Une barquette Dino pour la catégorie deux litres
La Ferrari 196 SPDino 196 SP, est une barquette de compétition à moteur central arrière présentée en 1962. Elle appartient à la famille des prototypes Ferrari SP et vient compléter la 246 SP en ciblant la catégorie des voitures de sport de deux litres de cylindrée. Avec son châssis tubulaire très léger, son V6 compact et son dessin signé Fantuzzi, la 196 SP représente l’une des Ferrari de compétition les plus affûtées du début des années soixante.
Elle est dévoilée lors du point presse traditionnel de Ferrari du mois de février 1962 aux côtés d’autres modèles majeurs comme la 248 SP, la 286 SP, la 250 GTO et la 156 de Formule 1. L’architecture à moteur central arrière déjà inaugurée par la 246 SP est reconduite et optimisée pour la nouvelle classe deux litres, tout en conservant le même principe de châssis, de boîte de vitesses et de suspensions.
Production, châssis et rareté
La Ferrari 196 SP est un modèle extrêmement rare. Les sources spécialisées s’accordent sur quatre châssis réellement configurés en 196 SP, même si certaines listes globales mentionnent six voitures en mélangeant toutes les versions de la famille SP. Dans le cas de la 196 SP, la répartition est la suivante.
Le châssis 0804 est le seul construit d’origine en spécification 196 SP. Trois autres châssis sont convertis ensuite à cette spécification. Le châssis 0790, d’abord utilisé comme 246 SP, est transformé en 196 SP en 1963. Le châssis 0802 commence sa carrière comme 286 SP puis 268 SP avant de devenir 196 SP. Le châssis 0806 suit un chemin proche en passant de 248 SP à 268 SP puis à 196 SP. Ces transformations reflètent la pratique courante de Ferrari à l’époque consistant à faire évoluer les prototypes en fonction des règlements et des besoins de la Scuderia.
Toutes ces voitures reposent sur un châssis tubulaire en acier de type 561, avec structure en treillis. La carrosserie est une spider biplace très basse signée Fantuzzi, dérivée du style des 246 SP à museau allongé. La double prise d’air frontale pour le refroidissement, le pare brise très bas et la poupe plus fluide caractérisent cette génération de prototypes.
Le moteur Dino V6 de deux litres
Le cœur de la Ferrari 196 SP est un moteur V6 Dino de deux litres conçu pour rester dans la limite de cylindrée de la catégorie tout en délivrant une puissance élevée. Compact et léger, il est installé en position centrale arrière longitudinale juste derrière le pilote et devant l’essieu arrière pour une répartition des masses optimale.
- Type de moteur : V6 à 60 degrés monté en position centrale arrière
- Dénomination usine : Tipo 190 V6 de deux litres
- Cylindrée totale : 1 983,72 cm³ soit environ deux litres
- Alésage et course : 77 mm pour l’alésage et 71 mm pour la course
- Cylindrée unitaire : environ 330,62 cm³ par cylindre
- Distribution : un arbre à cames en tête par rangée de cylindres avec deux soupapes par cylindre
- Alimentation : trois carburateurs Weber 42 DCN
- Taux de compression : voisin de 9,8 pour 1
- Allumage : une bougie par cylindre alimentée par deux bobines
- Lubrification : carter sec avec pompe de pression et de récupération
- Puissance maximale : environ 154 kilowatts soit 210 chevaux à environ 7 500 tours par minute
- Puissance spécifique : de l’ordre de 106 chevaux par litre
- Boîte de vitesses : boîte manuelle à cinq rapports plus marche arrière en bloc transaxle arrière non synchronisée
- Embrayage : multidisques commandé hydrauliquement
- Différentiel : autobloquant de type ZF
Ce groupe motopropulseur offre un excellent compromis entre compacité et puissance. Le moteur prend facilement des tours et permet à la 196 SP de rivaliser avec les meilleures barquettes deux litres de son temps, tout en restant plus légère et plus agile que certaines rivales à moteur plus volumineux.
Châssis, trains roulants et freinage
Le châssis tubulaire type 561 est commun aux autres prototypes de la série SP de seconde génération. Il est conçu comme une structure en treillis d’acier soudé qui assure une grande rigidité avec un poids très contenu. La carrosserie en aluminium signée Fantuzzi vient se poser sur ce cadre et forme une enveloppe très profilée avec une face avant dotée de deux ouïes principales pour le radiateur et des ouvertures destinées aux freins.
Les trains roulants sont entièrement indépendants. À l’avant, la suspension utilise des triangles superposés de dimensions inégales avec ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barre antiroulis. À l’arrière, la suspension est également indépendante avec triangles superposés et ressorts hélicoïdaux. Les freins à disque sont montés sur les quatre roues et les disques arrière sont placés en interne sur le transaxle de manière à réduire les masses non suspendues. La direction à crémaillère constitue une nouveauté importante pour Ferrari à cette époque et améliore la précision du train avant. Les pneus de course sont montés sur des jantes de 15 pouces avec des dimensions d’environ 5,25 x 15 à l’avant et 6,50 x 15 à l’arrière.
Dimensions, poids et performances
La Ferrari 196 SP est une voiture très compacte et basse qui privilégie l’agilité et la stabilité à haute vitesse. Les valeurs de dimensions et de masse communiquées par Ferrari et les fiches techniques spécialisées sont les suivantes.
- Carrosserie : spider biplace de compétition
- Longueur : environ 4 060 mm
- Largeur : environ 1 480 mm
- Hauteur : environ 970 mm
- Empattement : 2 320 mm
- Voie avant : environ 1 200 mm
- Voie arrière : environ 1 200 mm
- Poids à sec : environ 600 kilogrammes selon Ferrari
- Rapport poids puissance : de l’ordre de 2,85 kilogrammes par cheval
- Vitesse maximale : environ 240 kilomètres par heure
Avec un poids très contenu et une puissance de l’ordre de 210 chevaux, la 196 SP se positionne parmi les prototypes deux litres les plus performants de son époque. Le rapport poids puissance favorable, la faible hauteur et l’aérodynamique soignée en font une voiture particulièrement rapide dans les enchaînements de virages et très compétitive en course de côte.
Design Fantuzzi et évolutions esthétiques
La carrosserie dessinée par Fantuzzi reprend des éléments stylistiques déjà entrevus sur les 246 SP. La face avant adopte une double prise d’air centrale qui rappelle la Ferrari de Formule 1 156 à nez de requin, avec des ouvertures dédiées au refroidissement des freins. Le museau est très bas pour limiter la traînée aérodynamique, tandis que l’habitacle est reculé et le pare brise très incliné. La partie arrière est plus basse et plus fluide que celle de la première génération de 246 SP afin d’améliorer la visibilité et de s’adapter aux nouvelles exigences réglementaires.
Au cours de la saison 1963, les prototypes de la famille SP reçoivent pour la plupart une nouvelle face avant avec une seule grande prise d’air. Certains exemplaires repassent ensuite esthétiquement à la configuration à deux prises d’air lors de restaurations, de sorte que la présentation de certaines 196 SP observées aujourd’hui reflète plus leur état historique de 1962 que leur configuration ultérieure. Ces évolutions témoignent de l’usage intensif de ces prototypes et des modifications fréquentes imposées par la compétition.
Carrière sportive et palmarès
La Ferrari 196 SP débute sa carrière en 1962. Lors de la Targa Florio 1962, le châssis 0804 est confié à Lorenzo Bandini et Giancarlo Baghetti. La voiture se classe deuxième au général et remporte la victoire de classe deux litres. Aux 1000 kilomètres du Nürburgring 1962, la même auto doit abandonner après une rupture de plaque de carter moteur, alors qu’elle se montrait particulièrement compétitive.
La même année, Ferrari engage la 196 SP dans le Championnat d’Europe de la Montagne en catégorie voitures de sport par l’intermédiaire de la Scuderia Sant’Ambroeus avec le soutien de l’usine. Le pilote Ludovico Scarfiotti remporte cinq des six manches de la saison face notamment aux Porsche officielles. Grâce à ces performances, Ferrari décroche le titre européen de la montagne 1962 dans la catégorie des voitures de sport, la 196 SP jouant un rôle central dans ce succès.
En 1963, les châssis convertis en 196 SP continuent de porter haut les couleurs de Ferrari. Le châssis 0802, passé par les spécifications 286 SP puis 268 SP avant sa conversion, se distingue à la Targa Florio 1963 avec Bandini, Scarfiotti et Willy Mairesse. La voiture termine à nouveau deuxième au général et remporte la classe deux litres. Le châssis 0806 est engagé dans le championnat américain USRRC et au Bahamas Speed Week, où il gagne plusieurs fois sa catégorie deux litres et obtient de bons classements au général. Le châssis 0790, ex 246 SP converti en 196 SP, est utilisé notamment par Edoardo Lualdi Gabardi dans de nombreuses courses de côte italiennes comme Trento Bondone ou Vermicino Rocca di Papa, avec plusieurs victoires en 1963 et 1964.
Prix d’époque et valeur actuelle
La Ferrari 196 SP est un prototype d’usine et n’a jamais fait l’objet d’un catalogue de prix public. Les quelques transactions de l’époque vers des écuries proches de Ferrari, par exemple vers le North American Racing Team, se déroulaient dans un cadre privé sans montants officiellement publiés. Il est donc impossible de donner un prix de vente précis pour une 196 SP neuve en 1962.
Sur le marché des voitures de collection, la 196 SP apparaît extrêmement rarement, car les quatre châssis sont désormais dans de grandes collections privées ou musées. Les spécialistes estiment qu’une Ferrari 196 SP authentique, avec un historique de course d’époque complet et documenté, se situerait largement au dessus de la barre des cinq millions de dollars et pourrait atteindre des montants encore plus élevés selon le châssis et son palmarès. La combinaison d’une production ultra limitée, d’un rôle décisif dans le passage au moteur central et d’un palmarès solide fait de la 196 SP un des prototypes Ferrari les plus importants et les plus prisés du début des années soixante.












