La Ferrari 250 GT Berlinetta désigne d’abord une berlinette sportive lancée en 1956, équipée du célèbre V12 Colombo de trois litres. Elle occupe une place essentielle dans l’histoire de Ferrari, car elle associe une automobile utilisable sur route à une conception directement tournée vers la compétition. Son succès a ensuite donné naissance à plusieurs évolutions, notamment la version à empattement court Passo Corto, tandis que l’appellation Berlinetta a aussi été reprise sur la Lusso, plus raffinée.
Cette filiation explique une confusion fréquente. La 250 GT Berlinetta de 1956, parfois appelée « Tour de France », ne doit pas être assimilée sans distinction à la SWB apparue en 1959 ni à la Lusso dévoilée en 1962. Ces modèles partagent un moteur, une architecture générale et une même culture du grand tourisme sportif, mais leurs dimensions, leurs performances et leur vocation diffèrent.
Une berlinette conçue pour la route et la compétition
Au milieu des années 1950, Ferrari développe sa gamme de voitures de grand tourisme autour du V12 de trois litres. La 250 GT Berlinetta s’inscrit dans cette évolution après les premières automobiles de la famille 250, dont la Ferrari 250 Europa. Elle reprend le principe d’une voiture fermée, relativement légère et capable de parcourir de longues distances à vive allure.
Le terme « Berlinetta » désigne ici un coupé compact à deux places, plus sportif qu’une automobile de grand tourisme traditionnelle. Cette orientation la distingue notamment de la Ferrari 250 GT Coupé, davantage pensée pour une utilisation routière confortable. La Berlinetta privilégie une masse contenue, un châssis adapté à la compétition et une carrosserie aérodynamique.
Ferrari présente le modèle de 1956 comme le premier d’une série de berlinettes utilisables aussi bien sur route qu’en course. Cette polyvalence ne relève pas uniquement du positionnement commercial. À cette époque, les voitures engagées dans les grandes épreuves routières restent très proches des modèles proposés aux clients, avec des adaptations variables selon les châssis et les compétitions.
Le V12 Colombo de trois litres
La dénomination « 250 » fait référence à la cylindrée approximative de chaque cylindre. Le moteur affiche précisément 246,10 cm³ par cylindre, soit une cylindrée totale de 2 953,21 cm³. Il s’agit d’un V12 ouvert à 60 degrés, appartenant à la famille de moteurs conçue à l’origine par Gioachino Colombo.
Dans la configuration publiée pour la 250 GT Berlinetta de 1956, ce moteur développe 240 ch à 7 000 tr/min. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte de vitesses manuelle. Ferrari annonce une vitesse maximale de 252 km/h, une valeur particulièrement élevée pour une automobile de grand tourisme du milieu des années 1950.
Les chiffres officiels indiquent également un poids à sec de 1 050 kg et un empattement de 2 600 mm. Le rapport entre la puissance, la masse et la finesse de la carrosserie contribue directement aux performances du modèle. Ces caractéristiques doivent toutefois être considérées comme celles de la configuration de référence communiquée par Ferrari, les voitures de cette période pouvant présenter des différences selon leur année, leur carrosserie ou leur préparation.
Une carrosserie Pininfarina construite par Scaglietti
Le style de la 250 GT Berlinetta est attribué à Pininfarina, tandis que sa fabrication est confiée à la Carrozzeria Scaglietti. Cette répartition des rôles est caractéristique de nombreuses Ferrari de compétition et de grand tourisme de l’époque. Pininfarina définit les lignes générales, alors que Scaglietti réalise les carrosseries selon des méthodes encore largement artisanales.
La silhouette privilégie un long capot, un habitacle reculé et une poupe courte. L’objectif esthétique rejoint les contraintes techniques : offrir une bonne pénétration dans l’air, limiter le poids et conserver une stabilité suffisante à haute vitesse. Les variations observées entre certains exemplaires ne sont donc pas nécessairement des erreurs d’identification. La production artisanale, les évolutions successives et les besoins de la compétition ont entraîné plusieurs différences de forme et de détail.
Cette diversité explique aussi pourquoi la Ferrari 250 GT Berlinetta est parfois présentée comme une famille plutôt que comme un modèle parfaitement uniforme. Les voitures des premières séries évoluent progressivement, notamment au niveau de la calandre, des ouvertures de carrosserie, des ailes et de la lunette arrière.
Pourquoi l’appelle-t-on « Tour de France » ?
Le surnom « Tour de France » ne correspond pas à une appellation commerciale officielle utilisée lors du lancement. Il est associé aux succès obtenus au Tour de France Automobile, une longue épreuve mêlant parcours routiers, circuits et courses de côte.
En 1956, Alfonso de Portago remporte l’épreuve au volant d’une 250 GT Berlinetta. Ferrari rattache cette victoire au début d’une série de quatre succès consécutifs de la lignée dans le Tour de France Automobile, de 1956 à 1959. Ce palmarès a durablement installé l’expression « 250 GT Tour de France », souvent abrégée en 250 GT TdF, dans le vocabulaire des collectionneurs et des historiens.
Le surnom permet aujourd’hui de différencier plus facilement les berlinettes à empattement long des modèles ultérieurs. Il reste néanmoins préférable de préciser l’année ou le type de châssis lorsque l’on décrit une voiture particulière, car la configuration de la carrosserie a évolué au cours de la production.
De la Berlinetta à empattement long à la Passo Corto
À la fin des années 1950, Ferrari poursuit le développement de sa berlinette en réduisant son empattement. La Ferrari 250 GT Berlinetta Passo Corto est présentée au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1959. Elle est également connue sous le nom de 250 GT SWB, pour « Short Wheelbase ».
Son empattement passe de 2 600 à 2 400 mm. Cette réduction améliore l’agilité et accompagne une conception plus moderne du châssis et de la carrosserie. La SWB conserve le V12 de 2 953,21 cm³, mais Ferrari indique une puissance de 280 ch à 7 000 tr/min dans la configuration de référence publiée pour le modèle.
Avec un poids à sec annoncé de 960 kg et une vitesse maximale de 268 km/h, la Passo Corto présente des performances supérieures à celles de la Berlinetta de 1956. Elle ne constitue cependant pas une simple version raccourcie. Son comportement, son dessin et ses solutions techniques en font une évolution majeure, devenue l’une des Ferrari de compétition les plus reconnues de son époque.
| Modèle | Année de référence | Empattement | Puissance annoncée | Vitesse maximale annoncée |
|---|---|---|---|---|
| 250 GT Berlinetta | 1956 | 2 600 mm | 240 ch à 7 000 tr/min | 252 km/h |
| 250 GT Berlinetta Passo Corto | 1959 | 2 400 mm | 280 ch à 7 000 tr/min | 268 km/h |
| 250 GT Berlinetta Lusso | 1962 | 2 400 mm | 240 ch à 7 500 tr/min | 240 km/h |
La comparaison met en évidence les orientations distinctes des trois modèles. La Berlinetta de 1956 pose les bases de la lignée, la Passo Corto accentue la dimension sportive et la Lusso privilégie un équilibre plus routier. Les performances indiquées correspondent aux données de référence publiées par Ferrari et ne résument pas toutes les variantes de production ou de compétition.
Une homologation officielle en catégorie GT
La vocation sportive de la 250 GT ne repose pas uniquement sur son palmarès. La Fédération internationale de l’automobile a homologué la Ferrari Berlinetta 250 GT en groupe GT sous le numéro 22 le 17 juin 1960. La fiche d’homologation mentionne un moteur de 2 953 cm³, douze cylindres et une transmission aux roues arrière.
Cette homologation permettait au modèle de courir dans une catégorie réservée aux voitures de grand tourisme produites selon les critères réglementaires de l’époque. Elle illustre la proximité entre les voitures de route et les automobiles engagées en compétition, même si les exemplaires de course pouvaient bénéficier d’allègements et de réglages spécifiques.
La Berlinetta Lusso, une évolution plus raffinée
Présentée sous la forme d’un prototype au Salon de Paris en 1962, la Ferrari 250 GT Berlinetta Lusso reprend le V12 de trois litres dans une automobile plus élégante et plus confortable. Son nom souligne cette orientation : « Lusso » signifie luxe en italien.
Ferrari annonce pour ce modèle une puissance de 240 ch à 7 500 tr/min et une vitesse maximale de 240 km/h. L’empattement de 2 400 mm est identique à celui de la Passo Corto, mais la Lusso adopte un réglage et un aménagement davantage adaptés au grand tourisme. Elle ne remplace donc pas seulement la SWB sur le plan chronologique. Elle représente une interprétation différente de la berlinette V12.
Le dessin Pininfarina se distingue par des surfaces plus fluides, une poupe au traitement particulièrement soigné et un habitacle plus raffiné. La Lusso conserve une réelle sportivité, mais elle s’éloigne de la vocation presque directement compétitive des premières Berlinetta.
Quelle Ferrari se cache derrière le nom 250 GT Berlinetta ?
Employée sans autre précision, l’appellation peut renvoyer à plusieurs voitures. Dans son sens historique strict, elle désigne la Berlinetta lancée en 1956 avec un empattement de 2 600 mm. Dans les annonces, les ventes aux enchères ou certains ouvrages, elle peut aussi être utilisée comme désignation générique pour la Passo Corto et, plus rarement, pour la Lusso.
Pour identifier correctement un exemplaire, plusieurs éléments doivent être examinés :
- l’année de fabrication et le numéro de châssis ;
- l’empattement de 2 600 ou de 2 400 mm ;
- la forme de la carrosserie et ses ouvertures ;
- la désignation LWB, TdF, SWB, Passo Corto ou Lusso ;
- l’historique routier ou sportif de la voiture.
La présence du moteur V12 de trois litres ne suffit pas à distinguer les versions, car cette mécanique constitue précisément le point commun central de la famille 250. Les dimensions du châssis et la carrosserie fournissent des indices plus déterminants.
Une étape majeure dans la lignée des Ferrari 250
La 250 GT Berlinetta a démontré qu’une Ferrari fermée pouvait combiner endurance, vitesse et usage routier sans renoncer à une forte compétitivité. Ses résultats ont renforcé la réputation de la marque dans les épreuves pour voitures de grand tourisme et ont préparé le développement de modèles plus spécialisés.
La Passo Corto prolonge directement cette logique en améliorant l’agilité et les performances. La filiation sportive se poursuit ensuite avec la Ferrari 250 GTO, conçue pour la compétition dans la catégorie GT et devenue l’une des représentantes les plus célèbres du V12 Ferrari de trois litres.
La Berlinetta de 1956 conserve pourtant une identité propre. Elle marque le moment où Ferrari transforme une automobile de grand tourisme en véritable outil de compétition longue distance, sans rompre avec l’élégance et l’usage routier. Son surnom « Tour de France », son V12 Colombo et sa carrosserie Pininfarina construite par Scaglietti résument cette alliance entre mécanique, style et palmarès qui définit les grandes Ferrari 250.











