Présentée en 2004, la RUF Rt 12 est une voiture de sport allemande à moteur six cylindres boxer biturbo, développée par RUF Automobile sur l’architecture de la Porsche 911 type 997. Proposée dès son lancement avec plusieurs niveaux de puissance, jusqu’à 650 ch, elle associe une préparation mécanique approfondie, une aérodynamique spécifique et des performances capables de rivaliser avec celles des supercars de son époque. Sa particularité réside également dans la possibilité de choisir entre une transmission aux roues arrière et une transmission intégrale.
Construite à Pfaffenhausen, en Bavière, la Rt 12 illustre la philosophie de RUF : exploiter l’architecture de la 911 pour développer des automobiles aux caractéristiques propres, sans renoncer à leur polyvalence routière. Elle inaugure une famille qui évoluera ensuite avec les Rt 12 S et Rt 12 R, deux versions plus puissantes qu’il convient de distinguer du modèle original.
Origines et développement de la RUF Rt 12
L’histoire de la Rt 12 s’inscrit dans plusieurs décennies de développement de Porsche 911 à hautes performances par RUF Automobile. Installée à Pfaffenhausen, l’entreprise allemande s’est progressivement imposée comme un constructeur à part entière, reconnu pour ses motorisations turbocompressées, ses modifications de châssis et ses recherches sur la stabilité à très haute vitesse.
Dès les années 1980, la RUF BTR démontre les capacités de l’entreprise à transformer profondément le six cylindres boxer de la 911. Avec sa motorisation turbocompressée de 3,4 litres, elle participe à la construction de l’identité technique de RUF, fondée sur des performances élevées et une mécanique spécifiquement développée.
En 1987, la RUF CTR Yellowbird donne une nouvelle dimension à cette réputation. Ses performances exceptionnelles et sa vitesse maximale supérieure à 340 km/h font connaître le constructeur bien au-delà des spécialistes de Porsche. La Rt 12 prolonge cette tradition, avec des technologies et une architecture correspondant aux exigences des années 2000.
Entre ces deux générations, la RUF CTR2, dévoilée en 1995, représente une autre étape importante. Développée autour de la génération 993, elle associe une motorisation biturbo à une aérodynamique élaborée et à une puissance dépassant largement celle des Porsche de série contemporaines.
Au tournant des années 2000, RUF poursuit ses travaux sur la génération 996, notamment avec la RUF Turbo R. Cette expérience prépare le développement d’une nouvelle sportive adaptée à la plateforme 997, dont Porsche commence la commercialisation en 2004.
La Rt 12 est dévoilée à l’automne 2004, lors du salon automobile d’Essen. Elle se distingue immédiatement par son moteur biturbo particulièrement puissant, ses ailes arrière modifiées et ses équipements techniques spécifiques. Alors que la Porsche 911 Turbo de génération 997 n’est pas encore commercialisée, RUF propose déjà sa propre interprétation d’une 911 suralimentée de nouvelle génération.
Le projet est conduit sous la direction d’Alois Ruf Jr., avec les équipes techniques de Pfaffenhausen. Contrairement à une simple préparation électronique, il repose sur une évolution approfondie du moteur, du refroidissement, des trains roulants et de l’aérodynamique.
Un moteur boxer biturbo développé pour les très hautes performances
La caractéristique centrale de la RUF Rt 12 est son moteur six cylindres à plat, installé longitudinalement derrière l’essieu arrière. Cette implantation conserve la répartition des masses particulière de la Porsche 911, tout en imposant un travail important sur la motricité et le comportement dynamique lorsque la puissance augmente.
Lors de sa présentation, RUF annonce trois niveaux de puissance : 530, 560 et 650 ch. Les deux premières configurations reposent sur une mécanique de 3,6 litres, tandis que la version la plus performante utilise un moteur porté à environ 3,8 litres. Les couples annoncés atteignent respectivement 750, 790 et 870 Nm, des valeurs particulièrement élevées pour une sportive routière de cette période.
La motorisation de 650 ch reçoit des modifications mécaniques importantes. Elle fait notamment appel à des pistons spécifiques Mahle, à des bielles en titane, à des culasses retravaillées et à une admission adaptée à la suralimentation. Deux turbocompresseurs de la famille KKK K24 participent à l’obtention de cette puissance, avec un système de refroidissement de l’air comprimé destiné à maîtriser les températures de fonctionnement.
Ces transformations s’inscrivent dans la continuité du savoir-faire de RUF, mais elles répondent aussi à une contrainte nouvelle : offrir une puissance considérable tout en conservant une réponse à l’accélérateur et une souplesse compatibles avec la circulation quotidienne.
La Rt 12 utilise une boîte mécanique à six rapports. RUF propose différentes démultiplications, permettant de privilégier les accélérations ou la vitesse maximale. La transmission aux roues arrière constitue la configuration annoncée de base, tandis qu’une transmission intégrale peut être commandée. Cette dernière améliore notamment la capacité à transmettre le couple au sol lors des fortes accélérations.
La coexistence de ces configurations explique certaines différences observées dans les essais d’époque. Deux Rt 12 affichant une puissance identique ne présentent pas nécessairement le même poids, les mêmes pneumatiques ou les mêmes performances chronométrées.
Fiche technique de la RUF Rt 12
| Caractéristique | RUF Rt 12 originale (2004) |
|---|---|
| Constructeur | RUF Automobile GmbH |
| Pays de fabrication | Allemagne, Pfaffenhausen |
| Première présentation | 2004, salon d’Essen |
| Catégorie | Coupé sportif à très hautes performances |
| Architecture | Moteur arrière longitudinal |
| Base technique | Porsche 911 type 997 |
| Structure | Coque autoporteuse en acier, architecture 997 modifiée |
| Moteur | Six cylindres à plat, boxer essence |
| Distribution | Double arbre à cames en tête par rangée, 24 soupapes |
| Cylindrée | 3,6 litres ou environ 3,8 litres selon version |
| Alimentation | Injection d’essence, double turbocompresseur et refroidissement de l’air de suralimentation |
| Puissance maximale | 530, 560 ou 650 ch |
| Couple maximal | 750, 790 ou 870 Nm selon motorisation |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 6 rapports |
| Transmission | Propulsion ou intégrale en option |
| Suspension avant | Indépendante, architecture à jambes de force |
| Suspension arrière | Indépendante, architecture multibras |
| Amortissement | Réglages spécifiques RUF, amortisseurs Bilstein documentés |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freinage | Disques ventilés haute performance, équipements variables |
| Roues | Montages de 19 et 20 pouces selon configuration |
| Pneumatiques documentés | 255/35 ZR19 avant et 305/30 ZR19 arrière sur un exemplaire de 2005 |
| Longueur | Environ 4 495 mm |
| Largeur | Environ 1 882 mm |
| Hauteur | Environ 1 270 mm |
| Empattement | Environ 2 350 mm |
| Poids | Environ 1 500 kg selon configuration |
| 0 à 100 km/h | Jusqu’à environ 3,3 s pour la version 650 ch |
| 0 à 200 km/h | 9,7 s rapportées pour la version 650 ch |
| Vitesse maximale | Plus de 350 km/h selon configuration et démultiplication |
Design, aérodynamique et comportement routier
La RUF Rt 12 conserve les proportions caractéristiques de la Porsche 911 type 997 : un capot avant plongeant, des projecteurs arrondis, un habitacle relativement avancé et une partie arrière dominée par le moteur. Pourtant, plusieurs éléments permettent de la reconnaître sans examiner ses caractéristiques mécaniques.
Le bouclier avant spécifique comporte des ouvertures de refroidissement agrandies. Les ailes arrière, sensiblement élargies, intègrent des prises d’air destinées à alimenter les échangeurs du moteur biturbo. Ces ouvertures constituent l’un des signes distinctifs les plus importants de la Rt 12 originale.
La partie arrière reçoit un traitement aérodynamique particulier, avec un bouclier adapté et un aileron contribuant à la stabilité à haute vitesse. Les jantes RUF complètent l’identité visuelle de la voiture. Leur dessin et leurs dimensions peuvent varier suivant les commandes, tout comme certains éléments de finition.
Le travail aérodynamique ne répond pas uniquement à une recherche esthétique. À plus de 300 km/h, la maîtrise des mouvements de caisse, de la portance et des flux d’air devient déterminante. RUF cherche donc à améliorer la stabilité directionnelle sans transformer la Rt 12 en voiture de compétition.
Le châssis bénéficie de réglages spécifiques et d’un amortissement adapté à la puissance. La suspension indépendante reprend les principes techniques de la 997, avec des modifications destinées à améliorer le contrôle des mouvements de caisse. Certains exemplaires disposent également d’un système permettant de relever temporairement la garde au sol pour franchir plus facilement les obstacles urbains.
Le freinage est renforcé pour répondre aux vitesses atteintes. Des disques ventilés de grand diamètre et des étriers multipistons figurent parmi les équipements décrits lors de la présentation du modèle. Les caractéristiques précises dépendent toutefois de la configuration retenue.
Dans l’habitacle, la Rt 12 conserve l’organisation générale de la Porsche 997, notamment son tableau de bord, son instrumentation analogique et sa position de conduite. RUF propose des personnalisations portant sur les sièges, les matériaux, les finitions et les équipements. Cette approche permet de conserver une certaine discrétion et une utilisation routière relativement polyvalente.
Au sein de la gamme RUF, cette philosophie contraste avec celle de la RUF RGT, qui privilégie une motorisation atmosphérique et une relation plus directe entre le régime moteur et la puissance délivrée. La Rt 12 met davantage l’accent sur la disponibilité d’un couple considérable et sur les accélérations à haute vitesse.
Performances et essais de la RUF Rt 12
La Rt 12 attire rapidement l’attention de la presse spécialisée grâce à ses performances inhabituelles pour une voiture conservant la silhouette d’une 911. Dans sa configuration de 650 ch, elle appartient au cercle restreint des sportives routières capables de dépasser les 350 km/h, sous réserve d’une démultiplication adaptée.
Un essai publié en 2005 rapporte une accélération de 0 à 100 km/h en 3,3 secondes et de 0 à 200 km/h en 9,7 secondes pour la version la plus puissante. Ces résultats placent alors la Rt 12 parmi les automobiles les plus rapides de sa catégorie, particulièrement lorsqu’il s’agit d’accélérer au-delà des vitesses autoroutières.
En 2007, le magazine américain Road & Track soumet une Rt 12 AWD de 650 bhp à une série de mesures. L’exemplaire essayé réalise le 0 à 60 mph en 3,8 secondes et parcourt le quart de mile en 11,6 secondes. Le magazine relève également une accélération jusqu’à 200 mph, soit environ 322 km/h, en 35,5 secondes.
Ces résultats montrent que la vitesse maximale ne constitue qu’une partie de l’intérêt technique du modèle. Sa capacité à maintenir une forte accélération à des vitesses déjà très élevées repose sur la puissance disponible, les rapports de transmission et le travail aérodynamique.
La Rt 12 a également été soumise à des essais sur circuit. Une version AWD de 650 ch est notamment associée à un temps de 7 minutes et 35 secondes sur la Nordschleife du Nürburgring dans les relevés du Supertest de Sport Auto. Ce résultat, rapporté dans des compilations de chronos, doit être distingué d’un record officiellement homologué.
Malgré ses performances, la Rt 12 n’a pas été développée comme une voiture de course. Sa vocation reste routière, avec une attention portée à la stabilité, à la motricité et à la possibilité d’utiliser quotidiennement une automobile dotée d’une puissance très supérieure à celle d’une 911 conventionnelle de son époque.
Évolutions : Rt 12 S, Rt 12 R et place dans la gamme RUF
La carrière de la Rt 12 ne se limite pas aux configurations présentées en 2004. RUF poursuit le développement de sa sportive biturbo sur la génération 997 et introduit progressivement des variantes plus puissantes, accompagnées de modifications techniques et esthétiques.
La RUF Rt 12 S apparaît à la fin des années 2000. Elle porte la puissance annoncée à 685 ch et le couple à environ 880 Nm. Cette évolution conserve les principes fondamentaux du modèle, tout en renforçant ses performances et en bénéficiant d’améliorations issues de l’expérience acquise depuis le lancement.
En 2011, la RUF Rt 12 R représente une étape supplémentaire. Son six cylindres boxer biturbo développe 730 ch et 940 Nm. Plus radicale, elle reçoit une préparation destinée à exploiter cette puissance accrue, notamment par des évolutions du châssis et une attention renforcée à la réduction du poids.
Les caractéristiques de ces deux déclinaisons ne doivent pas être confondues avec celles de la Rt 12 originale. En particulier, les 730 ch régulièrement associés au nom Rt 12 correspondent à la version R, et non au modèle présenté à Essen en 2004.
Parallèlement, RUF développe d’autres automobiles sportives qui suivent des orientations techniques différentes. Dévoilée en 2007, la RUF CTR3 abandonne notamment l’implantation traditionnelle du moteur en porte-à-faux arrière au profit d’une architecture à moteur central arrière. Elle constitue ainsi une autre réponse du constructeur à la recherche de performances extrêmes.
La gamme RUF conserve également une place pour les sportives atmosphériques. La lignée RUF SCR illustre cette approche, fondée sur la réponse naturelle du moteur et le plaisir de conduite, plutôt que sur la recherche d’un couple maximal obtenu par suralimentation.
En 2013, la présentation de la RUF RTR, développée sur l’architecture de la Porsche 911 type 991, marque une nouvelle étape dans la famille des sportives biturbo du constructeur. La Rt 12 reste toutefois associée à la génération 997 et à une période durant laquelle RUF pouvait proposer des niveaux de puissance exceptionnels avant même l’arrivée de certaines déclinaisons Porsche équivalentes.
Production, prix et rareté de la RUF Rt 12
La RUF Rt 12 appartient à la catégorie des automobiles fabriquées en très petites quantités, avec des configurations pouvant varier sensiblement d’un exemplaire à l’autre. Contrairement à une Porsche 911 de grande série, sa production repose sur un travail spécialisé et sur les demandes particulières des clients.
Le nombre exact d’exemplaires construits demeure difficile à établir. Certaines bases de données avancent des volumes très faibles, mais ne distinguent pas toujours les Rt 12 originales des évolutions S et R, ni les voitures construites sous identification RUF des Porsche transformées ultérieurement. Aucun total global ne peut donc être retenu comme définitivement établi.
Cette distinction est importante pour comprendre le statut de la marque. RUF Automobile possède sa propre reconnaissance en tant que constructeur et peut attribuer une identification spécifique à ses véhicules. Sur le marché de la collection, l’origine de la voiture, ses documents de fabrication et son historique technique jouent ainsi un rôle essentiel.
Les prix ne sont pas davantage uniformes. Lors de la présentation du modèle, un tarif d’environ 195 000 euros hors taxes est rapporté pour une configuration de 560 ch. Une Rt 12 AWD de 650 ch essayée à la fin des années 2000 est associée à un prix sensiblement supérieur, de l’ordre de 320 000 euros. Ces montants correspondent à des configurations et à des périodes différentes, et non à un tarif unique applicable à toutes les Rt 12.
La rareté du modèle se reflète également dans certaines ventes de collection. En février 2022, une Rt 12 de 2006 a notamment été adjugée à 910 000 dollars. Ce résultat témoigne de l’intérêt que peuvent susciter les exemplaires documentés, sans constituer une estimation représentative de toutes les voitures de cette famille.
Pour identifier précisément une Rt 12 proposée à la vente, il est indispensable d’examiner sa documentation RUF, son numéro de châssis, sa motorisation et ses équipements d’origine. Les modifications réalisées au cours de sa vie peuvent en effet rendre difficile la distinction entre une configuration initiale de 530, 560 ou 650 ch et une automobile ayant bénéficié d’évolutions mécaniques ultérieures.




