Ferrari 512 S reste associée à une saison spectaculaire, marquée par l’affrontement entre deux prototypes de cinq litres développant plus de 500 ch. Elle n’obtient pas le palmarès de la Porsche 917, mais elle remporte Sebring, monte sur le podium à Daytona et donne naissance à une évolution nettement améliorée.
Son importance tient aussi aux conditions de sa création. Concevoir une voiture, en produire 25 exemplaires et la faire débuter au plus haut niveau de l’endurance en quelques mois représente une réalisation industrielle et sportive remarquable. Les difficultés rencontrées au Mans ne peuvent être séparées de ce calendrier exceptionnellement court.
La 512 S occupe enfin une place particulière dans la lignée des Ferrari à moteur douze cylindres engagées en endurance. Après la période des prototypes de trois litres, Ferrari reviendra plus tard à cette architecture dans des projets différents, notamment avec la Ferrari 512 BB LM, conçue à partir d’une voiture de grand tourisme plutôt que comme un prototype spécifiquement développé pour la catégorie Sport.
Avec son V12 de cinq litres, ses carrosseries berlinetta, spider et longue queue, ainsi que sa transformation rapide en 512 M, la Ferrari 512 S illustre une période où les règlements permettaient encore à des prototypes extrêmement puissants de disputer les plus grandes courses d’endurance. Son histoire reste indissociable de la saison 1970, de la victoire de Sebring et du duel technique engagé avec la Porsche 917.











