Porsche Mission R

Porsche Mission R

Présentée en septembre 2021 à l’IAA Mobility de Munich, la Porsche Mission R est une étude de voiture de course 100 % électrique conçue autour de la compétition-client. Il ne s’agit ni d’une Porsche de série, ni d’une version électrique de la 911 GT3 Cup. Porsche l’a développée comme un prototype fonctionnel destiné à explorer ce que pourraient devenir ses futures coupes monomarques dans un environnement électrique.

La Mission R combine deux moteurs électriques, une transmission intégrale, une architecture à 900 volts et une batterie d’environ 80 kWh. Elle développe 500 kW, soit 680 ch, de manière continue en mode Course et peut atteindre 800 kW, soit 1 088 ch, en mode Qualification. Porsche annonçait ainsi un niveau de performances sur circuit comparable à celui de la 911 GT3 Cup contemporaine, tout en expérimentant des solutions spécifiques aux contraintes d’une voiture électrique de compétition.

Un laboratoire pour la compétition-client électrique

La Mission R s’inscrit dans la longue histoire des voitures développées par Porsche pour les pilotes privés et les séries monomarques. Son point de comparaison direct lors de sa présentation était la GT3 Cup basée sur la Porsche 911 992. L’objectif n’était toutefois pas d’annoncer immédiatement son remplacement, mais de démontrer qu’une future voiture électrique pouvait conserver le rythme, l’endurance thermique et les temps d’immobilisation compatibles avec des courses sprint.

Cette orientation explique une conception sensiblement différente de celle d’un concept-car routier. La Mission R a été développée à Weissach et Flacht comme une véritable voiture de piste. Son châssis fonctionnel a servi aux essais, notamment avec le pilote de développement Lars Kern. Porsche a également travaillé sur le véhicule selon des méthodes proches de celles utilisées pour un projet de présérie, malgré l’absence de programme de commercialisation.

Le nom Mission peut rappeler la Porsche Mission E, dévoilée en 2015, mais les deux projets répondent à des objectifs différents. La Mission E préfigurait une grande sportive électrique de route qui allait devenir la Taycan. La Mission R, six ans plus tard, transpose cette démarche prospective au monde du circuit et de la compétition-client.

Deux moteurs et jusqu’à 1 088 ch

La chaîne de traction repose sur une machine électrique par essieu. Le moteur avant peut délivrer jusqu’à 320 kW et celui de l’arrière jusqu’à 480 kW. Cette architecture procure une transmission intégrale électrique et permet d’atteindre les 800 kW disponibles en mode Qualification. Pour une course, la puissance continue est limitée à 500 kW afin de maintenir les performances sur la durée.

L’un des enjeux majeurs du projet concernait précisément la stabilité thermique. Porsche a développé un refroidissement direct par huile des moteurs et des cellules de batterie afin de réduire le phénomène de baisse de puissance lorsque les températures augmentent. La Mission R devait ainsi pouvoir enchaîner les tours rapides sans dépendre d’un pic de puissance utilisable seulement pendant quelques instants.

La batterie d’environ 80 kWh fonctionne avec une architecture à 900 volts. La recharge peut atteindre 340 kW et Porsche annonçait un passage de 5 à 80 % en environ quinze minutes. Cette technologie poursuit, dans un contexte de compétition beaucoup plus exigeant, la logique de haute tension déjà employée sur la Porsche Taycan. Le temps de recharge était essentiel au concept : une future coupe monomarque devait pouvoir organiser plusieurs courses ou séances rapprochées sans immobilisation prolongée des voitures.

La récupération d’énergie constitue l’autre particularité de cette architecture. Elle peut atteindre 800 kW au freinage, Porsche estimant que plus de la moitié de l’énergie peut être récupérée sur certains circuits. Le niveau de charge prévu au départ, autour de 85 %, conserve volontairement une marge dans la batterie afin que la récupération reste disponible dès les premiers freinages.

Un châssis conçu pour exploiter la propulsion électrique

Avec 4,326 m de longueur, 1,990 m de largeur et seulement 1,190 m de hauteur, la Mission R possède des proportions particulièrement ramassées. Son empattement mesure 2,560 m et son poids annoncé est d’environ 1 500 kg. Porsche soulignait notamment qu’elle était légèrement plus courte qu’une Porsche 718 Cayman, mais beaucoup plus large et plus basse.

Le train avant utilise des doubles triangles, tandis que l’arrière adopte une architecture McPherson. Les articulations à rotule visent à supprimer le jeu dans les liaisons de suspension. La direction reçoit une assistance électrique et les roues de 18 pouces à fixation centrale sont réalisées en magnésium. Elles chaussent des pneumatiques slicks Michelin spécifiques de dimensions 30/68 à l’avant et 31/71 à l’arrière.

Le freinage associe le système hydraulique à la récupération électrique grâce à une gestion brake-by-wire. Les disques mesurent 380 mm à l’avant et 355 mm à l’arrière, avec des étriers respectivement à six et quatre pistons. La capacité de récupération très élevée réduit la sollicitation des freins mécaniques, ce qui permet d’adapter leur dimensionnement aux caractéristiques particulières d’une voiture de course électrique.

La structure exploite largement les composites. L’exosquelette en CFRP entourant le cockpit participe à la protection du pilote et constitue en même temps un élément visible de la carrosserie. Porsche utilise également du plastique renforcé de fibres naturelles à base de lin pour plusieurs panneaux. La marque avait déjà expérimenté ce type de matériau en compétition, notamment sur la 718 Cayman GT4 Clubsport liée à la Porsche Cayman GT4.

Fiche technique de la Porsche Mission R

CaractéristiqueDonnée
TypeConcept de voiture de compétition 100 % électrique
Présentation2021
MoteursDeux moteurs électriques, un par essieu
Puissance moteur avantJusqu’à 320 kW, 435 ch
Puissance moteur arrièreJusqu’à 480 kW, 653 ch
Puissance en mode Course500 kW, 680 ch
Puissance en mode Qualification800 kW, 1 088 ch
TransmissionIntégrale électrique
BatterieEnviron 80 kWh
Architecture électrique900 V
Puissance de rechargeJusqu’à 340 kW
RechargeEnviron 15 min de 5 à 80 %
Récupération maximaleJusqu’à 800 kW
0 à 100 km/hMoins de 2,5 s
Vitesse maximalePlus de 300 km/h
Longueur4 326 mm
Largeur1 990 mm
Hauteur1 190 mm
Empattement2 560 mm
PoidsEnviron 1 500 kg
Suspension avantDoubles triangles
Suspension arrièreMcPherson
DirectionAssistée électrique
Freins avantDisques 380 mm, étriers 6 pistons
Freins arrièreDisques 355 mm, étriers 4 pistons
RouesMagnésium 18 pouces, fixation centrale
Pneus avantMichelin slicks 30/68
Pneus arrièreMichelin slicks 31/71

Une aérodynamique active pensée pour le circuit

Le dessin de la Mission R a été réalisé par Style Porsche sous la direction de Michael Mauer. Malgré son architecture expérimentale, la voiture conserve plusieurs codes de la marque : ailes fortement marquées, habitacle compact, surfaces tendues et poupe visuellement puissante. Sa largeur proche de deux mètres et sa faible hauteur accentuent cependant beaucoup plus son caractère de prototype de course que celui d’un coupé routier.

Le dispositif Porsche Active Aerodynamics comprend un système DRS. Trois lamelles mobiles sont installées dans chacune des prises d’air latérales de la partie avant, tandis que l’aileron arrière possède deux éléments réglables. Le conducteur peut ainsi privilégier l’appui aérodynamique ou réduire la traînée selon la situation. Des ouvertures au sommet des ailes avant évacuent également la pression accumulée dans les passages de roues.

La cellule du pilote est immédiatement reconnaissable à son exosquelette en carbone entourant six panneaux transparents en polycarbonate. Les montants noirs et le pare-brise enveloppant donnent au vitrage l’apparence d’une visière. Les rétroviseurs conventionnels disparaissent au profit de caméras placées près du toit, dont les images sont affichées dans l’habitacle. À l’arrière, l’imposant aileron et le diffuseur prolongent une carrosserie dessinée en priorité autour des contraintes aérodynamiques.

Un cockpit entre course réelle et simulation

L’intérieur pousse plus loin la logique expérimentale. L’écran principal est intégré au volant et un second affichage placé dans la partie supérieure du cockpit retransmet notamment les images des caméras extérieures. Un écran tactile supplémentaire peut présenter différentes informations, y compris certaines données relatives au pilote. Plusieurs caméras embarquées ont également été prévues pour faciliter la diffusion d’images en direct pendant une épreuve.

Porsche a conçu la cellule du pilote comme un module pouvant aussi servir en dehors de la voiture. Avec son siège, son volant, ses pédales et ses écrans, elle peut devenir un simulateur d’esport. L’idée consiste à rapprocher l’expérience de pilotage réelle et virtuelle tout en conservant exactement l’environnement ergonomique du conducteur.

Cette approche explique pourquoi la Mission R dépasse le rôle d’une simple démonstration de puissance électrique. Porsche y a réuni recharge rapide, récupération massive d’énergie, refroidissement spécifique, aérodynamique active, matériaux composites et outils numériques dans un prototype destiné à tester une nouvelle organisation de la compétition-client. Ses performances annoncées la plaçaient dans l’univers des voitures de course dérivées de la Porsche 911 GT3, sans pour autant en faire la remplaçante officielle.

Un prototype plutôt qu’une Porsche de série

La Mission R n’a jamais reçu de prix catalogue et n’a pas fait l’objet d’une production commerciale. Porsche a construit un prototype roulant fonctionnel, tandis qu’un autre véhicule d’exposition non roulant a également été documenté. Les chiffres parfois avancés pour sa valeur ne correspondent donc pas à un prix neuf : aucune Mission R n’a été proposée à la vente comme automobile de série.

Elle n’a pas davantage été engagée dans un championnat comme modèle homologué. Sa fonction était celle d’un laboratoire roulant capable de confronter les technologies électriques aux contraintes spécifiques du sport automobile. Porsche pouvait ainsi étudier non seulement la vitesse pure, mais aussi la gestion thermique, la récupération, le temps de recharge, l’ergonomie du pilote et le déroulement pratique d’un week-end de course électrique.

La Mission R doit donc être distinguée aussi bien de la Taycan que des 911 et 718 de compétition existantes. Elle représente une étude autonome, construite autour d’une architecture électrique à deux moteurs et développée dès l’origine pour le circuit. C’est précisément ce statut de prototype fonctionnel qui explique son mélange inhabituel de solutions immédiatement exploitables et d’idées prospectives destinées à expérimenter les futures formes de la compétition-client Porsche.