Présentée en 1986, la Ferrari GTB Turbo est une berlinette à moteur central arrière conçue principalement pour le marché italien. Elle associe la silhouette modernisée de la 328 à un V8 de seulement deux litres, suralimenté pour atteindre 254 ch. Cette architecture répondait à une contrainte fiscale précise tout en permettant à Ferrari de proposer des performances proches de celles de modèles équipés de moteurs de plus forte cylindrée.
La GTB Turbo ne doit pas être confondue avec la Ferrari 208 GTB Turbo apparue en 1982. Elle lui succède avec une mécanique profondément améliorée, une suralimentation mieux maîtrisée et une carrosserie dérivée de la nouvelle génération de berlinettes Ferrari.
Une Ferrari deux litres pensée pour le marché italien
L’origine de la GTB Turbo se trouve dans la fiscalité automobile italienne de l’époque. Les voitures dont la cylindrée dépassait deux litres étaient soumises à une taxation nettement plus lourde. Ferrari avait donc intérêt à maintenir son V8 juste sous ce seuil, avec une cylindrée exacte de 1 990,64 cm³.
Cette stratégie avait déjà donné naissance à la Ferrari 208 GTB, équipée d’un V8 atmosphérique de deux litres. La suralimentation a ensuite permis de compenser la cylindrée réduite et d’offrir un niveau de puissance davantage conforme à l’image sportive de la marque.
La GTB Turbo de 1986 représente l’aboutissement de cette famille. Elle conserve le principe d’un petit V8 turbocompressé, mais bénéficie d’une mise au point plus évoluée que le modèle lancé quatre ans auparavant.
Un V8 turbo de 254 ch
Le moteur est un V8 ouvert à 90 degrés, installé transversalement en position centrale arrière. Alimenté par une injection Bosch K-Jetronic, il reçoit un turbocompresseur unique et un intercooler chargé de refroidir l’air comprimé avant son admission dans les cylindres.
Cette mécanique développe 254 ch à 6 500 tr/min et un couple maximal de 328 Nm à 4 100 tr/min. Avec environ 128 ch par litre, sa puissance spécifique est particulièrement élevée pour une automobile de série du milieu des années 1980.
L’évolution est importante par rapport à la 208 GTB Turbo, dont le moteur délivrait 220 ch et 240 Nm. Le gain ne repose donc pas seulement sur la puissance maximale. Le couple progresse fortement et devient disponible à un régime plus bas, ce qui améliore les reprises et l’agrément d’utilisation.
| Caractéristique | Ferrari 208 GTB Turbo | Ferrari GTB Turbo |
|---|---|---|
| Année de lancement | 1982 | 1986 |
| Cylindrée | Environ 2 litres | 1 990,64 cm³ |
| Puissance maximale | 220 ch à 7 000 tr/min | 254 ch à 6 500 tr/min |
| Couple maximal | 240 Nm à 4 800 tr/min | 328 Nm à 4 100 tr/min |
| Vitesse maximale | 242 km/h | 253 km/h |
Une suralimentation plus progressive
La GTB Turbo est également conçue pour délivrer sa puissance de manière moins brutale. Ferrari indiquait que la poussée du turbo commençait progressivement à partir d’environ 3 000 tr/min. Cette caractéristique distingue la voiture de certaines sportives suralimentées de la même période, marquées par un temps de réponse important suivi d’une arrivée soudaine du couple.
L’adoption d’un intercooler et d’un nouveau turbocompresseur contribue à cette évolution. Le refroidissement de l’air admis améliore son rendement, tandis que la gestion plus progressive de la pression facilite l’exploitation du moteur. La GTB Turbo reste une voiture qui demande de maintenir un régime suffisant pour profiter pleinement de ses performances, mais son comportement est moins abrupt que celui de sa devancière.
Des performances proches d’une Ferrari de plus forte cylindrée
Ferrari annonçait une vitesse maximale de 253 km/h et un passage de 0 à 100 km/h en 6,3 secondes. La voiture parcourait les 400 mètres départ arrêté en 14,3 secondes et les 1 000 mètres en 25,7 secondes.
Ces chiffres montrent l’efficacité du petit V8 suralimenté. Malgré une cylindrée limitée à deux litres, la GTB Turbo offrait des performances comparables à celles de nombreuses sportives équipées de moteurs nettement plus volumineux.
La boîte de vitesses manuelle à cinq rapports transmet la puissance aux roues arrière. Cette configuration, associée à la position centrale du moteur, conserve l’architecture traditionnelle des berlinettes V8 de Maranello, déjà illustrée par la Ferrari 308 GTB.
Une carrosserie étroitement liée à la 328 GTB
Visuellement, la GTB Turbo reprend les grandes lignes de la Ferrari 328 GTB. Elle adopte une carrosserie aux formes plus fluides et mieux intégrées que celles de la génération précédente, tout en conservant les proportions caractéristiques d’une berlinette deux places à moteur central.
Les boucliers sont davantage intégrés à la carrosserie, les surfaces paraissent plus homogènes et les détails aérodynamiques sont traités avec plus de discrétion. La voiture reste immédiatement identifiable comme une évolution de la famille 308, mais son dessin traduit le passage vers l’esthétique Ferrari de la seconde moitié des années 1980.
La GTB Turbo mesure 4 255 mm de long, 1 730 mm de large et 1 128 mm de haut. Son empattement atteint 2 350 mm. Ces dimensions compactes participent à son allure ramassée et à son positionnement de sportive à deux places plutôt que de grand tourisme polyvalent.
Châssis, poids et architecture
La structure repose sur un cadre tubulaire en acier habillé de panneaux de carrosserie. Le poids à sec annoncé est de 1 265 kg, une valeur contenue au regard de la présence du système de suralimentation, de l’intercooler et des équipements nécessaires à une voiture de route.
Les quatre roues disposent de suspensions indépendantes à triangles superposés. Le freinage est assuré par des disques, tandis que le réservoir de carburant offre une capacité de 74 litres.
L’ensemble privilégie l’équilibre entre performances, motricité et stabilité. Le moteur placé derrière les sièges concentre les masses au centre de la voiture, alors que la propulsion préserve le comportement attendu d’une Ferrari de cette catégorie.
GTB Turbo et GTS Turbo
La GTB Turbo est la version fermée de la gamme. Ferrari proposait parallèlement la Ferrari GTS Turbo, reconnaissable à son toit amovible. Les deux voitures partagent l’essentiel de leur mécanique, mais répondent à des usages différents.
La berlinette GTB privilégie une carrosserie entièrement fermée et une silhouette plus homogène. La GTS offre la possibilité de rouler à ciel ouvert tout en conservant le V8 turbo de deux litres. Cette distinction reprend l’organisation habituelle de la gamme Ferrari, dans laquelle les versions GTB et GTS coexistent autour d’une base technique commune.
Une production particulièrement limitée
La GTB Turbo a été fabriquée en petit nombre. Une estimation attribuée à l’expert Ferrari Marcel Massini fait état de 308 exemplaires pour la version coupé. La période de production est généralement située entre 1986 et 1988, même si certaines bases secondaires prolongent cette chronologie jusqu’en 1989.
Cette rareté s’explique par son positionnement très spécifique. La voiture visait avant tout le marché italien et répondait à un contexte fiscal qui ne concernait pas de la même manière les principaux marchés d’exportation de Ferrari. À l’étranger, les clients pouvaient se tourner vers des modèles dotés d’un V8 atmosphérique de plus forte cylindrée.
La Ferrari GTB Turbo occupe ainsi une place singulière dans l’histoire de la marque. Elle combine une carrosserie issue de la génération 328, une mécanique directement liée aux contraintes fiscales italiennes et l’un des V8 de série les plus poussés de son époque. Sa faible diffusion et sa filiation parfois mal comprise la rendent aujourd’hui nettement moins connue que les autres berlinettes Ferrari des années 1980.











