Une Ferrari de compétition extrêmement rare
La Ferrari 625 TF est une barquette de compétition présentée en 1953 et produite à seulement trois exemplaires. Conçue pour le championnat mondial des voitures de sport, elle inaugure l’utilisation d’un puissant moteur 4 cylindres en ligne Lampredi dans une voiture de sport Ferrari et se distingue par sa carrosserie élégante signée Vignale. Très proche esthétiquement de la 250 MM, la 625 TF fait partie des Ferrari de compétition les plus rares et les plus recherchées.
Contexte et genèse du modèle
Au début des années cinquante, Ferrari cherche à diversifier sa gamme de moteurs de compétition en parallèle des traditionnels V12 Colombo. L’ingénieur Aurelio Lampredi développe une famille de moteurs 4 cylindres en ligne, robustes, coupleux et réputés pour leur sobriété relative, adaptés à l’endurance. La 625 TF transpose l’un de ces moteurs dérivés de la monoplace Ferrari 625 F1 dans une voiture de sport carrossée et éligible aux grandes courses internationales.
La dénomination 625 fait référence à la cylindrée unitaire approximative du moteur, soit environ 625 cm³ par cylindre pour une cylindrée totale de 2 498 cm³. Le suffixe TF est généralement interprété comme Targa Florio, même si la voiture n’a finalement jamais pris le départ de cette célèbre épreuve sicilienne. Cette appellation souligne néanmoins la vocation de la 625 TF pour les courses routières et les épreuves d’endurance.
Production, châssis et carrosserie
La Ferrari 625 TF est produite en seulement trois exemplaires, ce qui en fait un modèle extrêmement rare dans l’histoire de la marque. La répartition est la suivante :
Deux Spider Vignale et une Berlinetta Vignale. La Spider reçoit une carrosserie barquette biplace en aluminium, avec ailes intégrées fermant les roues et lignes tendues proches de la 250 MM. La Berlinetta est un coupé fermé réalisé par Vignale, qui sera malheureusement détruit dans un accident au cours de sa carrière, réduisant encore le nombre de 625 TF survivantes.
Les numéros de châssis les plus souvent cités sont :
Le châssis 0302 TF, associé à la Berlinetta Vignale. Les deux autres voitures sont des Spider : 0304 TF et 0306 TF. L’histoire de ces deux derniers châssis est particulièrement intéressante, car au fil de sa carrière l’une des voitures a reçu une double identité, les numéros 0304 TF et 0306 TF étant tous deux poinçonnés sur le même cadre. Cette situation résulte de modifications administratives et techniques survenues lors d’une importante révision avant exportation en Amérique du Sud, notamment vers l’Argentine où l’une des voitures passe entre les mains de Luis Milán.
Sous la carrosserie, le châssis est de type tubulaire en acier, connu chez Ferrari sous la référence Tipo 501. Il est dérivé de celui de la Ferrari 250 MM et adopte une architecture classique avec moteur longitudinal avant et propulsion. La structure tubulaire légère permet de contenir le poids à vide autour de 730 kg, tout en assurant la rigidité nécessaire à une voiture de compétition.
Dimensions, suspensions et freins
La Ferrari 625 TF est une auto compacte et légère, conçue pour les circuits rapides et les routes sinueuses de l’époque. Ses dimensions et caractéristiques principales sont les suivantes.
- Empattement : 2 250 mm
- Longueur approximative : 4 100 mm
- Largeur approximative : 1 620 mm
- Hauteur approximative : 1 180 mm
- Poids à vide : 730 kg environ
- Carrosserie : barquette ou Berlinetta Vignale en aluminium, biplace
- Architecture : moteur avant longitudinal, propulsion
- Châssis : cadre tubulaire acier Tipo 501 dérivé de la 250 MM
- Suspension avant : triangles superposés inégaux avec ressort à lame transversal et amortisseurs hydrauliques Houdaille
- Suspension arrière : pont De Dion avec bras tirés, ressort à lame transversal et amortisseurs hydrauliques
- Freins : quatre freins à tambour hydrauliques
- Direction : système à vis et galet
- Roues : jantes à rayons Borrani de 16 pouces
- Pneus typiques : environ 6.00 x 16 à l’avant et 7.00 x 16 à l’arrière
Moteur Lampredi 4 cylindres et transmission
Le cœur de la Ferrari 625 TF est son moteur 4 cylindres en ligne Lampredi dérivé de la Formule 1. Ferrari explore alors cette architecture pour bénéficier d’un moteur plus simple et plus coupleux, capable de rivaliser avec les puissants V12 grâce à une cylindrée unitaire élevée et une forte compression. Entièrement réalisé en alliage léger, ce moteur est sophistiqué et très performant pour son époque.
- Type de moteur : 4 cylindres en ligne Lampredi en position longitudinale avant
- Matériaux : bloc et culasse en alliage léger
- Cylindrée totale : 2 498 cm³
- Alésage : 94,0 mm
- Course : 90,0 mm
- Distribution : double arbre à cames en tête avec deux soupapes par cylindre
- Alimentation : deux carburateurs Weber 50 DCOA 3
- Taux de compression : environ 9,0 pour 1
- Puissance maximale : environ 220 chevaux à 7 000 tr par minute
- Puissance mesurée ponctuellement : une valeur d’environ 199 chevaux a été relevée sur un moteur révisé mais reste considérée comme un cas particulier
- Lubrification : carter sec pour garantir une bonne alimentation en huile en usage compétition
- Refroidissement : liquide avec pompe à eau et ventilateur mécanique
- Boîte de vitesses : boîte manuelle à quatre rapports plus marche arrière
- Transmission : aux roues arrière via arbre de transmission et pont De Dion
Performances et caractère routier
Grâce à son poids contenu et à la puissance élevée de son moteur 4 cylindres, la Ferrari 625 TF offre des performances de tout premier plan pour une voiture de sport du début des années cinquante. La vitesse maximale dépasse 240 km/h, ce qui la place au niveau des meilleures concurrentes de son époque. Le rapport poids puissance, de l’ordre de 3,3 kg par cheval, souligne son orientation résolument sportive.
Aucune donnée officielle fiable ne subsiste pour l’accélération de 0 à 100 km par heure. Les estimations modernes la situent dans une plage proche des meilleures voitures de course de la période, mais ces valeurs restent hypothétiques et ne peuvent pas être considérées comme des chiffres certifiés. En revanche, l’on sait que le moteur Lampredi offre un couple généreux et une grande allonge, avec une zone utile qui se prolonge haut dans les tours, au prix d’un comportement exigeant réservé à des pilotes expérimentés.
Carrière sportive
La Ferrari 625 TF connaît une carrière sportive relativement brève mais marquante. Sa première apparition officielle a lieu au Grand Prix Supercortemaggiore disputé à Monza le 29 juin 1953. Pilotée par Mike Hawthorn, futur champion du monde de Formule 1 en 1958, la barquette termine à une quatrième place au classement général, ce qui constitue un résultat notable pour une nouvelle voiture encore en développement.
Par la suite, la 625 TF participe à différentes épreuves en Italie. Elle apparaît notamment dans des courses de côte telles que Susa Moncenisio, souvent confiée à des pilotes comme Umberto Maglioli. Des abandons sont recensés dans ces courses, conséquence du caractère très engagé de la voiture et des conditions difficiles des épreuves de montagne de l’époque.
L’un des châssis est exporté en Argentine, où il évolue dans le cadre du sport automobile local et passe entre les mains de pilotes comme Luis Milán. Au fil de sa carrière, la 625 TF sert aussi de base d’expérimentation pour Ferrari, certains châssis recevant ensuite des moteurs de plus grosse cylindrée comme ceux des 735 S ou des 750 Monza. Ces évolutions contribuent au développement de futures Ferrari quatre cylindres qui connaîtront un succès important en compétition.
Valeur et marché de collection
En tant que Ferrari de compétition d’avant 1960 à production ultra limitée, la 625 TF occupe une place très élevée sur le marché de la collection. Aucun prix catalogue d’époque n’est clairement documenté, ce qui est courant pour les Ferrari de course vendues directement à des clients privilégiés, souvent à des conditions personnalisées.
Plus récemment, les ventes aux enchères donnent une idée de la valeur actuelle. Une Spider 625 TF Vignale ex usine, associée à Mike Hawthorn et portant la double identité de châssis 0304 TF et 0306 TF, a été présentée par une grande maison de ventes avec une estimation de l’ordre de 4,5 à 6,5 millions d’euros. De manière plus générale, la cote d’une 625 TF authentique, bien documentée et en bon état, se situe dans une fourchette approximative de 4 à 7 millions d’euros, en fonction de l’historique, de l’authenticité mécanique et du palmarès.
Cette position la place au niveau des Ferrari de compétition les plus prestigieuses de la première moitié des années cinquante, aux côtés de modèles comme la 250 MM ou la 750 Monza, dont elle constitue en partie la matrice technique.
Détails particuliers et curiosités
Plusieurs éléments contribuent au caractère fascinant de la Ferrari 625 TF. Le plus notable est sans doute l’existence d’un châssis portant simultanément les numéros 0304 TF et 0306 TF. Lors d’une importante révision et d’une préparation en vue de son exportation, le châssis se voit attribuer un nouveau numéro pour simplifier certaines formalités. Les deux marquages restent cependant visibles sur le cadre, ce qui explique la désignation composite utilisée aujourd’hui par les historiens et les experts.
Autre particularité, au fil de leur vie en compétition et en mains privées, certaines 625 TF reçoivent des moteurs de spécifications différentes, notamment des blocs 735 S de cylindrée supérieure. Cela complique l’authentification et la datation précise des mécaniques. Il arrive ainsi que l’on rencontre des voitures identifiées comme 625 TF mais dotées d’une cylindrée proche de 2,9 ou 3,0 litres, conséquence de ces mises à jour réalisées à l’époque pour rester compétitif.
Enfin, la 625 TF est l’une des Ferrari quatre cylindres les plus rares. Avec seulement trois voitures construites, dont une Berlinetta détruite et deux Spider survivantes profondément marquées par leur carrière sportive, elle constitue un jalon essentiel dans l’histoire des Ferrari de compétition et un maillon important de la lignée qui mènera aux célèbres barquettes quatre cylindres victorieuses dans les grandes courses d’endurance des années cinquante.












