Imperial

L’Imperial de 1955 marque une étape importante dans l’histoire de l’automobile américaine : Chrysler Corporation transforme son appellation de prestige en une marque à part entière, destinée à concurrencer directement Cadillac et Lincoln. Présentée en novembre 1954 pour le millésime 1955, cette grande voiture de luxe associe un moteur V8 Hemi de 5,4 litres, une transmission automatique et des équipements de confort particulièrement élaborés pour son époque.

Proposée en berline quatre portes et en coupé Newport, l’Imperial se distingue par son imposante carrosserie, ses nombreux éléments chromés et ses feux arrière caractéristiques. Elle existe également sous la forme Crown Imperial à empattement allongé, destinée au transport de représentation. Avec 11 430 exemplaires produits toutes carrosseries confondues en 1955, elle inaugure une nouvelle identité commerciale pour le haut de gamme du groupe Chrysler.

La naissance d’Imperial comme marque de luxe en 1955

Le nom Imperial apparaît chez Chrysler dès 1926. Pendant près de trois décennies, il désigne les automobiles les plus prestigieuses du constructeur américain, notamment des berlines et des limousines destinées à une clientèle fortunée. Ces voitures restent toutefois commercialisées sous la marque Chrysler, contrairement aux Cadillac et Lincoln, qui possèdent leur propre identité au sein de leurs groupes respectifs.

Au début des années 1950, cette différence devient un enjeu commercial. Chrysler dispose déjà de motorisations puissantes et d’un savoir-faire reconnu dans la construction de grandes automobiles, mais son offre de prestige manque d’une marque clairement identifiable. La décision de créer Imperial comme division distincte vise à renforcer son positionnement face aux références américaines du luxe.

Le 17 novembre 1954, Chrysler présente la nouvelle gamme Imperial pour l’année-modèle 1955. La voiture bénéficie d’une carrosserie profondément renouvelée, d’une présentation extérieure spécifique et d’un équipement particulièrement complet. Bien qu’elle partage plusieurs éléments mécaniques avec les grandes Chrysler contemporaines, elle est désormais vendue sous son propre nom.

Cette distinction est essentielle pour comprendre le modèle. Une Imperial de 1955 n’est pas simplement une Chrysler New Yorker dotée d’une finition supérieure. Elle possède une identité stylistique propre, un empattement spécifique de 130 pouces et une place indépendante dans la hiérarchie commerciale du constructeur.

Son développement s’inscrit dans le vaste programme de modernisation stylistique mené par Chrysler au milieu des années 1950. Sous la direction de Virgil Exner, les automobiles du groupe abandonnent progressivement leurs silhouettes relativement conservatrices au profit de carrosseries plus basses, plus longues et davantage influencées par les tendances américaines de l’après-guerre.

Un design américain reconnaissable entre tous

L’Imperial 1955 adopte une silhouette imposante, caractéristique des grandes automobiles américaines de luxe. Son long capot, ses ailes généreuses et sa ligne de caisse presque horizontale mettent en valeur les dimensions de la carrosserie. Le pare-brise panoramique, légèrement enveloppant, participe à une présentation plus moderne que celle des Imperial précédentes.

La face avant constitue l’un de ses principaux signes distinctifs. Elle comporte une large calandre chromée divisée en deux parties, encadrée par des projecteurs circulaires. Un emblème Imperial à motif d’aigle souligne l’identité de la nouvelle marque. Les pare-chocs massifs et les nombreux détails métalliques correspondent aux codes esthétiques du luxe automobile américain des années 1950.

À l’arrière, les feux surélevés sont particulièrement remarquables. Leur disposition évoque de petits viseurs et leur vaut le surnom de gunsight taillights. Ce traitement original permet de reconnaître facilement une Imperial 1955 et annonce l’importance croissante que prendront les éléments verticaux dans le dessin des automobiles américaines de la seconde moitié de la décennie.

La gamme comprend une berline quatre portes traditionnelle et un coupé Newport à deux portes. Ce dernier adopte une carrosserie hardtop, sans montant central fixe, ce qui dégage une large ouverture latérale lorsque les vitres sont abaissées. Cette configuration privilégie l’élégance et la luminosité de l’habitacle, tandis que la berline répond davantage aux besoins d’une clientèle recherchant une grande automobile familiale ou professionnelle.

Les peintures bicolores, les pneumatiques à flancs blancs et les roues à rayons chromées disponibles en option renforcent la présentation luxueuse. À l’intérieur, Imperial mise sur des matériaux valorisants, des garnitures soignées et une instrumentation disposée devant le conducteur. La largeur de la carrosserie permet d’accueillir six personnes dans les versions ordinaires.

Malgré sa parenté industrielle avec Chrysler, l’Imperial possède des proportions différentes. Son empattement de 3,30 mètres dépasse notamment celui des grandes Chrysler contemporaines à empattement de 126 pouces. Cette différence participe à son allure statutaire et à l’espace disponible dans l’habitacle.

Un V8 Hemi puissant et une conduite privilégiant le confort

Sous le capot, l’Imperial 1955 reçoit le V8 Chrysler FirePower Hemi de 331,1 pouces cubes, soit environ 5,4 litres. Cette motorisation utilise des chambres de combustion hémisphériques, une solution technique destinée à améliorer la circulation des gaz et les conditions de combustion. Alimenté par un carburateur quadruple corps, le moteur développe 250 chevaux américains SAE bruts à 4 600 tr/min.

Cette puissance doit être replacée dans son contexte historique. Les valeurs SAE brutes utilisées par les constructeurs américains de l’époque étaient établies selon des conditions différentes de celles des mesures modernes. Les 250 hp annoncés ne correspondent donc pas directement à une puissance DIN contemporaine, même si leur conversion mathématique représente environ 186 kW.

Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. Il est associé à la boîte automatique PowerFlite à deux rapports, montée de série. Cette transmission favorise une conduite souple, particulièrement adaptée aux déplacements sur les grandes routes américaines. La cylindrée importante du V8 permet de limiter les changements de rapport tout en assurant des reprises progressives.

Le comportement routier repose sur une architecture classique : suspension avant indépendante à ressorts hélicoïdaux et essieu arrière rigide guidé par des ressorts à lames. L’Imperial conserve une carrosserie montée sur un châssis séparé, une conception robuste mais différente de celle des automobiles modernes à structure monocoque.

La direction assistée et les freins assistés font partie de l’équipement de série. Ces dispositifs ont une importance particulière sur une voiture dont la masse dépasse deux tonnes. Ils réduisent les efforts nécessaires lors des manœuvres et rendent l’utilisation quotidienne moins contraignante, notamment en ville ou lors du stationnement.

L’équipement peut être enrichi par la climatisation, les vitres électriques, des réglages électriques de sièges ou différents systèmes audio. Ces équipements participent au positionnement haut de gamme de l’Imperial, à une époque où de nombreuses automobiles américaines conservent encore des commandes entièrement manuelles.

La mécanique évolue dès le millésime suivant. L’Imperial 1956 reçoit notamment un V8 de cylindrée supérieure et une gamme de transmissions modifiée. La boîte automatique TorqueFlite à trois rapports, introduite en cours de millésime 1956, ne doit donc pas être confondue avec la PowerFlite de l’Imperial 1955.

Fiche technique de l’Imperial

CaractéristiqueImperial C69 (1955)
MarqueImperial, Chrysler Corporation
Année-modèle1955
CatégorieGrande voiture de luxe
CarrosseriesBerline 4 portes, coupé Newport hardtop 2 portes
Nombre de places6
Architecture moteurV8 essence à 90°, Chrysler FirePower Hemi
Cylindrée331,1 cu in, environ 5 425 cm³
DistributionSoupapes en tête, chambres hémisphériques, poussoirs hydrauliques
AlimentationCarburateur quadruple corps Carter
Puissance maximale250 hp SAE bruts à 4 600 tr/min
Taux de compression8,5:1
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesAutomatique PowerFlite à 2 rapports
StructureCarrosserie sur châssis séparé
Suspension avantIndépendante, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames
DirectionAssistée
FreinsTambours hydrauliques assistés aux quatre roues
Pneumatiques8.20 × 15
Longueur de la berline5 664 mm
Largeur de la berline2 009 mm
Hauteur de la berline1 554 mm
Empattement3 302 mm
Poids publié de la berlineEnviron 2 071 kg
Poids publié du coupé NewportEnviron 2 037 kg
Production C69 Sedan7 840 exemplaires
Production C69 Newport3 418 exemplaires
Prix neuf américain de la berline4 483 dollars
Prix neuf américain du Newport4 720 dollars

Imperial Newport et Crown Imperial : des versions aux usages différents

La gamme Imperial 1955 se distingue par une organisation relativement simple, mais les différences entre ses carrosseries sont importantes. La berline C69 constitue le modèle principal, avec 7 840 exemplaires produits. Le coupé Newport, assemblé à 3 418 unités, s’adresse à une clientèle privilégiant une présentation plus élégante et une silhouette dépourvue de montant central.

La Crown Imperial C70 occupe une place à part. Destinée aux déplacements officiels et au transport de prestige, elle possède un empattement de 149,5 pouces, soit environ 3,80 mètres. Cela représente près de 50 centimètres supplémentaires par rapport à l’Imperial ordinaire. Cet allongement permet de proposer un habitacle adapté au transport de huit occupants, avec une organisation intérieure correspondant davantage aux besoins d’une limousine.

Cette différence de dimensions entraîne des conséquences concrètes. La Crown Imperial est plus lourde et moins adaptée aux manœuvres dans des espaces restreints. En contrepartie, son empattement allongé permet d’aménager un compartiment arrière plus généreux, ce qui correspond à sa vocation de voiture de représentation plutôt que de véhicule principalement conduit par son propriétaire.

Les volumes de production montrent également une distinction nette. En 1955, seulement 45 Crown Imperial Sedan et 127 Crown Imperial Limousine sont produites. Ces chiffres sont sans commune mesure avec ceux de la berline C69. La Crown Imperial représente donc une catégorie particulièrement confidentielle au sein de la gamme.

Il faut toutefois distinguer ces Crown Imperial à empattement allongé de 1955 de l’Imperial Crown, appellation utilisée ultérieurement pour désigner d’autres versions de la marque. Malgré la proximité des noms, leurs carrosseries, leurs dimensions et leur positionnement dans la gamme ne sont pas nécessairement identiques.

Les prix américains de 1955 illustrent cette hiérarchie. La berline Imperial coûte 4 483 dollars en version de base, contre 4 720 dollars pour le coupé Newport. La Crown Imperial Sedan atteint 7 603 dollars et la limousine 7 737 dollars. L’écart entre la berline ordinaire et la Crown dépasse ainsi 3 000 dollars, une différence considérable pour l’époque.

Ces montants ne correspondent pas simplement à des niveaux de finition. Ils reflètent également la taille des véhicules, leur mode de fabrication, leurs aménagements et leur destination commerciale. La comparaison directe de leurs prix ou de leurs volumes sans distinguer les carrosseries donnerait donc une image trompeuse de la gamme Imperial.

Production, rareté et place de l’Imperial dans l’histoire automobile

La production totale du millésime 1955 atteint 11 430 voitures, en réunissant les Imperial C69 et les Crown Imperial C70. Ce volume reste modeste à l’échelle de l’industrie automobile américaine, mais correspond à la volonté de Chrysler de développer une offre de prestige distincte de ses modèles plus courants.

La rareté varie fortement selon les carrosseries. La berline C69 représente près de sept exemplaires sur dix, tandis que le coupé Newport constitue l’essentiel du reste de la production. Les Crown Imperial à empattement allongé forment une fraction infime du total. Pour les collectionneurs, cette répartition permet de mieux comprendre pourquoi certaines configurations sont beaucoup moins fréquemment rencontrées que d’autres.

La valeur d’une Imperial ancienne dépend néanmoins de plusieurs facteurs qui dépassent son seul volume de production. L’état de la carrosserie, la qualité des chromes, l’authenticité de l’habitacle et la conformité de la mécanique sont particulièrement importants. Les équipements électriques, les dispositifs d’assistance et les accessoires de confort peuvent également nécessiter des interventions spécialisées lors d’une restauration.

Le moteur Hemi constitue l’un des principaux intérêts mécaniques du modèle. Sa conception spécifique, ses dimensions et ses composants demandent une connaissance des premières générations de V8 Chrysler. La présence d’une transmission PowerFlite, plutôt que d’une boîte automatique plus récente, fait également partie des éléments à vérifier pour conserver la configuration historique d’une voiture de 1955.

L’histoire de la marque ne s’arrête pas à cette première génération. En 1957, Imperial adopte un nouveau dessin et développe sa gamme avec plusieurs niveaux de présentation. L’Imperial LeBaron devient alors l’une des appellations les plus prestigieuses du catalogue, en référence à un nom historiquement associé à la carrosserie automobile de luxe.

Les générations suivantes connaissent d’importantes transformations stylistiques et techniques. Les grandes Imperial de la fin des années 1950 adoptent des ailettes arrière plus marquées, tandis que les modèles des années 1960 évoluent vers des lignes différentes, notamment sous l’influence du designer Elwood Engel. La construction et les architectures de carrosserie changent également au fil des générations.

La première période de commercialisation de la marque indépendante prend fin après le millésime 1975. Chrysler réutilise ensuite le nom Imperial entre 1981 et 1983 pour un coupé de luxe à deux portes, très différent des grandes berlines des années 1950. L’appellation Chrysler Imperial revient encore entre 1990 et 1993, mais sans rétablir Imperial comme marque indépendante.

Pour identifier correctement une Imperial de collection, le millésime et le code de série restent donc essentiels. Une C69 de 1955, une Crown Imperial C70 et une Imperial du début des années 1960 peuvent partager un nom et certains principes mécaniques, mais correspondent à des automobiles distinctes. Les plaques d’identification, les documents de production et la concordance des éléments de carrosserie permettent de préciser l’origine et la configuration d’un exemplaire.

Marque Imperial

Année de sortie 1955

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