Ferrari 212 E

FERRARI 212 E

Origine et contexte

La Ferrari 212 E, souvent appelée 212 E Montagna, est une barquette de course développée à la fin des années soixante pour dominer le championnat d’Europe de la montagne. Construite sur la base d’une Dino 206 S profondément modifiée, elle reçoit un moteur douze cylindres opposés dérivé de la Formule 1 et un châssis optimisé pour les courses de côte, où les montées sont courtes, sinueuses et très exigeantes pour la motricité.

La voiture est conçue en 1968 et engagée officiellement en 1969 par la Scuderia Ferrari. Il s’agit d’un exemplaire unique, destiné uniquement à la compétition. Pilotée principalement par Peter Schetty, la 212 E va écraser la concurrence en montagne et s’imposer comme l’une des Ferrari de course les plus efficaces dans cette discipline spécifique.

Châssis, carrosserie et architecture

La Ferrari 212 E utilise un châssis tubulaire en acier issu d’une Dino 206 S. Cette structure en treillis offre une grande rigidité pour un poids très contenu. Le moteur est installé en position centrale arrière, ce qui améliore fortement l’équilibre de la voiture et réduit les transferts de masse en virage. L’ensemble forme une base idéale pour une barquette de course légère et très agile.

La carrosserie est réalisée en matériaux légers, conçue pour offrir une faible traînée et un appui suffisant dans les enchaînements rapides typiques des parcours de montagne. La silhouette est très basse, avec un nez plongeant, des ailes marquées et un cockpit ouvert minimaliste. Tout est pensé pour la performance pure, avec des réservoirs adaptés aux distances relativement courtes des courses de côte et une ventilation soignée pour le moteur et les freins.

Le moteur V12 à plat

La 212 E est animée par un moteur douze cylindres à plat dérivé directement de la Formule 1. Ce bloc reprend l’architecture de la Ferrari 1512, mais sa cylindrée est portée à environ deux litres pour répondre aux règlements des prototypes deux litres. Il s’agit d’un moteur de type flat douze particulièrement sophistiqué, avec quatre soupapes par cylindre et une distribution à double arbre à cames en tête de chaque côté.

L’alimentation est confiée à une injection mécanique de compétition qui permet de maintenir un mélange optimal à très haut régime. Le taux de compression élevé et la conception des chambres de combustion autorisent des régimes supérieurs à onze mille tours par minute. La puissance approche les trois cents chevaux, soit une puissance spécifique exceptionnellement élevée pour un moteur deux litres de cette époque. La boîte de vitesses manuelle à cinq rapports complète ce groupe motopropulseur issu de l’univers de la Formule 1.

  • Architecture : moteur douze cylindres à plat en position centrale arrière
  • Cylindrée totale : environ 1 990 cm³ pour un moteur deux litres
  • Distribution : double arbre à cames en tête avec quatre soupapes par cylindre
  • Alimentation : injection mécanique de type compétition
  • Taux de compression : voisin de 11 pour un
  • Puissance maximale : environ 300 ch à 11 800 tr min
  • Régime d’utilisation : capacité à dépasser les onze mille tours par minute
  • Boîte de vitesses : manuelle à cinq rapports

Train roulant, suspensions et freinage

Le train roulant de la Ferrari 212 E est directement inspiré des prototypes d’endurance. Les suspensions sont indépendantes aux quatre roues, avec triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques, complétés par des barres antiroulis. À l’arrière, les freins à disques sont montés près du différentiel pour réduire les masses non suspendues, ce qui améliore le comportement sur les revêtements irréguliers des routes de montagne.

Les freins à disques ventilés sur les quatre roues assurent une décélération puissante et répétable, même dans les sections très pentues où les sollicitations sont extrêmes. La direction, très directe, permet au pilote de placer la voiture avec une grande précision. Associé aux pneus larges spécialement choisis pour la discipline, l’ensemble confère à la 212 E un niveau d’adhérence et de réactivité parfaitement adapté à la compétition en côte.

Dimensions, poids et gabarit

La Ferrari 212 E est une barquette extrêmement compacte et légère, pensée pour offrir une agilité maximale. L’empattement relativement court favorise les changements de direction rapides, tandis que la largeur importante par rapport à la longueur assure une bonne stabilité. Le poids très contenu, autour de cinq cents kilogrammes, permet d’exploiter pleinement la puissance du moteur flat douze et de profiter d’un rapport poids puissance particulièrement favorable.

  • Empattement : environ 2,34 m
  • Longueur totale : proche de 3,80 m
  • Largeur : autour de 1,98 m
  • Voie avant et arrière : supérieures à 1,37 m pour une bonne assise
  • Hauteur très contenue, adaptée à une barquette de compétition
  • Poids à vide : environ 500 kg
  • Rapport poids puissance : proche de 1,7 kg par cheval

Performances et comportement

Grâce à son poids plume, à son moteur ultra pointu et à son châssis efficace, la Ferrari 212 E offre des performances spectaculaires. La vitesse maximale se situe aux environs de deux cent vingt à deux cent vingt cinq kilomètres par heure, valeur suffisante pour les tracés de montagne. En revanche, les accélérations sont foudroyantes, avec un zéro à cent kilomètres par heure en moins de quatre secondes environ, ce qui permet de relancer très fort en sortie de virage.

Le comportement sur route fermée se caractérise par une très grande agilité et une motricité remarquable, même sur des revêtements parfois imparfaits. La voiture s’appuie sur l’équilibre de son moteur central et sur une suspension soigneusement mise au point pour offrir un grip élevé et des réactions progressives. La bande sonore du flat douze à haut régime, combinée à la légèreté de la barquette, contribue à faire de la 212 E une expérience de pilotage intense et unique.

Production, palmarès et rareté

La Ferrari 212 E est construite à un seul exemplaire, ce qui en fait un véritable prototype d’usine. Engagée en 1969 dans le championnat d’Europe de la montagne avec Peter Schetty, elle domine la saison en remportant la quasi totalité des manches auxquelles elle participe. La voiture enchaîne les victoires sur des épreuves aussi réputées que le Mont Ventoux, Trento Bondone ou Cesana Sestriere, et permet à Ferrari de décrocher le titre européen de la montagne.

Après cette campagne triomphale, la 212 E est vendue à un pilote privé qui continue à l’engager en courses de côte au début des années soixante dix. Son statut de barquette unique, son palmarès exceptionnel et son rôle de laboratoire pour les futurs moteurs douze cylindres à plat Ferrari en font aujourd’hui une pièce d’une valeur historique et financière considérable. Conservée avec le plus grand soin, elle demeure un témoignage fascinant de l’approche radicale de Ferrari dans le domaine des courses de côte.