La Ferrari 550 Barchetta Pininfarina n’est pas qu’une déclinaison découvrable de la 550 Maranello. C’est un hommage assumé à l’histoire du carrossier Pininfarina, un clin d’œil aux barchetta de course des années cinquante et un manifeste pour le V12 atmosphérique associé à une vraie boîte manuelle. Présentée au Mondial de Paris 2000 pour célébrer les 70 ans de Pininfarina, elle s’adresse d’abord aux collectionneurs et aux puristes, ceux qui acceptent volontiers de sacrifier un peu de praticité pour rouler cheveux au vent, face au V12, en écoutant la mécanique plus que la radio.
Une série très limitée, pensée comme un hommage
La base technique est celle de la 550 Maranello: une grande GT V12 à moteur avant et propulsion. Mais la Barchetta Pininfarina va plus loin qu’un simple “coupé sans toit”. Pininfarina redessine profondément la partie supérieure de l’auto et Ferrari en fait une série spéciale.
Quelques éléments clés de sa rareté :
- Série limitée à 448 exemplaires, chacun identifié par une plaque numérotée et signée Sergio Pininfarina.
- À l’origine, Ferrari prévoyait 444 autos. Le total est porté à 448 pour éviter la symbolique du chiffre 4, considéré comme malchanceux sur certains marchés asiatiques.
- 12 prototypes de présérie, numérotés P01 à P12, ont été construits avant la production, quasiment indiscernables des modèles clients.
- On estime qu’il existe un peu plus de quarante exemplaires en conduite à droite, ce qui rend les versions RHD particulièrement recherchées.
Produite entre 2000 et 2002, la 550 Barchetta s’inscrit dans la lignée des Ferrari ouvertes mythiques, des 166 MM barchetta aux Daytona Spider, mais avec une approche résolument moderne.
Un V12 atmosphérique à l’ancienne
Sous le long capot avant, on retrouve un V12 qui incarne parfaitement la philosophie grand tourisme de Ferrari. La Barchetta utilise le bloc F133C, proche de celui de la 550 Maranello.
Principales caractéristiques du moteur :
- Architecture: V12 à 65 degrés, atmosphérique, quatre soupapes par cylindre, double arbre à cames en tête.
- Cylindrée: 5 474 cm³.
- Alésage x course: 88 x 75 mm.
- Puissance maximale: 485 ch à 7 000 tr/min.
- Couple maximal: environ 568 Nm à 5 000 tr/min.
- Gestion électronique: Bosch Motronic, injection et allumage entièrement pilotés.
Ce V12 est typiquement Ferrari: souple à bas régime, riche en couple et capable de s’envoler vers la zone rouge avec une sonorité profonde et métallique. Sur une barchetta ouverte, l’expérience est décuplée: chaque accélération remplit l’habitacle de musique mécanique.
La transmission est à l’avenant. La 550 Barchetta ne propose qu’une boîte manuelle à 6 rapports, avec la célèbre grille métallique Ferrari. L’architecture reste de type transaxle, avec la boîte et le différentiel installés à l’arrière, ce qui permet une répartition des masses très équilibrée pour une GT à moteur avant.
Châssis, comportement et freinage
Sous la carrosserie, la Barchetta reprend la structure de la 550 Maranello, adaptée à l’absence de toit fixe.
Le châssis est une structure tubulaire en acier à haute résistance, renforcée pour conserver une bonne rigidité malgré la transformation en barchetta. Les quatre roues sont suspendues par des doubles triangles avec ressorts hélicoïdaux et barres antiroulis, une solution classique mais efficace pour une GT sportive de cette époque. La direction à crémaillère assistée offre un compromis entre confort et précision, fidèle au positionnement grand tourisme.
Le freinage est assuré par des disques ventilés en acier, avec un système ABS quatre canaux. L’anti patinage ASR peut être ajusté ou totalement désactivé, laissant alors le conducteur seul maître de la motricité. Certains exemplaires ont reçu le pack Fiorano, qui renforce l’orientation sportive avec des ressorts durcis, une hauteur de caisse légèrement abaissée et des freins améliorés.
Proportions, poids et présence sur la route
La 550 Barchetta conserve les proportions musclées de la Maranello, mais l’abaissement du pare brise et la nouvelle poupe lui donnent une allure plus agressive, presque plus compacte visuellement.
- Longueur: 4 550 mm.
- Largeur: 1 935 mm.
- Hauteur: 1 258 mm.
- Empattement: 2 500 mm.
- Voie avant: 1 632 mm.
- Voie arrière: 1 586 mm.
- Poids à vide: environ 1 690 kg.
- Coefficient de traînée: autour de 0,41.
Les jantes 19 pouces spécifiques à la Barchetta remplissent parfaitement les passages de roue et participent à cette présence très affirmée. Le rapport poids puissance tourne autour de 3,5 kg par cheval, ce qui reste tout à fait respectable pour une GT V12 de début des années 2000.
Performances: une vraie Ferrari ouverte
Même si sa vocation est plus émotionnelle que chronométrique, la 550 Barchetta reste une Ferrari très rapide.
- Vitesse maximale: 300 km/h.
- 0 à 100 km/h: 4,4 secondes.
- 0 à 60 mph: environ 4,2 secondes.
- 0 à 400 m départ arrêté: environ 12,5 secondes.
- 0 à 1 000 m départ arrêté: environ 22,6 secondes.
La version coupé 550 Maranello revendique une vitesse de pointe un peu plus élevée, mais dans la réalité, la Barchetta offre déjà plus que de quoi saturer les sens, surtout sans toit et avec ce V12 à quelques centimètres de la cloison pare feu.
Un design de barchetta pur et radical
La transformation la plus spectaculaire se joue évidemment au niveau de la carrosserie. Le pare brise est plus bas et plus incliné, réduit d’environ 10 centimètres par rapport à la 550 Maranello. Deux arceaux de sécurité sont intégrés derrière les sièges, dans le prolongement des appuie têtes, donnant à la silhouette une touche résolument sportive.
L’arrière est redessiné pour intégrer le couvre capote rigide et créer une ligne fluide de la tête des passagers jusqu’à la poupe. La voiture apparaît plus étirée, plus sensuelle, presque comme une speedster.
La 550 Barchetta n’est pas un cabriolet au sens classique. Elle dispose bien d’un toit en toile, mais celui ci est volontairement rudimentaire, conçu pour dépanner en cas d’averse. Ferrari précise qu’il ne doit pas être utilisé au delà de 70 mph, ce qui confirme l’intention: l’auto est faite pour rouler découverte, par beau temps.
Habitacle: l’élégance Ferrari des années 2000
À l’intérieur, on retrouve l’architecture de la 550 Maranello, avec une planche de bord au dessin sobre, des compteurs analogiques ronds et une rangée de petits manomètres au centre. La grille de boîte manuelle trône sur la console centrale, rappelant immédiatement le lien avec les grandes GT Ferrari classiques.
La sellerie est en cuir pleine fleur, souvent en beige ou en noir, mais certains exemplaires adoptent des teintes plus originales ou des inserts en Alcantara. Le niveau d’équipement reste celui d’une GT haut de gamme de l’époque: vitres et rétroviseurs électriques, climatisation, fermeture centralisée, alarme, système audio simple que beaucoup de collectionneurs ont d’ailleurs remplacé.
Ferrari livrait chaque Barchetta avec un set de bagages Schedoni assorti, ainsi que deux casques Ferrari 550 Barchetta, des housses de rangement, la housse de voiture, la trousse à outils et toute la documentation. Aujourd’hui, la présence de ces accessoires d’origine joue un rôle important dans la valorisation d’un exemplaire.
Prix neuf et cote actuelle
À sa sortie, la 550 Barchetta se positionnait nettement au dessus de la 550 Maranello classique.
En Europe, le tarif tournait autour de 225 000 euros TTC selon les marchés. Aux États Unis, plusieurs sources évoquent un prix catalogue compris entre 250 000 et 260 000 dollars, avec des autocollants de fenêtre autour de 259 000 dollars.
Cette prime s’expliquait par le caractère limité de la série, la signature Pininfarina et la nature très exclusive de la voiture.
Aujourd’hui, la 550 Barchetta est pleinement reconnue comme un collector majeur. Les guides de valorisation indiquent une valeur moyenne aux alentours de 340 000 livres, mais de nombreux exemplaires en Europe s’affichent plutôt entre 450 000 et plus de 550 000 euros, en fonction du kilométrage, de l’historique, de la configuration et de la présence des accessoires d’origine. Les voitures les plus fraîches, peu kilométrées et certifiées Ferrari Classiche peuvent dépasser ces montants.
Une vraie barchetta de collection
La Ferrari 550 Barchetta Pininfarina occupe une place à part dans la gamme. V12 atmosphérique, boîte manuelle à grille, série très limitée, design signé Pininfarina, pare brise abaissé et toit symbolique: tout concourt à en faire une voiture de plaisir pur, davantage pensée pour les belles journées que pour les trajets quotidiens.
Dans un monde où les supercars deviennent de plus en plus complexes, la 550 Barchetta apparaît comme un instantané précieux: celui d’une époque où Ferrari savait encore proposer un V12 avant ouvert, brut, vivant, destiné à une poignée de passionnés prêts à rouler à ciel ouvert, sans autre filtre que le vent et la voix du moteur.











