Ferrari 275 GTB/4

FERRARI 275 GTB4

La Ferrari 275 GTB/4 incarne le sommet des berlinette à moteur avant de Maranello au milieu des années soixante, avec son V12 à quatre arbres à cames, son architecture transaxle et un dessin signé Pininfarina qui compte parmi les plus élégants de l’histoire de la marque.

Contexte historique et position dans la gamme

Présentée au Salon de Paris en octobre 1966, la Ferrari 275 GTB/4 est la version la plus aboutie de la famille 275. Elle succède dans la lignée aux célèbres Ferrari 250 et précède directement la Ferrari 365 GTB/4 Daytona. Elle est produite de 1966 à 1968 comme coupé grand tourisme deux places destiné aux clients les plus exigeants.

Les registres de production indiquent généralement environ 330 exemplaires construits, avec une petite incertitude selon les méthodes de comptage qui conduit parfois à un chiffre proche de 350. Parmi ces voitures on compte une trentaine d’exemplaires en conduite à droite et une poignée de voitures à carrosserie entièrement en aluminium, très recherchées aujourd’hui. La GTB/4 est surtout connue comme la première Ferrari de série dotée d’un V12 à quatre arbres à cames en tête, dérivé de la compétition.

Design, châssis et architecture

Le dessin de la Ferrari 275 GTB/4 est signé Pininfarina, tandis que la carrosserie est réalisée par Scaglietti. Il s’agit d’une berlinette deux places, au profil tendu et aux courbes très pures, dans la continuité des 275 GTB à nez long. La GTB/4 se reconnaît notamment à sa bosse centrale étroite sur le capot, qui accompagne la présence du V12 à quatre arbres à cames.

La structure repose sur un châssis tubulaire en acier, typique des Ferrari de l’époque. Le moteur V12 est installé en position avant longitudinale, tandis que la boîte de vitesses à cinq rapports est regroupée avec le pont arrière sous forme de transaxle, reliée au moteur par un tube de couple. Cette architecture améliore la répartition des masses et la tenue de route. La 275 adopte des suspensions indépendantes aux quatre roues ainsi que des freins à disque sur chaque roue, ce qui en fait une voiture très moderne pour son époque.

La plupart des exemplaires possèdent une carrosserie en acier avec capot, portes et couvercle de coffre en aluminium. Quelques voitures bénéficient d’une carrosserie entièrement en aluminium, plus légère et destinée à des clients orientés vers la performance. Les jantes standard sont des Campagnolo en magnésium de 14 pouces, tandis que les jantes à rayons Borrani restent une option prisée. On observe aussi de petites différences de feux arrière entre versions européennes et américaines.

Dimensions et gabarit

La Ferrari 275 GTB/4 affiche des proportions compactes et musclées pour une GT à moteur avant. Ses dimensions en font une voiture relativement basse et racée, au gabarit typique des sportives italiennes de la fin des années soixante.

  • Longueur : 4 369 mm
  • Largeur : 1 702 mm
  • Hauteur : 1 232 mm
  • Empattement : 2 400 mm
  • Voie avant : environ 1 38 à 1 40 m selon les sources
  • Voie arrière : environ 1 39 à 1 42 m selon les sources
  • Poids à sec : environ 1 100 kg annoncé par Ferrari
  • Masse en ordre de marche : autour de 1 300 kg pour les carrosseries acier
  • Poids pour les versions aluminium : environ 1 100 kg avec un gain proche de 200 kg
  • Réservoir de carburant : 94 litres
  • Pneumatiques d’origine : 205 x 14 à l’avant et à l’arrière
  • Configuration d’habitacle : deux portes, deux places

Moteur et caractéristiques techniques

Le cœur de la Ferrari 275 GTB/4 est un V12 à 60 degrés de type Colombo, référencé comme Tipo 226. Ce moteur est directement inspiré des prototypes de course et représente un bond technologique avec ses quatre arbres à cames en tête. Il s’agit de l’une des mécaniques les plus emblématiques de Ferrari, à la fois pour ses performances et pour sa sonorité.

  • Type de moteur : V12 à 60 degrés, type Colombo, code Tipo 226
  • Cylindrée : 3 285 cm³ environ, soit 3,3 litres
  • Alésage x course : 77 mm x 58,8 mm
  • Taux de compression : 9,2 pour 1
  • Distribution : quatre arbres à cames en tête, avec deux ACT par rangée de cylindres et deux soupapes par cylindre
  • Alimentation : six carburateurs Weber 40 DCN
  • Allumage : une bougie par cylindre, deux bobines et distributeur monté à l’arrière du moteur
  • Lubrification : carter sec, favorable aux hauts régimes et à la garde au sol
  • Puissance maximale : environ 300 ch à 8 000 tr/min
  • Couple maximal : environ 292 Nm autour de 5 500 tr/min
  • Boîte de vitesses : manuelle à cinq rapports plus marche arrière
  • Disposition de la boîte : transaxle à l’arrière, solidaire du pont
  • Liaison moteur boîte : tube de couple renfermant l’arbre de transmission tournant au régime moteur
  • Suspensions : indépendantes aux quatre roues, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barres stabilisatrices
  • Freins : quatre freins à disque
  • Direction : système à vis sans fin et galet

Performances

Grâce à son V12 de 3,3 litres, sa boîte transaxle et sa masse contenue, la Ferrari 275 GTB/4 offre des performances de tout premier plan pour son époque, comparables à celles des meilleures GT de la fin des années soixante.

La vitesse maximale se situe dans une plage comprise entre environ 260 et 270 km/h selon les essais et les sources, Ferrari annonçant un chiffre proche de 268 km/h. Les mesures d’accélération indiquent un 0 à 100 km/h en environ 5,5 secondes, ce qui correspond à un 0 à 60 mph autour de 5,3 à 5,5 secondes pour un exemplaire bien réglé. Sur le quart de mile départ arrêté, les données publiées évoquent un temps proche de 14 secondes.

Ces chiffres, associés à une tenue de route raffinée grâce aux suspensions indépendantes et à la répartition des masses liée au transaxle, placent la GTB/4 au niveau des plus rapides grand tourisme de son époque, tout en conservant une vocation de routière sportive capable d’enchaîner les longues distances.

Production, variantes et rareté

La Ferrari 275 GTB/4 est produite pendant une période assez courte, entre 1966 et 1968. On estime à environ 330 unités le nombre d’exemplaires construits, certains recensements mentionnant jusqu’à 350 voitures. Dans ce volume déjà limité, environ 27 cars seraient en conduite à droite destinés aux marchés comme le Royaume Uni, tandis qu’une petite série bénéficie d’une carrosserie entièrement en aluminium, particulièrement convoitée des collectionneurs pour son poids réduit et son aura sportive.

La GTB/4 partage sa base mécanique avec la très exclusive 275 GTS/4 NART Spider, une version spider construite à seulement dix exemplaires pour le marché nord américain. Ces NART Spider figurent parmi les cabriolets Ferrari les plus précieux de l’histoire, avec des adjudications qui ont atteint plusieurs dizaines de millions de dollars. La GTB/4 existe elle même avec différentes combinaisons de roues, Campagnolo en magnésium ou Borrani à rayons, et affiche quelques variations de détails de carrosserie en fonction des marchés, notamment au niveau des feux arrière.

Prix d’origine

Au moment de son lancement, la Ferrari 275 GTB/4 se situe déjà dans le haut du panier. Sur le marché italien de la deuxième moitié des années soixante, le prix catalogue tourne autour de 6 500 000 lires. Conformément au système de change de l’époque, cela représente environ 10 400 dollars américains de 1966.

Si l’on tient compte de l’inflation, ce montant équivaut à quelque chose comme environ 100 000 dollars actuels en pouvoir d’achat, ce qui souligne déjà le caractère très exclusif du modèle lorsqu’il était neuf. Cependant cette conversion purement économique n’a plus grand chose à voir avec son statut de véhicule de collection aujourd’hui, puisque d’autres facteurs entrent en jeu comme la rareté, la demande et la valeur historique.

Valeur de collection contemporaine

Sur le marché des enchères de prestige, la Ferrari 275 GTB/4 figure désormais parmi les V12 à moteur avant les plus recherchés. Les résultats enregistrés ces dernières années montrent des prix de vente typiques compris entre environ 2,5 et 3,5 millions d’euros, selon l’état, l’historique, la configuration et la présence éventuelle d’une carrosserie aluminium.

Certaines bases de données qui agrègent les résultats d’enchères récentes indiquent des valeurs médianes autour de 2,6 millions de livres sterling, avec des ventes les plus basses depuis 2020 à un peu moins de 2 millions de livres et des pointes à un peu plus de 3 millions. Les exemplaires bénéficiant d’une provenance exceptionnelle, comme la 275 GTB/4 de Steve McQueen, ont déjà atteint ou dépassé les 5 millions de dollars. Le marché récompense particulièrement les voitures très originales, bien documentées, avec numéro de châssis correspondant, couleur d’origine préservée et historique limpide.

Importance technique et image

La Ferrari 275 GTB/4 occupe une place charnière dans l’histoire de Ferrari. Elle introduit sur une voiture de route un ensemble de solutions techniques issues de la course, comme le V12 à quatre arbres à cames, la boîte transaxle et la suspension arrière indépendante, qui préfigurent les grandes GT à moteur avant des décennies suivantes. Son dessin reste considéré comme l’un des plus réussis de Pininfarina, et plusieurs classements de magazines spécialisés la citent parmi les plus grandes Ferrari de tous les temps et parmi les sportives les plus marquantes des années soixante.

Même si la 275 GTB/4 n’est pas avant tout un modèle de compétition officielle, certains exemplaires ont pris part à des rallyes ou à des courses de côte engagés par des clients privés. Elle combine ainsi l’image d’une grande routière luxueuse à celle d’une machine capable d’une vraie efficacité sportive. Entre la famille 250 et la future Daytona, la 275 GTB/4 symbolise la transition entre deux époques, aujourd’hui célébrée comme une des expressions les plus pures du V12 Ferrari à moteur avant.