La Ferrari 246 SP est un sport-prototype de compétition présenté en 1961. Elle occupe une place déterminante dans l’histoire de la marque puisqu’elle est considérée comme le premier prototype sportif Ferrari doté d’un moteur installé en position centrale arrière. Cette architecture, alors encore nouvelle à Maranello, améliore la répartition des masses, l’agilité et la motricité sur les circuits sinueux.
Conçue pour les grandes épreuves d’endurance, la 246 SP associe un V6 Dino de 2,4 litres à une carrosserie ouverte particulièrement basse. Son palmarès comprend notamment deux victoires consécutives à la Targa Florio, en 1961 puis en 1962, ainsi qu’un succès aux 1 000 kilomètres du Nürburgring.
Le premier sport-prototype Ferrari à moteur central arrière
Au début des années 1960, Ferrari utilise encore principalement une disposition traditionnelle avec le moteur placé à l’avant. La 246 SP marque une rupture technique majeure. Son V6 est monté longitudinalement derrière l’habitacle, mais devant l’essieu arrière, une implantation qui concentre les masses près du centre de la voiture.
Cette configuration procure un comportement plus vif et réduit l’inertie dans les changements de direction. Elle convient particulièrement aux tracés étroits et accidentés, comme celui de la Targa Florio en Sicile. La 246 SP ne constitue donc pas seulement une évolution de puissance par rapport à la Ferrari Dino 246 S à moteur avant. Elle inaugure une nouvelle manière de concevoir les voitures de sport de la Scuderia.
Ferrari développe rapidement plusieurs prototypes autour de cette architecture. La Ferrari 196 SP adopte notamment une mécanique de cylindrée inférieure, tandis que d’autres versions explorent des moteurs différents afin de répondre aux catégories et aux profils variés des grandes épreuves internationales.
Un V6 Dino de 2,4 litres et 270 ch
L’appellation 246 suit la logique utilisée par Ferrari pour plusieurs modèles Dino. Les deux premiers chiffres renvoient approximativement à la cylindrée de 2,4 litres, tandis que le dernier indique le nombre de cylindres. La 246 SP reçoit ainsi un V6 Dino ouvert à 65 degrés, d’une cylindrée exacte de 2 417,33 cm³.
Alimenté par trois carburateurs Weber 42 DCN, ce moteur développe 199 kW, soit 270 ch, à 8 000 tr/min. Il emploie une lubrification par carter sec, une solution adaptée à la compétition qui permet de maintenir une alimentation régulière en huile malgré les accélérations latérales et les variations d’assiette.
La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte à cinq rapports complétée par une marche arrière. Avec un poids à sec annoncé de seulement 590 kg, le rapport poids-puissance est particulièrement favorable pour l’époque. Ferrari indique une vitesse maximale de 270 km/h, même si l’intérêt principal de la voiture réside davantage dans son accélération, son équilibre et sa capacité à conserver de la vitesse dans les enchaînements.
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Type de moteur | V6 Dino à 65 degrés |
| Position | Centrale arrière, longitudinale |
| Cylindrée | 2 417,33 cm³ |
| Puissance | 270 ch à 8 000 tr/min |
| Alimentation | Trois carburateurs Weber 42 DCN |
| Boîte de vitesses | Cinq rapports et marche arrière |
| Poids à sec | 590 kg |
| Vitesse maximale annoncée | 270 km/h |
Un châssis léger conçu pour les circuits difficiles
La mécanique est installée dans un châssis tubulaire en acier. La voiture dispose de suspensions indépendantes aux quatre roues, de freins à disque et d’une direction à crémaillère. Cet ensemble vise à offrir une conduite précise tout en maintenant un poids très faible.
La carrosserie prend la forme d’un spider biplace mesurant 4 060 mm de long, 1 480 mm de large et seulement 1 050 mm de haut. Son empattement de 2 320 mm contribue à sa compacité. La silhouette basse réduit la surface frontale, tandis que les volumes arrondis cherchent à limiter la traînée et à stabiliser la voiture à grande vitesse.
Le développement aérodynamique est associé aux travaux menés sous la direction technique de Carlo Chiti. La carrosserie est étudiée en soufflerie, une démarche encore peu courante dans la conception des sport-prototypes du début des années 1960. La partie arrière intègre notamment un dispositif destiné à réduire la portance, afin d’améliorer la stabilité lorsque la vitesse augmente.
L’équilibre de la 246 SP sert de point de départ à une famille de modèles apparentés. La Ferrari 248 SP se distingue notamment par l’adoption d’un moteur différent, illustrant la volonté de Ferrari d’évaluer plusieurs solutions mécaniques autour d’une base à moteur central.
La victoire à la Targa Florio en 1961
La démonstration la plus marquante des qualités de la 246 SP intervient le 30 avril 1961. Wolfgang von Trips et Olivier Gendebien remportent la Targa Florio au volant d’une Ferrari engagée sous l’appellation 196/246 SP. Ils parcourent les 720 km de l’épreuve en 6 h 57 min 39 s, à une moyenne de 103,434 km/h.
Ce succès possède une portée particulière. La Targa Florio se dispute sur les routes montagneuses de Sicile, avec de très nombreux virages, des changements d’altitude et un revêtement exigeant. La puissance seule ne suffit pas pour y gagner. La maniabilité, la fiabilité, la motricité et la facilité avec laquelle le pilote peut placer la voiture jouent un rôle déterminant.
La victoire confirme ainsi la pertinence du moteur central arrière pour les voitures de sport Ferrari. La 246 SP peut changer rapidement d’appui et exploiter son faible poids sur un tracé où les longues lignes droites sont rares. Elle démontre que la nouvelle architecture n’est pas seulement prometteuse en théorie, mais déjà capable de s’imposer dans l’une des courses les plus difficiles du calendrier.
Une seconde Targa Florio et le succès au Nürburgring
Après sa victoire sicilienne de 1961, la 246 SP termine troisième des 1 000 kilomètres du Nürburgring et y réalise le meilleur tour. Le circuit allemand, long, rapide et vallonné, met à l’épreuve aussi bien les performances du moteur que la stabilité du châssis.
En 1962, le prototype poursuit sa carrière avec une deuxième place à Daytona. Le 6 mai, il remporte une nouvelle fois la Targa Florio. Ricardo Rodríguez, Willy Mairesse et Olivier Gendebien couvrent les 720 km en 7 h 02 min 56 s, à une moyenne de 102,141 km/h.
Cette seconde victoire consécutive confirme que le résultat de 1961 ne doit rien au hasard. La même année, la 246 SP s’impose également aux 1 000 kilomètres du Nürburgring. Elle prouve ainsi sa compétitivité aussi bien sur un parcours routier extrêmement sinueux que sur un circuit permanent rapide et exigeant.
Ferrari élargit parallèlement sa gamme de prototypes à moteur central avec des variantes de cylindrée supérieure. La Ferrari 268 SP privilégie un moteur plus puissant, tandis que la Ferrari 286 SP représente une autre tentative d’adapter la nouvelle architecture aux besoins des courses d’endurance.
Pourquoi la Ferrari 246 SP est importante
La 246 SP ne se résume pas à ses résultats sportifs. Elle représente le moment où Ferrari adopte, pour ses prototypes sportifs, une disposition mécanique appelée à devenir la norme en compétition. Le placement du moteur derrière les pilotes permet aux ingénieurs de mieux répartir les masses et d’exploiter plus efficacement les pneus, les suspensions et l’aérodynamique.
Son V6 Dino joue également un rôle essentiel dans son identité. Plus compact qu’un moteur à douze cylindres, il facilite l’installation en position centrale et contribue à maintenir un poids réduit. Les 270 ch peuvent paraître modestes au regard des prototypes plus puissants apparus ensuite, mais ils sont associés à une masse de 590 kg et à un châssis conçu pour exploiter chaque accélération et chaque freinage.
La Ferrari 246 SP constitue ainsi un modèle charnière entre les sportives de compétition à moteur avant des années 1950 et les prototypes modernes des décennies suivantes. Ses victoires à la Targa Florio en 1961 et 1962 donnent une validation immédiate à cette évolution technique, tandis que son succès au Nürburgring montre que son efficacité ne se limite pas aux routes étroites de Sicile.






