
British Racing Motors, plus connue sous le sigle BRM, naît en Angleterre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec une ambition inhabituelle : construire une monoplace de Grand Prix entièrement britannique capable de rivaliser avec les meilleures équipes européennes. Porté à Bourne, dans le Lincolnshire, par Raymond Mays avec l’appui technique de Peter Berthon, le projet devient l’une des aventures les plus singulières du sport automobile britannique. BRM se fera connaître autant pour l’audace de ses premières solutions mécaniques que pour son titre mondial de 1962, avant de connaître un long déclin, un retrait de la Formule 1 puis une relance essentiellement patrimoniale.
1945 : Raymond Mays lance le projet d’une voiture de Grand Prix britannique
La naissance de BRM s’inscrit dans le contexte de reconstruction de l’industrie britannique après la guerre. Raymond Mays, déjà engagé dans le sport automobile avant le conflit, veut fédérer les compétences et les moyens industriels du pays autour d’une voiture capable de défendre les couleurs britanniques au plus haut niveau international. Peter Berthon joue un rôle technique central dans cette entreprise installée à Bourne.
La chronologie juridique demande toutefois une nuance. 1945 correspond au lancement du projet, tandis que le British Motor Racing Research Trust est constitué en 1947 afin de soutenir son financement et que la structure prend le nom British Racing Motors Ltd en 1949. Dès l’origine, BRM n’est donc pas pensée comme un constructeur automobile généraliste, mais comme une organisation vouée à la conception et à l’engagement de voitures de compétition.
1950 : la BRM V16 révèle autant l’ambition que les difficultés du projet
La première grande création de la marque est la BRM P15, généralement désignée comme la BRM V16. Sa mécanique très sophistiquée, articulée autour d’un moteur V16 suralimenté, illustre jusqu’où les responsables du programme veulent pousser l’ingénierie britannique. La voiture apparaît en compétition en 1950 et attire immédiatement l’attention par sa conception hors norme.
Cette audace se retourne cependant en partie contre BRM. La complexité de la P15 rend sa mise au point difficile et sa fiabilité ne permet pas de transformer rapidement le potentiel technique en résultats réguliers. Cette première période forge une caractéristique durable de l’histoire de BRM : une capacité à concevoir des machines originales et ambitieuses, mais parfois au prix d’un développement trop complexe pour les moyens disponibles.
1952 : Alfred Owen reprend BRM et assure la continuité de l’écurie
Les difficultés rencontrées par le programme conduisent à un changement majeur en 1952. Le British Motor Racing Research Trust cède BRM à l’industriel Sir Alfred Owen, à la tête du groupe Rubery Owen. Cette reprise donne à l’équipe un soutien financier et industriel plus stable et permet d’éviter la disparition d’un projet qui n’a pas encore atteint les objectifs fixés à sa création.
Sous l’autorité d’Owen, BRM poursuit son développement en abandonnant progressivement les ambitions excessivement complexes du premier V16 au profit de monoplaces plus conventionnelles et plus adaptées aux règlements de la Formule 1. Cette évolution prépare la période au cours de laquelle l’équipe devient enfin capable de gagner face aux constructeurs établis.
1959 : la P25 apporte à BRM sa première victoire en championnat du monde
Le tournant sportif intervient en 1959. Au Grand Prix des Pays-Bas, Jo Bonnier s’impose au volant de la BRM P25. Cette victoire est la première obtenue par la marque dans une manche comptant pour le championnat du monde de Formule 1 et constitue l’aboutissement de plusieurs années de restructuration technique.
La P25 marque ainsi le passage d’une BRM surtout connue pour ses ambitions et ses difficultés à une équipe réellement compétitive. Elle démontre que la structure financée par Alfred Owen peut désormais se battre avec les meilleures écuries et ouvre la voie à une génération de monoplaces plus efficace, dont la P57 sera l’expression la plus accomplie.
1962 : Graham Hill et la P57 conduisent BRM au titre mondial
1962 constitue le sommet de l’histoire sportive de British Racing Motors. Avec la P57 à moteur V8, Graham Hill remporte quatre Grands Prix et devient champion du monde des pilotes. BRM décroche simultanément le championnat du monde des constructeurs, accomplissant ainsi l’objectif qui avait motivé le projet britannique près de deux décennies auparavant.
Ce succès n’est pas un épisode isolé. BRM reste parmi les équipes de premier plan au cours des saisons suivantes et termine vice-championne du monde des constructeurs en 1963, 1964 et 1965. La P261 prolonge cette période de compétitivité et accompagne notamment les performances de Graham Hill puis les débuts de Jackie Stewart, qui remporte avec BRM sa première victoire en Formule 1. La première moitié des années 1960 représente ainsi la période où l’équipe conjugue le mieux maîtrise technique et résultats sportifs.
1970 : les dernières victoires précèdent le déclin de BRM
À la fin des années 1960, BRM peine davantage à suivre l’évolution rapide de la Formule 1. L’équipe parvient néanmoins à renouer avec la victoire en 1970 grâce à Pedro Rodríguez au Grand Prix de Belgique. En 1971, Peter Gethin offre à BRM un autre succès marquant à Monza. Ces résultats constituent le dernier véritable regain sportif de la marque.
Ils ne suffisent pas à inverser la tendance. La concurrence devient plus spécialisée, les coûts augmentent et BRM éprouve de plus en plus de difficultés à maintenir le niveau qui avait été le sien au début de la décennie précédente. La P201, apparue en 1974, sera la dernière Formule 1 conçue et construite par l’usine historique de Bourne.
1977 : British Racing Motors quitte définitivement la Formule 1
Après plusieurs saisons de résultats en recul, BRM se retire du championnat du monde de Formule 1 en 1977. Cette date marque la fin de l’activité qui avait défini la marque depuis sa création. L’organisation historique cesse alors d’exister comme force importante du sport automobile international, après avoir traversé près de trois décennies de compétition et connu aussi bien des échecs techniques spectaculaires qu’un titre mondial.
Le retrait clôt surtout l’histoire de BRM comme constructeur régulier de monoplaces de Grand Prix. Le nom, les voitures et les archives conservent toutefois une forte valeur historique, ce qui explique les différentes tentatives ultérieures visant à faire revivre la marque.
1991 : une tentative de retour en endurance échoue rapidement
Au début des années 1990, le nom BRM est réutilisé dans le cadre d’un projet de retour à la compétition en endurance. Le prototype P351 est engagé notamment aux 24 Heures du Mans en 1992, mais cette résurrection sportive ne parvient pas à reproduire l’influence de l’équipe historique et s’interrompt rapidement.
Cette tentative reste donc une parenthèse plutôt qu’une véritable seconde vie industrielle. Elle montre néanmoins que la notoriété du nom BRM demeure suffisamment forte pour susciter, bien après la disparition de l’écurie originelle, des projets cherchant à renouer avec son passé en compétition.
2020 : la famille Owen relance BRM comme marque patrimoniale
Une nouvelle étape s’ouvre en 2020 lorsque les descendants de la famille Owen entreprennent de faire revivre British Racing Motors autour de son patrimoine historique. La démarche ne consiste pas à reformer une écurie moderne de Formule 1, mais à préserver les archives, remettre les voitures historiques au premier plan et prolonger matériellement l’histoire du constructeur.
Cette relance se concrétise notamment par la construction de nouvelles P15 V16 dites « continuation », réalisées à partir des plans et des méthodes liés au modèle d’époque. BRM existe ainsi aujourd’hui principalement comme marque patrimoniale liée à la compétition historique, et non comme constructeur automobile de série ou comme équipe engagée dans le championnat du monde contemporain. Son identité actuelle reste directement rattachée à l’ambition née à Bourne en 1945 et au parcours qui conduisit cette petite structure britannique jusqu’au titre mondial de Formule 1.
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