Histoire de la marque Bucciali

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Bucciali est une marque automobile française née au début des années 1920 autour des frères Paul-Albert et Angelo Bucciali. Installée à Courbevoie, près de Paris, elle commence par construire de petites voitures avant de s’orienter vers des automobiles expérimentales beaucoup plus ambitieuses. Sa réputation repose surtout sur ses recherches autour de la traction avant, sur des prototypes spectaculaires présentés dans les grands salons et sur quelques réalisations de prestige qui comptent parmi les automobiles françaises les plus singulières de l’entre-deux-guerres. Cette aventure industrielle reste pourtant très brève et s’achève au début des années 1930, faute d’avoir pu transformer ses innovations en production durable.

1920 : Paul-Albert Bucciali pose les bases de l’entreprise à Courbevoie

Les origines de Bucciali remontent à 1920. Le 15 avril, Paul-Albert Bucciali dépose la marque BUC et s’établit au 8 avenue Gambetta, à Courbevoie. Son projet concerne alors la construction d’automobiles de course et de tourisme. Cette date constitue le point de départ juridique et industriel de l’entreprise, même si la production automobile proprement dite est généralement située un peu plus tard.

Paul-Albert Bucciali est rejoint dans l’aventure par son frère Angelo. Les deux hommes évoluent dans une période particulièrement féconde pour l’automobile française, où de nombreux petits constructeurs cherchent leur place entre voitures légères, modèles sportifs et innovations mécaniques. Bucciali appartient d’abord à cette génération d’artisans-constructeurs avant de suivre une voie beaucoup plus expérimentale.

1922 : les frères Bucciali lancent les premières automobiles Buc

À partir de 1922, les frères Bucciali commencent à produire des automobiles sous le nom Buc. Il s’agit notamment de petites voitures et de cyclecars, des véhicules légers adaptés au marché de l’après-guerre. Cette phase correspond à la véritable naissance de leur activité de constructeur automobile.

La marque cherche alors à se faire une place grâce à des automobiles compactes et sportives, sans atteindre les volumes des constructeurs français déjà bien installés. Cette première orientation ne dure que quelques années. Vers le milieu de la décennie, les Bucciali renoncent progressivement à la fabrication conventionnelle pour concentrer leurs efforts sur des solutions techniques beaucoup plus originales.

1927 : la traction avant devient le cœur du projet Bucciali

Le tournant décisif intervient avec le développement des prototypes TAV, sigle de « traction avant ». À une époque où la propulsion domine encore très largement la production automobile, les frères Bucciali choisissent de placer la transmission aux roues avant et font de cette architecture la principale identité technique de leurs nouvelles créations.

Les prototypes évoluent rapidement. Le TAV2 puis le TAV3 servent notamment à perfectionner cette configuration, avec une mécanique et une transmission installées à l’avant. Bucciali ne cherche plus seulement à vendre des voitures en petite série : l’entreprise se transforme en véritable laboratoire roulant, destiné à démontrer la pertinence de ses solutions techniques et à attirer l’attention de constructeurs susceptibles d’exploiter ses brevets.

1928 : les salons automobiles deviennent la vitrine de Bucciali

À partir de la fin des années 1920, les Bucciali utilisent les salons automobiles pour présenter des véhicules de plus en plus imposants et spectaculaires. Cette stratégie joue un rôle central dans leur développement. Les prototypes ne sont pas uniquement conçus comme de futurs modèles de série : ils doivent aussi convaincre des partenaires industriels de la valeur des innovations mises au point à Courbevoie.

Cette orientation explique le caractère parfois évolutif des Bucciali de cette période. Certains châssis sont modifiés, rebaptisés ou recarrossés au fil des présentations. Le nombre exact de voitures véritablement construites est donc difficile à établir aujourd’hui. Plus qu’une gamme classique, Bucciali développe une succession de démonstrateurs techniques dont la traction avant constitue le fil conducteur.

1929 : Bucciali tente de donner une dimension internationale à ses brevets

Les frères Bucciali cherchent bientôt à dépasser le cadre français. À la charnière des années 1920 et 1930, leurs créations sont présentées aux États-Unis, notamment au Salon de New York. Ils espèrent alors intéresser les constructeurs américains à leurs brevets et à leurs solutions de transmission.

Le constructeur Peerless envisage notamment d’exploiter certaines technologies Bucciali. Cette piste représente l’une des meilleures chances de transformer les recherches françaises en projet industriel de plus grande ampleur. Elle n’aboutit cependant pas : Peerless abandonne la construction automobile en 1931. Bucciali perd ainsi un débouché potentiel au moment même où le contexte économique international devient de plus en plus défavorable aux projets automobiles coûteux et expérimentaux.

1930 : le Double Huit pousse l’ambition technique à son maximum

En 1930, Bucciali présente le Double Huit, l’un de ses démonstrateurs les plus marquants. Le véhicule illustre la volonté des frères de dépasser le cadre des automobiles légères de leurs débuts pour se positionner sur des créations de très grand prestige. Ses proportions inhabituelles et son architecture à traction avant lui donnent une présence très éloignée des premières Buc du début de la décennie.

Le Double Huit résume cependant aussi les limites du projet Bucciali. La marque sait attirer l’attention par l’audace de ses solutions et par la mise en scène de ses automobiles, mais elle ne dispose pas des moyens industriels nécessaires pour transformer ces prototypes en une production régulière. Son développement dépend toujours de commandes ponctuelles ou d’un éventuel accord avec un constructeur plus puissant.

1931 : la TAV 8-32 puis la Flèche d’Or constituent l’aboutissement de Bucciali

Au début des années 1930, Bucciali atteint son sommet avec les évolutions de la TAV et surtout avec l’automobile connue sous le nom de Flèche d’Or. Réalisée autour d’un châssis à traction avant et équipée d’un moteur V12 Voisin, cette grande voiture reçoit une carrosserie dessinée dans le style spectaculaire associé au carrossier Saoutchik.

La Flèche d’Or devient la réalisation la plus célèbre de la marque parce qu’elle réunit dans une même automobile les deux dimensions essentielles de Bucciali : une recherche mécanique atypique et une volonté de créer des carrosseries très basses, longues et théâtrales. Elle représente moins le point de départ d’une gamme que l’aboutissement d’une décennie d’expérimentations.

1932 : la crise économique met fin à l’aventure automobile Bucciali

La situation financière et industrielle de Bucciali devient rapidement intenable. Les frères n’ont pas réussi à obtenir les investissements ou les accords de licence capables de donner une véritable échelle commerciale à leurs innovations. La crise économique du début des années 1930 réduit encore les possibilités de financement et la demande pour des automobiles aussi coûteuses et marginales.

L’activité automobile cesse à la fin de 1932 ou au début de 1933 selon les sources. Bucciali ne connaît ensuite ni rachat structurant ni relance durable comme constructeur. La marque reste donc associée à une période très courte de l’histoire automobile française, mais ses prototypes à traction avant et la Flèche d’Or ont assuré sa postérité. Quelques automobiles et châssis survivants, restaurés ou conservés, témoignent aujourd’hui de cette tentative singulière de faire de l’innovation technique et du grand style une alternative à la production automobile traditionnelle.