Présentée en 1995, la RUF CTR2 est une supercar allemande développée par RUF Automobile à partir de l’architecture de la Porsche 911 type 993. Avec son moteur six cylindres à plat biturbo de 520 ch, sa boîte manuelle à six rapports et sa vitesse maximale annoncée de 340 km/h, elle figure parmi les voitures de route les plus performantes de son époque. Produite en très petite série à Pfaffenhausen, en Bavière, elle succède à la célèbre CTR Yellowbird tout en adoptant une conception plus moderne, un châssis renforcé et une aérodynamique particulièrement travaillée.
La CTR2 se distingue également par son statut de véritable automobile RUF. L’entreprise allemande ne se limite pas à modifier des Porsche existantes : elle possède une identité de constructeur et développe ses propres véhicules, avec des caractéristiques mécaniques et structurelles spécifiques. Cette distinction est essentielle pour comprendre la rareté et la valeur historique de la CTR2.
Origines et développement de la RUF CTR2
L’histoire de la CTR2 s’inscrit dans la progression technique de RUF depuis les années 1980. Sous l’impulsion d’Alois Ruf, l’entreprise de Pfaffenhausen acquiert une réputation internationale en transformant l’architecture de la Porsche 911 en une plateforme capable de performances extraordinaires. La RUF BTR, apparue en 1983, illustre cette première période avec son moteur turbo de 3,4 litres et ses performances très supérieures à celles de nombreuses sportives contemporaines.
En 1987, la RUF CTR Yellowbird fait entrer le constructeur dans une autre dimension. Son six cylindres biturbo et sa vitesse maximale mesurée à 342 km/h lors d’un essai comparatif organisé par le magazine Road & Track en font l’une des voitures de route les plus rapides au monde. Sa silhouette relativement discrète contraste avec ses performances, une philosophie que RUF conserve pour sa descendante.
Au milieu des années 1990, l’arrivée de la Porsche 911 type 993 offre une nouvelle base technique. Cette génération bénéficie d’une structure modernisée, d’une suspension arrière multibras et d’une meilleure stabilité que les précédentes 911. RUF utilise ces évolutions pour développer une automobile capable de dépasser les performances de la Yellowbird tout en améliorant la maîtrise du véhicule à très haute vitesse.
La CTR2 apparaît en 1995, à une époque dominée par des supercars comme la McLaren F1, la Ferrari F50 et la Lamborghini Diablo. Contrairement à ces modèles aux carrosseries spectaculaires, elle conserve les proportions familières d’une Porsche 911. Cette apparente discrétion masque un travail approfondi sur la motorisation, le refroidissement, la transmission, les suspensions et l’aérodynamique.
Le développement est supervisé par Alois Ruf et les équipes techniques de l’entreprise. La fabrication est assurée dans les ateliers de Pfaffenhausen, avec une attention particulière portée à l’assemblage mécanique et aux spécifications de chaque commande. La CTR2 est proposée comme une automobile de grand tourisme extrêmement rapide, mais également capable d’une utilisation routière.
Design et aérodynamique : une Porsche 993 profondément transformée
La RUF CTR2 reprend la silhouette générale de la Porsche 911 type 993, reconnaissable à ses phares avant ovales inclinés, son pavillon arrondi et son moteur installé en porte-à-faux arrière. Pourtant, ses éléments de carrosserie spécifiques répondent à des contraintes techniques bien différentes de celles d’une 911 de série.
À l’avant, le bouclier RUF intègre des ouvertures de refroidissement et une partie inférieure étudiée pour contrôler les flux d’air. Les bas de caisse participent au traitement aérodynamique de la carrosserie. L’ensemble conserve des lignes relativement sobres, sans adopter les proportions très larges des supercars à moteur central.
L’élément le plus caractéristique se trouve à l’arrière. La CTR2 possède un imposant aileron fixe dont la conception dépasse la simple recherche d’appui aérodynamique. Il contribue également à diriger l’air vers les échangeurs de refroidissement du moteur biturbo. Cette double fonction explique sa forme particulière, différente de celle des ailerons montés sur les Porsche 911 Turbo contemporaines.
Les jantes de 19 pouces, au dessin à cinq branches, renforcent l’identité visuelle du modèle. Elles accueillent des pneumatiques larges, indispensables pour transmettre la puissance au sol. L’assiette abaissée et les modifications des ailes complètent une carrosserie dont les proportions restent proches de celles de la 993.
La structure repose sur une monocoque en acier issue de l’architecture Porsche, renforcée et adaptée par RUF. Des éléments de carrosserie allégés et un arceau de sécurité intégré participent à la rigidité de l’ensemble. L’objectif n’est pas seulement de réduire la masse, mais aussi de préserver la précision du comportement lorsque la voiture évolue à des vitesses particulièrement élevées.
Dans l’habitacle, la CTR2 conserve une présentation proche de celle de la 911, avec une instrumentation orientée vers le conducteur. Des équipements spécifiques RUF, des sièges baquets et des dispositifs de retenue adaptés à une conduite sportive distinguent certaines configurations. La finition et les équipements peuvent varier selon les souhaits du client, chaque exemplaire ayant été assemblé en petite série.
Moteur biturbo et performances de la RUF CTR2
La mécanique constitue le cœur du projet CTR2. Son moteur est un six cylindres à plat de 3,6 litres refroidi par air, équipé de deux turbocompresseurs et d’une injection électronique. Son développement bénéficie de l’expérience de RUF dans la suralimentation ainsi que de solutions inspirées des moteurs Porsche de compétition, notamment ceux de la famille 962. Il ne s’agit cependant pas d’une simple transplantation d’un moteur de course dans une voiture de route.
La puissance maximale atteint 520 ch à 5 800 tr/min, tandis que le couple culmine à 685 Nm à 4 800 tr/min. Ces valeurs placent la CTR2 au-dessus de la Porsche 911 Turbo 993 de série. Le couple élevé permet de disposer d’une forte capacité d’accélération sans devoir exploiter constamment les régimes les plus élevés.
La transmission fait appel à une boîte manuelle à six rapports. La CTR2 est principalement associée à une architecture à propulsion arrière, mais des configurations à transmission intégrale ont également été proposées. Cette diversité reflète la production personnalisée de RUF et explique certaines différences entre les exemplaires recensés.
Les suspensions reprennent les principes de la Porsche 993, avec des jambes de force MacPherson à l’avant et un train arrière multibras. RUF adapte les ressorts, les amortisseurs et les réglages pour répondre aux exigences de sa motorisation. Le freinage est également renforcé, avec des disques de grand diamètre et un système antiblocage. Les spécifications précises des disques et de leurs matériaux peuvent différer selon les voitures.
La documentation historique RUF annonce une vitesse maximale de 340 km/h. D’autres publications avancent des valeurs proches de 350 ou 354 km/h, sans toujours distinguer estimation, mesure indépendante et configuration du véhicule. La valeur constructeur de 340 km/h constitue donc la référence la plus solide pour la CTR2 standard.
Les essais de l’époque confirment néanmoins des accélérations exceptionnelles. Road & Track relève notamment un 0 à 60 mph en 3,6 secondes en 1997, tandis qu’Auto Motor und Sport publie un 0 à 100 km/h également réalisé en 3,6 secondes. Ces résultats montrent que la CTR2 appartient au cercle très restreint des voitures capables de rivaliser avec les supercars les plus rapides des années 1990.
Fiche technique de la RUF CTR2
| Caractéristique | RUF CTR2 standard |
|---|---|
| Constructeur | RUF Automobile GmbH |
| Pays d’origine | Allemagne |
| Site de fabrication | Pfaffenhausen, Bavière |
| Année de lancement | 1995 |
| Période de production | 1995 à 1997, généralement retenue |
| Catégorie | Coupé sportif deux portes, deux places |
| Architecture | Moteur longitudinal arrière |
| Base technique | Porsche 911 type 993 modifiée par RUF |
| Moteur | Six cylindres à plat, boxer |
| Cylindrée | 3 600 cm³ |
| Alésage x course | 100 x 76,4 mm |
| Refroidissement | Par air et circuit d’huile |
| Alimentation | Injection électronique |
| Suralimentation | Deux turbocompresseurs avec échangeurs |
| Puissance maximale | 520 ch, soit environ 382 kW |
| Régime de puissance maximale | 5 800 tr/min |
| Couple maximal | 685 Nm |
| Régime de couple maximal | 4 800 tr/min |
| Rapport volumétrique | 8,0:1 selon les fiches spécialisées |
| Lubrification | Carter sec |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 6 rapports |
| Transmission | Propulsion, transmission intégrale proposée |
| Châssis | Monocoque acier renforcée |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Indépendante, multibras |
| Direction | À crémaillère |
| Freinage | Disques ventilés haute performance, ABS |
| Jantes | 19 pouces |
| Pneumatiques avant | 245/35 ZR19 |
| Pneumatiques arrière | 285/30 ZR19 |
| Longueur | 4 290 mm |
| Largeur | 1 735 mm |
| Hauteur | 1 290 mm |
| Empattement | 2 272 mm |
| Masse à vide DIN | 1 380 kg |
| Rapport poids/puissance | Environ 2,65 kg/ch |
| 0 à 100 km/h | 3,6 secondes, essai d’époque |
| 0 à 60 mph | 3,6 secondes, Road & Track 1997 |
| Vitesse maximale constructeur | 340 km/h |
| Production standard | Environ 16 exemplaires selon Ultimatecarpage |
RUF CTR2 Sport et engagement à Pikes Peak
La CTR2 donne naissance à une évolution plus radicale, la CTR2 Sport, apparue en 1997. Cette version se distingue par une carrosserie élargie, des voies adaptées et une motorisation plus puissante, généralement annoncée à 580 ch. Les modifications concernent également les réglages du châssis et les équipements destinés à exploiter les performances supplémentaires.
La distinction entre CTR2 et CTR2 Sport est importante. Les deux voitures appartiennent à la même famille, mais leurs caractéristiques ne sont pas interchangeables. Les exemplaires Sport présentent une apparence plus agressive, notamment au niveau des ailes et des roues, alors que la CTR2 standard conserve une silhouette relativement étroite.
En 1997, RUF engage deux voitures spécialement préparées dans la célèbre course de côte de Pikes Peak, aux États-Unis. Ces CTR2 Sport Prototype bénéficient d’une préparation de compétition avec une puissance souvent annoncée autour de 702 ch. Elles ne correspondent donc pas aux caractéristiques des modèles routiers de 520 ou 580 ch.
Steve Beddor et David Beddor prennent le départ de l’épreuve dans la catégorie Pikes Peak Open. Steve Beddor termine deuxième de sa catégorie en 12 minutes 16,52 secondes, tandis que David Beddor se classe quatrième en 12 minutes 39,90 secondes. Ces résultats démontrent la capacité de la plateforme CTR2 à supporter une préparation beaucoup plus poussée que celle des voitures de route.
L’exemplaire de Steve Beddor poursuit ensuite une carrière dans les courses de côte américaines. Il remporte notamment la Virginia City Hill Climb en 1999, 2000 et 2001. Son historique sportif et sa provenance en font l’une des CTR2 Sport les mieux documentées.
Cette participation à Pikes Peak contribue à la réputation de la CTR2, mais ne doit pas conduire à présenter la version standard comme une voiture de compétition. RUF a développé des prototypes spécifiques pour cette épreuve, avec des caractéristiques mécaniques et aérodynamiques adaptées aux contraintes de la montagne.
Production limitée et valeur de collection
La RUF CTR2 n’a jamais été destinée à une fabrication industrielle de grande série. Son assemblage artisanal, le coût de ses composants et son positionnement parmi les automobiles les plus performantes de son époque expliquent une diffusion extrêmement limitée.
Le nombre exact d’exemplaires demeure discuté. Ultimatecarpage indique 16 CTR2 standard et 12 CTR2 Sport, tandis que d’autres références avancent un total de 31 voitures pour la famille CTR2. RM Sotheby’s mentionne pour sa part 16 CTR2 Sport à carrosserie élargie. Ces écarts peuvent tenir aux différentes méthodes de comptage des voitures construites, transformées ou préparées, sans qu’un registre exhaustif publiquement vérifiable permette de les résoudre définitivement.
Cette rareté impose une attention particulière à l’identification des véhicules. Une Porsche 993 équipée d’éléments de carrosserie ou de pièces mécaniques RUF n’est pas automatiquement une CTR2 construite sous l’identité du constructeur allemand. Les numéros de châssis, les documents de livraison et les archives d’entretien jouent donc un rôle déterminant dans l’authentification.
Le prix neuf est fréquemment donné autour de 315 000 dollars, mais ce montant ne peut pas être considéré comme un tarif unique applicable à toutes les configurations. Les options, les spécifications de transmission et les demandes particulières des acheteurs pouvaient modifier sensiblement le coût final.
Sur le marché des voitures de collection, la CTR2 bénéficie de son faible volume de production et de son lien direct avec la Yellowbird. Des ventes publiques ont dépassé deux millions de dollars dans les années 2020, notamment pour des exemplaires bénéficiant d’une provenance et d’une configuration recherchées. Ces résultats ne constituent toutefois pas une cote uniforme, tant les différences entre véhicules peuvent être importantes.
La carrière de la CTR2 s’inscrit également dans l’évolution de la gamme RUF à la fin des années 1990. La RUF Turbo R représente une autre interprétation très performante de la Porsche 911 type 993, avec une orientation mécanique et commerciale distincte de celle de la famille CTR.
Évolution de la lignée CTR et autres créations RUF
Après la CTR2, RUF poursuit le développement de voitures sportives reposant sur différentes générations de la Porsche 911. La marque ne cherche pas systématiquement à reproduire la formule de son modèle phare : elle explore également des motorisations atmosphériques et des configurations adaptées à des usages différents.
Présentée en 2000, la RUF RGT illustre cette diversification. Son moteur atmosphérique privilégie une réponse directe à l’accélérateur et une philosophie mécanique différente de celle des CTR biturbo. Elle démontre que l’identité RUF ne repose pas uniquement sur la recherche de puissances extrêmes par suralimentation.
En 2004, la RUF Rt 12 reprend au contraire le principe d’un six cylindres à plat biturbo très performant, mais sur une architecture issue d’une génération plus récente de Porsche 911. Elle témoigne de la continuité des travaux de RUF sur les moteurs suralimentés, les transmissions et la stabilité à haute vitesse.
La véritable succession de la lignée CTR intervient en 2007 avec la présentation de la RUF CTR3. Cette nouvelle supercar rompt profondément avec l’architecture de ses devancières : son moteur est installé en position centrale arrière, dans une structure spécifique, et sa silhouette ne reprend plus directement les proportions traditionnelles de la 911.
Ce changement d’architecture marque une évolution importante dans l’histoire de RUF. Alors que les deux premières CTR démontraient jusqu’où pouvait être poussée la conception à moteur arrière de la Porsche 911, la CTR3 permet au constructeur d’explorer une répartition des masses et une conception aérodynamique différentes, tout en conservant le principe d’une automobile de très haute performance développée et fabriquée à Pfaffenhausen.




