La Bertone X1/9 est une petite voiture de sport italienne à moteur central arrière, commercialisée sous la marque Bertone à partir de 1982. Elle prolonge la carrière de la Fiat X1/9 lancée dix ans auparavant, en conservant son architecture originale : deux places, propulsion, carrosserie targa à toit rigide amovible et moteur quatre cylindres transversal installé derrière l’habitacle. Produite jusqu’à la fin des années 1980, elle constitue l’une des dernières automobiles de série commercialisées sous le nom du célèbre carrossier turinois.
Avec son dessin signé Marcello Gandini, ses phares escamotables et sa silhouette en coin, la Bertone X1/9 possède une personnalité bien différente de celle des petits roadsters traditionnels. Sa puissance modeste ne l’empêche pas d’offrir un comportement routier particulièrement agile, grâce à une répartition des masses favorable et à une conception mécanique inhabituelle dans cette catégorie de prix.
De la Fiat X1/9 à la Bertone X1/9 : une histoire commencée en 1972
L’histoire de la Bertone X1/9 commence à la fin des années 1960, lorsque Fiat envisage de remplacer sa 850 Spider. Le constructeur italien souhaite proposer une sportive compacte capable de séduire les amateurs européens et américains, tout en répondant aux exigences de sécurité de plus en plus strictes. Le projet prend une direction audacieuse avec l’adoption d’un moteur central arrière, une solution alors principalement associée aux voitures de compétition et aux sportives de prestige.
En 1969, Marcello Gandini présente chez Bertone le concept Bertone Runabout, réalisé sur une base mécanique Autobianchi. Cette étude aux lignes géométriques, à la silhouette très basse et au moteur central annonce plusieurs principes stylistiques de la future X1/9. La voiture de série adoptera toutefois une carrosserie fermée par un toit amovible, mieux adaptée à une utilisation quotidienne.
La Fiat X1/9 est officiellement présentée en 1972. Son appellation reprend le code interne du programme de développement, plutôt que le nom d’une ville ou une désignation mécanique traditionnelle. La première version reçoit un moteur de 1 290 cm³ dérivé de celui de la Fiat 128, associé à une boîte manuelle à quatre rapports. Bertone assure la fabrication des carrosseries, tandis que Fiat prend en charge la commercialisation.
En 1978, la X1/9 connaît une évolution majeure avec l’arrivée de la version 1500 Five Speed. Le moteur passe à 1 498 cm³ et la transmission reçoit cinq rapports. Les pare-chocs deviennent plus enveloppants, notamment pour répondre aux normes américaines. Cette seconde génération technique constitue la base directe de la future Bertone X1/9.
Au début des années 1980, Fiat décide de se retirer de la commercialisation du modèle. Bertone choisit alors de poursuivre l’aventure sous sa propre marque. En 1982, la voiture devient officiellement la Bertone X1/9. Le carrossier reprend la responsabilité de sa fabrication et de sa distribution, sans bouleverser une conception déjà éprouvée. Le changement concerne principalement l’identité commerciale, les finitions et certains équipements.
Cette nouvelle étape intervient alors que Bertone cherche à développer son activité de constructeur à part entière. Quelques années plus tard, le Bertone Freeclimber, un tout-terrain développé sur une base Daihatsu, illustrera cette diversification au-delà des petites voitures de sport.
Un design signé Marcello Gandini et une carrosserie targa originale
La Bertone X1/9 conserve le dessin caractéristique imaginé par Marcello Gandini au début des années 1970. Sa silhouette repose sur un capot avant très bas, un habitacle avancé, une ceinture de caisse rectiligne et une partie arrière courte. Les surfaces anguleuses traduisent le langage stylistique de Bertone, également présent sur plusieurs sportives italiennes beaucoup plus prestigieuses.
La face avant se distingue par ses deux phares escamotables, qui disparaissent dans la carrosserie lorsqu’ils ne sont pas utilisés. Cette solution permet de préserver la finesse du capot tout en respectant les exigences d’éclairage. Sur les modèles commercialisés sous la marque Bertone, les pare-chocs enveloppants de la version 1500 constituent un élément important d’identification. Leur présentation varie néanmoins selon les marchés.
Le toit targa représente l’une des caractéristiques les plus originales de la voiture. Contrairement à un cabriolet classique, la X1/9 conserve un arceau transversal rigide derrière les sièges. Le panneau central du toit peut être retiré et rangé dans le coffre avant, permettant de profiter d’une conduite à ciel ouvert sans nécessiter de capote souple. Cette disposition contribue également à la rigidité de la structure.
L’implantation centrale du moteur libère deux compartiments à bagages distincts. Le premier se trouve à l’avant, derrière le radiateur, tandis que le second est aménagé à l’arrière. Malgré ses dimensions réduites, la X1/9 peut ainsi accueillir quelques bagages pour un voyage à deux. Cette organisation constitue un avantage pratique face à certaines sportives à moteur central plus volumineuses.
À bord, la présentation reste typique des années 1970 et 1980. Le tableau de bord anguleux regroupe une instrumentation complète, avec compte-tours et indicateurs mécaniques. La position de conduite basse, les sièges proches du sol et le pare-brise relativement incliné renforcent la sensation sportive. Les finitions Bertone apportent progressivement des selleries, des garnitures et des équipements plus valorisants que ceux des premières Fiat X1/9.
La X1/9 occupe une place particulière dans l’histoire du style italien. Son dessin démontre qu’une architecture de sportive exotique pouvait être adaptée à une automobile relativement accessible. Cette tradition de créations spectaculaires sera notamment célébrée par le concept Bertone Nuccio présenté en 2012, hommage à l’histoire du carrossier plutôt que successeur direct de la X1/9.
Fiche technique de la Bertone X1/9
| Caractéristique | Bertone X1/9 1500 européenne |
|---|---|
| Marque | Bertone |
| Modèle | X1/9 |
| Début de commercialisation sous marque Bertone | 1982 |
| Fin de carrière | 1989 |
| Origine | Italie |
| Production | Bertone, région de Turin |
| Catégorie | Petite voiture de sport |
| Carrosserie | Targa, 2 portes, 2 places |
| Structure | Monocoque autoporteuse en acier |
| Architecture mécanique | Moteur central arrière transversal |
| Transmission | Propulsion |
| Moteur | 4 cylindres en ligne atmosphérique |
| Cylindrée | 1 498 cm³ |
| Alésage x course | 86,4 x 63,9 mm |
| Distribution | Simple arbre à cames en tête, 8 soupapes |
| Bloc moteur | Fonte |
| Culasse | Alliage d’aluminium |
| Alimentation | Carburateur double corps sur version européenne classique |
| Puissance maximale | 85 ch DIN à 6 000 tr/min |
| Couple maximal | Environ 118 Nm à 3 200 tr/min |
| Refroidissement | Liquide, radiateur avant |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Embrayage | Monodisque à sec |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Indépendante, type MacPherson |
| Direction | À crémaillère, sans assistance |
| Freinage | Disques aux quatre roues |
| Pneumatiques courants | 165/70 R13 |
| Jantes | 13 pouces, selon finition |
| Entraxe des roues | 4 x 98 mm |
| Longueur | 3 969 mm environ |
| Largeur | 1 570 mm |
| Hauteur | 1 180 mm environ |
| Empattement | 2 202 mm |
| Voie avant | Environ 1 330 mm |
| Voie arrière | Environ 1 340 mm |
| Masse | Environ 920 kg selon équipement |
| Vitesse maximale | Environ 180 km/h |
| Accélération de 0 à 100 km/h | Environ 10 secondes selon les versions et mesures |
| Toit | Panneau rigide amovible |
| Éclairage avant | Phares escamotables |
Moteur central et comportement routier : une sportive différente
La particularité mécanique de la Bertone X1/9 réside dans son moteur installé transversalement juste derrière les sièges. Cette architecture, inspirée des voitures de compétition, permet de concentrer une partie importante de la masse entre les essieux. Elle favorise les changements de direction et réduit l’inertie ressentie dans les enchaînements de virages.
Le quatre cylindres 1500 appartient à la famille des moteurs Fiat à arbre à cames en tête. Il privilégie la simplicité mécanique et la souplesse plutôt que la recherche d’une puissance élevée. Sur les versions européennes à carburateur, ses 85 ch suffisent à animer une voiture relativement légère. Le caractère sportif provient davantage de l’équilibre du châssis et de la proximité du conducteur avec la mécanique que des accélérations pures.
La boîte manuelle à cinq rapports permet de mieux exploiter le moteur sur route. L’étagement convient à une conduite dynamique, tandis que le cinquième rapport rend les trajets à vitesse stabilisée plus agréables que sur les premières X1/9 à quatre vitesses. La commande, qui relie le levier à la transmission située derrière l’habitacle, demande toutefois un réglage correct pour conserver sa précision.
Les quatre roues indépendantes et la direction à crémaillère participent au caractère direct de la voiture. L’absence d’assistance de direction offre des sensations mécaniques franches, particulièrement appréciables une fois le véhicule en mouvement. Les freins à disque sur les quatre roues constituent également un équipement cohérent avec les ambitions sportives du modèle.
Le comportement d’une X1/9 en bon état dépend fortement de la qualité des pneumatiques, de la géométrie des trains roulants et de l’état des silentblocs. Comme sur toute voiture à moteur central, les réactions peuvent devenir plus vives lorsque l’adhérence est brusquement dépassée. Son équilibre ne dispense donc pas d’une conduite progressive, particulièrement sur chaussée humide.
Les voitures destinées à l’Amérique du Nord présentent certaines différences mécaniques. L’injection électronique, les systèmes antipollution et les réglages propres aux réglementations locales entraînent des puissances généralement inférieures à celles des versions européennes classiques. Certaines séries européennes tardives reçoivent également une injection Bosch et un catalyseur. Ces variantes expliquent pourquoi toutes les Bertone X1/9 ne présentent pas exactement les mêmes performances.
Versions IN, VS, S et Gran Finale : les évolutions de la gamme
Lorsque Bertone reprend la X1/9 en 1982, le constructeur cherche à valoriser un modèle dont la conception remonte déjà à une décennie. Plutôt que de modifier profondément sa mécanique, il développe des présentations spécifiques, destinées à renforcer son caractère exclusif et à prolonger son attractivité commerciale.
La Bertone X1/9 IN accompagne les débuts de cette nouvelle période. Elle reçoit une finition intérieure enrichie et, selon les marchés, des associations de couleurs particulières. Les carrosseries bicolores contribuent à distinguer certains exemplaires des Fiat X1/9 précédentes. Les équipements peuvent néanmoins varier d’un pays à l’autre, ce qui rend indispensable l’identification précise du millésime.
La Bertone X1/9 VS, généralement interprétée comme Versione Speciale, poursuit cette orientation avec des éléments décoratifs et des équipements spécifiques. Certaines voitures se distinguent par leurs jantes, leurs garnitures et leurs combinaisons de peinture. La désignation VS ne correspond pas à une nouvelle architecture mécanique : elle identifie principalement une présentation particulière de la X1/9 1500.
Durant la seconde moitié des années 1980, la gamme évolue au rythme des réglementations et des marchés. Les appellations S et Sunshine apparaissent dans certaines documentations spécialisées. Les adaptations antipollution prennent une importance croissante, notamment avec l’adoption de l’injection et du catalyseur sur plusieurs configurations. Une même dénomination commerciale ne garantit donc pas une motorisation strictement identique dans tous les pays.
La Bertone X1/9 Gran Finale marque la dernière phase de production. Associée aux années 1987-1989 selon les dates de fabrication et de commercialisation, cette série bénéficie d’une présentation spécifique et de jantes en alliage de 14 pouces sur les configurations documentées. Elle constitue aujourd’hui l’une des variantes les plus reconnaissables de la fin de carrière.
Les derniers exemplaires sont commercialisés alors que la conception de la X1/9 approche de ses vingt ans. La production s’achève à la fin des années 1980, sans remplacement direct dans la gamme Bertone. La Fiat Barchetta, apparue en 1995, retrouvera l’idée d’une petite sportive italienne découvrable, mais avec une architecture à moteur avant et roues avant motrices.
Production, compétition et place sur le marché de la collection
La production de la Bertone X1/9 est nettement plus limitée que celle de la Fiat X1/9 originelle. Les décomptes historiques couramment repris évoquent environ 20 000 exemplaires commercialisés sous la marque Bertone, mais les totaux publiés diffèrent selon les archives et les périmètres retenus. Il faut notamment distinguer les véhicules fabriqués, les millésimes et les voitures vendues après l’arrêt des chaînes.
L’identification d’un exemplaire repose notamment sur son numéro de châssis. Les Bertone possèdent généralement une identification commençant par ZBB, tandis que les Fiat antérieures utilisent le préfixe ZFA. Cette distinction est utile pour vérifier l’origine d’une voiture, particulièrement lorsque des emblèmes, des pare-chocs ou des éléments de carrosserie ont été remplacés au cours de sa vie.
La X1/9 possède également une histoire sportive, mais celle-ci appartient principalement à la période Fiat. En 1974, Abarth développe une X1/9 Prototipo destinée au rallye, équipée d’un moteur de 1,8 litre et d’une carrosserie profondément modifiée. Elle remporte plusieurs épreuves italiennes avant l’abandon du programme au profit de la Fiat 131 Abarth Rally. Ces prototypes ne doivent pas être confondus avec les Bertone X1/9 1500 de série, dont la vocation reste essentiellement routière.
Sur le marché de la collection, la Bertone X1/9 attire les amateurs de sportives italiennes originales, sans appartenir à la catégorie des voitures de prestige. Son intérêt tient à sa conception particulière, à son dessin signé Gandini et au plaisir de conduite qu’elle peut offrir avec une mécanique relativement simple. Les versions spéciales et les exemplaires conservés dans leur configuration d’origine présentent un attrait supplémentaire.
La corrosion constitue le principal point de vigilance lors de l’achat. La structure monocoque impose un examen approfondi des bas de caisse, des planchers, des passages de roue, des ancrages de suspension et des zones difficilement accessibles. Une peinture récente ne suffit pas à garantir la qualité de la carrosserie : l’état des éléments porteurs doit être vérifié avec attention.
Sur le plan mécanique, la distribution par courroie nécessite un entretien suivi. Le circuit de refroidissement mérite également une surveillance particulière, car le radiateur est éloigné du moteur et les canalisations traversent une grande partie du véhicule. Les durites, les raccords, la pompe à eau et les éventuelles traces de surchauffe doivent être examinés avant une utilisation régulière.
L’électricité représente un autre domaine à contrôler, notamment le fonctionnement des phares escamotables, des instruments et des accessoires. Les joints du toit amovible, les mécanismes de fermeture et l’étanchéité de l’habitacle demandent aussi de l’attention. Une voiture longtemps immobilisée peut nécessiter une remise en état importante, même lorsque son kilométrage paraît faible.
La disponibilité des pièces reste favorisée par les éléments mécaniques d’origine Fiat et par l’existence de spécialistes de la X1/9. En revanche, certaines garnitures intérieures, pièces de carrosserie et finitions propres aux séries Bertone peuvent être plus difficiles à retrouver. Pour une IN, une VS ou une Gran Finale, la présence des équipements spécifiques d’origine mérite donc d’être vérifiée avant l’achat.
