Porsche Mission E

Porsche Mission E

Présentée en septembre 2015 au salon de Francfort, la Porsche Mission E marque le moment où Porsche expose publiquement sa vision d’une sportive entièrement électrique conçue selon ses propres critères. Cette étude à quatre portes et quatre places ne constitue ni une version de série ni une première génération de Taycan. Elle sert de démonstrateur pour une architecture électrique à 800 volts, deux moteurs électriques, une transmission intégrale et une batterie logée dans le plancher.

Au-delà de ses performances annoncées, la Mission E est importante parce qu’elle fixe plusieurs principes que Porsche conservera lors du passage à la production. Quelques mois seulement après sa présentation, le constructeur donne son feu vert au développement d’une voiture de série issue du projet. Celle-ci recevra plus tard le nom de Porsche Taycan.

Un concept électrique dévoilé en 2015

La Mission E apparaît dans un contexte où Porsche possède déjà une solide expérience de l’électrification par l’intermédiaire de ses modèles hybrides et de la compétition. La 919 Hybrid engagée en endurance a notamment permis au constructeur de travailler sur des systèmes électriques à hautes performances. Avec la Mission E, l’objectif change d’échelle : il s’agit d’imaginer une Porsche routière fonctionnant exclusivement sur batterie.

Le concept doit cependant conserver les attributs associés à une sportive Porsche. La marque insiste ainsi sur les accélérations, l’endurance des performances, le comportement dynamique et la possibilité d’utiliser la voiture au quotidien. La Mission E n’est donc pas seulement une étude de style destinée à annoncer une motorisation électrique. Son architecture, sa recharge et l’implantation de ses composants font partie intégrante du projet.

Le conseil de surveillance de Porsche approuve dès décembre 2015 le développement en série d’une voiture dérivée de cette étude. Le constructeur annonce alors un investissement d’environ 700 millions d’euros à Stuttgart-Zuffenhausen, accompagné d’autres investissements, notamment au centre de développement de Weissach. Mission E devient ainsi le nom d’un véritable programme industriel avant que Porsche n’annonce, en juin 2018, l’appellation définitive Taycan pour le modèle de série.

Deux moteurs électriques et une architecture à 800 volts

Porsche équipe la Mission E de deux machines électriques synchrones à aimants permanents. La puissance cumulée annoncée dépasse 440 kW, soit plus de 600 ch. Les deux essieux sont entraînés, tandis qu’un système de répartition du couple doit adapter la motricité aux conditions de conduite. Cette configuration permet à Porsche d’associer propulsion électrique et transmission intégrale sans recourir à une liaison mécanique traditionnelle entre un moteur thermique et les quatre roues.

La batterie lithium-ion est installée dans le soubassement, entre les essieux. Cette disposition concentre une masse importante très bas dans la voiture et participe à l’équilibre recherché entre les trains avant et arrière. Porsche associe également le concept à quatre roues directrices afin d’améliorer son agilité malgré le gabarit d’une grande sportive à quatre places.

La caractéristique technique la plus structurante reste néanmoins son réseau électrique à 800 volts. À une époque où les architectures 400 volts dominent les voitures électriques, Porsche présente cette tension élevée comme un moyen de faire circuler une puissance importante avec des câbles de plus faible section et de réduire fortement les temps de recharge.

Avec son système baptisé Porsche Turbo Charging, le constructeur annonce environ 80 % de charge en une quinzaine de minutes sur une infrastructure adaptée. Cela correspond, dans les projections de Porsche, à suffisamment d’énergie pour parcourir environ 400 km. Une connexion à des infrastructures 400 volts est également prévue, tout comme la possibilité d’une recharge inductive. Ces valeurs appartiennent toutefois aux spécifications annoncées du concept de 2015 et ne correspondent pas à une homologation commerciale WLTP.

Fiche technique de la Porsche Mission E

CaractéristiquePorsche Mission E Concept
Première présentation2015, salon de Francfort
TypeConcept-car électrique, 4 portes, 4 places
Motorisation2 moteurs électriques synchrones à aimants permanents
Puissance systèmePlus de 440 kW, plus de 600 ch
ImplantationMoteurs associés aux essieux, batterie entre les essieux dans le soubassement
TransmissionIntégrale avec répartition variable du couple et Porsche Torque Vectoring
BatterieLithium-ion
Architecture électrique800 V
StructureCombinaison d’aluminium, d’acier et de polymère renforcé de fibres de carbone
DirectionQuatre roues directrices
Récupération d’énergieRécupération au freinage par les moteurs électriques
RouesCarbone, 21 pouces à l’avant et 22 pouces à l’arrière
LongueurEnviron 4 850 mm
LargeurEnviron 1 990 mm
Hauteur1 300 mm
0 à 100 km/hMoins de 3,5 s annoncées
0 à 200 km/hMoins de 12 s annoncées
Vitesse maximalePlus de 250 km/h annoncés
AutonomiePlus de 500 km annoncés
Recharge rapideEnviron 80 % en 15 minutes annoncées avec le système 800 V adapté
ProductionConcept-car, aucune production commerciale

Un design Porsche adapté à la propulsion électrique

Sous la responsabilité du design Porsche dirigé par Michael Mauer, la Mission E cherche moins à rompre avec l’identité de la marque qu’à la transposer vers une architecture électrique. La voiture mesure seulement 1,30 m de haut et adopte une silhouette très basse, large et étirée. Ses ailes fortement marquées et sa ligne vitrée établissent un lien visuel avec la Porsche 911, malgré des proportions et une architecture profondément différentes.

La face avant se distingue par un capot très bas, des projecteurs Matrix LED à signature lumineuse en quatre points et des ouvertures aérodynamiques qui participent à la sculpture des ailes. Certains thèmes rappellent la Porsche 918 Spyder, autre modèle emblématique de l’électrification des performances chez Porsche, même si la Mission E abandonne ici entièrement le moteur thermique.

Les quatre portes antagonistes constituent l’un des éléments les plus spectaculaires du concept. L’absence de montant central libère une ouverture particulièrement large lorsque les portes sont déployées. L’habitacle accueille quatre sièges individuels aux formes inspirées de baquets de compétition. Des caméras remplacent les rétroviseurs extérieurs conventionnels, tandis que l’instrumentation explore des commandes numériques et des affichages adaptés au conducteur.

À l’arrière, une surface sombre s’étend sur toute la largeur et accueille une signature lumineuse horizontale ainsi que le lettrage Porsche. Malgré sa carrosserie à quatre portes, la Mission E ne doit pas être considérée comme une simple Porsche Panamera électrique : la disposition de la batterie, des moteurs et du réseau haute tension découle d’une conception spécifiquement pensée autour de la propulsion électrique.

Des performances pensées pour rester reproductibles

Porsche annonce un 0 à 100 km/h en moins de 3,5 secondes, un 0 à 200 km/h en moins de 12 secondes et plus de 250 km/h en vitesse maximale. Le constructeur évoque également la possibilité de parcourir la Nordschleife du Nürburgring en moins de huit minutes. Pour un concept non commercialisé, ces chiffres représentent des objectifs techniques annoncés et non les résultats d’une procédure d’homologation comparable à celle d’un modèle de série.

L’intérêt de la Mission E réside aussi dans la volonté affichée de ne pas limiter la performance à une accélération ponctuelle. Les moteurs synchrones à aimants permanents sont choisis notamment pour leur rendement et leur capacité à délivrer de fortes performances de manière répétée. Cette philosophie annonce une préoccupation qui deviendra centrale sur la Taycan : permettre plusieurs accélérations soutenues sans faire de la gestion thermique un obstacle immédiat à l’exploitation sportive.

L’autonomie annoncée dépasse 500 km, mais elle doit elle aussi être replacée dans son contexte de 2015. La Mission E n’étant pas une automobile de série homologuée, ce chiffre ne constitue pas une autonomie WLTP comparable directement aux valeurs publiées aujourd’hui. Porsche ne commercialise d’ailleurs jamais le concept et ne lui attribue donc ni tarif catalogue ni gamme de batteries ou de finitions.

De Mission E à Taycan

Entre le concept de Francfort et la voiture commercialisée, Porsche transforme profondément le projet. La Taycan reprend néanmoins plusieurs idées fondamentales annoncées dès 2015 : propulsion exclusivement électrique, deux moteurs sur les versions à transmission intégrale, batterie placée sous le plancher, architecture haute tension à 800 volts, recharge rapide et recherche de performances répétables. Le dessin de série conserve également une partie de l’identité visuelle expérimentée sur Mission E, notamment la position basse des projecteurs, les ailes marquées et la silhouette tendue.

La filiation ne signifie pas que les caractéristiques des deux voitures sont interchangeables. Les capacités de batterie, dimensions, puissances, transmissions et performances des différentes Taycan appartiennent aux versions de production correspondantes. La Mission E demeure le concept fondateur de 2015, alors que la Taycan présentée en 2019 est une automobile homologuée et industrialisée.

Porsche prolonge parallèlement l’exploration de cette famille avec la Mission E Cross Turismo dévoilée en 2018, une étude à la carrosserie plus polyvalente. Ce travail trouvera plus tard un prolongement commercial avec la Porsche Taycan Cross Turismo. La Mission E originelle reste pour sa part attachée à la silhouette basse de la berline sportive qui avait permis à Porsche, dès 2015, de matérialiser son passage vers une voiture de sport entièrement électrique.