Ferrari 512 BBi

Ferrari 512 BBi

Présentée en 1981, la Ferrari 512 BBi est la dernière évolution de la famille Berlinetta Boxer avant l’arrivée de la Testarossa. Elle reprend l’architecture spectaculaire de la 512 BB, mais remplace ses carburateurs par une injection mécanique Bosch. Cette évolution rend le moteur plus régulier et plus facile à exploiter, au prix d’une légère baisse de puissance.

Produite à seulement 1 007 exemplaires, la 512 BBi occupe une place particulière dans l’histoire de Ferrari. Elle associe une silhouette dessinée dans les années 1970, un moteur douze cylindres installé en position centrale arrière et une mécanique encore dépourvue des nombreuses assistances apparues sur les supercars modernes.

La dernière évolution de la Berlinetta Boxer

La 512 BBi succède directement à la Ferrari 512 BB, dont elle conserve la structure générale, les proportions et la cylindrée. La lettre « i » ajoutée à son nom signale l’adoption de l’injection, principale modification technique apportée à cette nouvelle version.

La 512 BB utilisait quatre carburateurs Weber 40 IF 3C à triple corps. Sur la BBi, cet ensemble est remplacé par une injection mécanique Bosch K-Jetronic. Ferrari cherche ainsi à améliorer la souplesse de fonctionnement, la régularité de l’alimentation et la facilité d’utilisation, notamment lors des démarrages ou à faible régime.

Cette modification ne transforme pas radicalement la voiture, mais elle change son caractère. La réponse du moteur devient plus progressive, tandis que la puissance maximale diminue de 20 ch. Le régime maximal passe également de 6 800 à 6 600 tr/min. La vitesse de pointe reste toutefois annoncée à 280 km/h, ce qui montre que les performances globales évoluent peu.

CaractéristiqueFerrari 512 BBFerrari 512 BBi
AlimentationQuatre carburateurs WeberInjection mécanique Bosch K-Jetronic
Puissance maximaleEnviron 360 ch340 ch à 6 000 tr/min
Régime maximal6 800 tr/min6 600 tr/min
Vitesse maximale annoncéeEnviron 280 km/h280 km/h

Un douze cylindres à plat qui n’est pas un véritable boxer

La Ferrari 512 BBi est animée par un moteur de 4 943,04 cm³. Son alésage est de 82 mm, sa course de 78 mm et son taux de compression atteint 9,2:1. La lubrification par carter sec contribue à maintenir une alimentation régulière en huile lorsque la voiture subit de fortes accélérations longitudinales ou latérales.

Ce moteur est couramment décrit comme un « flat-12 » ou un moteur boxer. Techniquement, il s’agit pourtant d’un V12 ouvert à 180 degrés. Dans un véritable boxer, les pistons opposés se déplacent en sens inverse. Sur le moteur Ferrari, ils se déplacent dans le même sens, car deux pistons opposés partagent le même maneton de vilebrequin.

L’appellation « 512 » fait référence à la cylindrée d’environ cinq litres et aux douze cylindres. Les lettres « BB » signifient Berlinetta Boxer, même si le terme boxer constitue ici une simplification technique devenue indissociable de cette famille de Ferrari.

Le moteur est installé longitudinalement derrière l’habitacle. Cette disposition permet de concentrer les principales masses entre les essieux, mais le groupe motopropulseur reste relativement haut. La boîte de vitesses est placée sous le moteur, une architecture compacte qui contribue également à élever le centre de gravité par rapport à des conceptions plus récentes.

Performances et transmission

Le V12 développe 340 ch à 6 000 tr/min. Cette valeur peut sembler modeste face aux puissances atteintes par les supercars actuelles, mais elle doit être replacée dans le contexte du début des années 1980. La 512 BBi ne dispose ni d’antipatinage, ni de contrôle électronique de stabilité, ni de boîte automatisée.

La transmission repose sur une boîte manuelle à cinq rapports complétée par une marche arrière. La puissance est envoyée aux roues arrière. Ferrari annonce une vitesse maximale de 280 km/h, un 400 mètres départ arrêté en 14,2 secondes et un kilomètre départ arrêté en 25,1 secondes.

Ces chiffres illustrent les capacités de la voiture, mais son intérêt ne repose pas uniquement sur l’accélération pure. La conduite demande de composer avec une commande de boîte mécanique, une direction sans assistance moderne et une répartition des masses qui exige de la précision, notamment lorsque le rythme augmente.

Châssis, suspensions et freinage

La 512 BBi utilise un cadre tubulaire en acier portant une carrosserie aux lignes très basses. Les suspensions indépendantes reposent sur des doubles triangles, une solution classique sur les voitures de sport de haut niveau. Le freinage est assuré par quatre disques.

La voiture mesure 4 400 mm de long, 1 830 mm de large et seulement 1 120 mm de haut. Son empattement atteint 2 500 mm. Ferrari annonce un poids à sec de 1 499 kg et une capacité de réservoir de 120 litres.

Les quatre roues reçoivent des pneumatiques métriques de dimension 240/55 VR 415. Contrairement à la 512 BB à carburateurs, qui utilisait des pneus de 15 pouces de dimensions différentes à l’avant et à l’arrière, la BBi adopte donc une monte identique sur les deux essieux.

Ce choix fait partie des éléments permettant d’identifier la version à injection. D’autres détails visuels évoluent également, notamment les jantes, les feux de position avant et certains éléments de présentation intérieure, sans modifier profondément la silhouette originelle.

Une carrosserie emblématique des Ferrari des années 1970

La 512 BBi conserve le profil en coin développé pour la famille Berlinetta Boxer. Le capot avant plongeant, le pare-brise très incliné et la poupe large composent une silhouette immédiatement reconnaissable. La partie inférieure de la carrosserie est souvent peinte en noir, ce qui accentue visuellement la finesse du profil.

L’accès au moteur s’effectue en relevant l’ensemble de la partie arrière. Cette solution révèle le douze cylindres, la transmission et une grande partie des éléments mécaniques. À l’avant, un second panneau basculant permet d’accéder au compartiment à bagages et aux principaux organes techniques.

L’habitacle reste centré sur la conduite. Le conducteur fait face à une instrumentation analogique, tandis que la grille métallique de la boîte manuelle constitue l’un des éléments caractéristiques des Ferrari de cette période. La position très basse et la largeur de la voiture renforcent la sensation d’être installé au cœur du châssis.

Une production limitée à 1 007 exemplaires

Ferrari a produit 1 007 exemplaires de la 512 BBi, dans une plage de numéros de châssis comprise entre 38121 et 52935. L’assemblage était réalisé à l’usine Ferrari de Maranello, selon des méthodes encore largement artisanales par rapport aux processus industriels actuels.

Cette production limitée contribue aujourd’hui à la rareté du modèle, mais elle ne suffit pas à elle seule à déterminer la valeur d’un exemplaire. L’état mécanique, la conformité à la configuration d’origine, la qualité de l’historique d’entretien et la présence des documents associés jouent un rôle essentiel.

La complexité du moteur, de l’injection et de la transmission impose également un suivi rigoureux. Sur une voiture ancienne de ce niveau, une restauration esthétique ne remplace pas une vérification approfondie de la mécanique, du châssis, des circuits de carburant et du système de refroidissement.

La 512 BBi et la compétition

La 512 BBi est avant tout une voiture de route. Elle appartient toutefois à une famille dont les formes et l’architecture ont servi de base à plusieurs programmes de compétition. La Ferrari 512 BB LM représente la déclinaison la plus connue de cette orientation sportive.

La BB LM reçoit une carrosserie profondément modifiée pour améliorer l’aérodynamique, ainsi qu’une préparation mécanique adaptée à l’endurance. Elle ne doit donc pas être considérée comme une simple 512 BBi allégée, mais comme une voiture de course développée à partir de la famille Berlinetta Boxer.

De la 512 BBi à la Testarossa

La production de la 512 BBi s’achève lorsque Ferrari prépare une remplaçante plus moderne. La Testarossa, dévoilée en 1984, conserve le principe d’un douze cylindres à 180 degrés installé en position centrale arrière, mais adopte une carrosserie plus large, un refroidissement repensé et une présentation caractéristique des années 1980.

Cette architecture connaîtra ensuite plusieurs évolutions. La Ferrari 512 TR modernisera profondément la Testarossa au début des années 1990, avec un moteur revu, un châssis amélioré et une présentation actualisée.

La Ferrari F512 M constituera la dernière étape de cette lignée. Elle sera aussi la dernière Ferrari de route produite en série avec un moteur douze cylindres à plat en position centrale arrière.

Ce qui distingue réellement la Ferrari 512 BBi

La 512 BBi ne se résume pas à une 512 BB équipée d’une injection. Elle représente une tentative de rendre la Berlinetta Boxer plus régulière et plus utilisable sans renoncer à son architecture mécanique spectaculaire. Sa puissance légèrement inférieure est compensée par une alimentation plus maîtrisée et un comportement moteur plus homogène.

Son importance historique tient également à sa position dans la chronologie Ferrari. Elle clôt la première génération de voitures routières à douze cylindres en position centrale arrière et prépare la transition vers la Testarossa, puis vers les 512 TR et F512 M.

Avec ses 1 007 exemplaires, son V12 à 180 degrés de 4,9 litres, sa boîte manuelle à cinq rapports et son absence d’assistances électroniques modernes, la Ferrari 512 BBi demeure l’une des expressions les plus directes de la supercar italienne du début des années 1980.