
Darmont est un constructeur français de cyclecars né au lendemain de la Première Guerre mondiale autour de Roger Darmont et de son frère André. Son histoire est étroitement liée aux trois-roues britanniques de Morgan, d’abord distribués puis fabriqués sous licence en France avant que Darmont ne développe des modèles plus personnels. Installée à Courbevoie, la marque bâtit une grande partie de sa réputation sur des voitures légères et sportives ainsi que sur la compétition. Le Darmont Spécial symbolise son émancipation technique au cours des années 1920, tandis que le passage tardif aux quatre roues avec le V Junior ne suffit pas à enrayer son déclin. La production cesse en 1939 et ne reprend pas après la Seconde Guerre mondiale.
1919 : Darmont commence par diffuser les Morgan en France
L’origine de Darmont ne correspond pas à la création immédiate d’un constructeur automobile indépendant. À la fin des années 1910, les petits véhicules à trois roues de Morgan bénéficient déjà d’une certaine notoriété en France, notamment grâce à leurs performances en compétition. Leur faible poids et leur conception simple correspondent aussi parfaitement au développement du marché des cyclecars, favorisé en France par une fiscalité avantageuse au début des années 1920.
En 1919, les documents disponibles font apparaître R. Darmont associé à L. Baudelocque comme agent général de Morgan pour la France et ses colonies. Cette activité commerciale constitue le véritable point de départ de l’aventure. Roger Darmont, dont le prénom apparaît parfois sous la forme Robert dans certaines sources secondaires, se fait progressivement une place dans le petit milieu français des cyclecars. Son frère André joue également un rôle important dans les débuts de l’entreprise, en particulier par son engagement en compétition.
À ce stade, Darmont n’est donc pas encore une marque française totalement autonome. Les frères Darmont connaissent avant tout les produits britanniques, leur clientèle et leur potentiel sportif. Cette expérience va leur permettre de passer rapidement du rôle de distributeurs à celui de fabricants.
1922 : les frères Darmont fabriquent des Morgan sous licence à Courbevoie
En 1922, l’activité change de dimension lorsque Roger et André Darmont obtiennent la commercialisation et la fabrication sous licence des Morgan en France. Les voitures sont assemblées dans leur atelier situé rue Jules-Ferry à Courbevoie. Darmont ne se contente plus d’importer un produit britannique : l’entreprise entre réellement dans la construction automobile.
Les premiers véhicules restent très proches des modèles conçus en Angleterre. Ils reposent sur la même formule caractéristique, avec deux roues avant, une roue arrière et un moteur bicylindre en V monté à l’avant. La simplicité mécanique et la légèreté permettent de proposer des machines rapides sans recourir à de grosses cylindrées.
Roger Darmont apporte néanmoins progressivement ses propres modifications. Certaines visent à simplifier l’entretien, notamment le montage de la roue arrière, particulièrement important sur ce type de véhicule. À partir de 1923 environ, le nom Darmont-Morgan s’affirme davantage dans la communication et sur les véhicules eux-mêmes. Cette appellation traduit bien la situation de l’époque : Darmont possède désormais une véritable activité industrielle française, mais sa production reste directement issue de la conception Morgan.
La compétition accélère cette montée en puissance. André Darmont et d’autres pilotes engagent les trois-roues dans de nombreuses épreuves françaises, où leur rapport poids-puissance fait merveille. Une victoire au Grand Prix de France des cyclecars organisé à Montlhéry en 1924 illustre cette période. Pour l’entreprise de Courbevoie, ces courses ne servent pas uniquement à constituer un palmarès : elles démontrent les performances des machines et renforcent leur crédibilité auprès d’une clientèle attirée par les automobiles sportives abordables.
1925 : le Darmont Spécial donne à la marque une identité propre
Le véritable tournant technique intervient en 1925 avec l’apparition du prototype qui donnera naissance au Darmont Spécial. Présenté en compétition cette année-là, puis annoncé pour la commercialisation à la fin de 1926 avant les premières livraisons en 1927, ce modèle marque une rupture avec la simple adaptation française du Morgan.
Le Spécial conserve l’architecture à trois roues qui a fait la réputation de Darmont, mais sa conception évolue sensiblement. Sa carrosserie est plus basse et plus profilée, tandis que le moteur bicylindre en V d’environ 1,1 litre est développé pour répondre aux exigences de performances de la marque. L’ensemble reste extrêmement léger, ce qui permet d’obtenir des accélérations et des vitesses élevées avec une mécanique relativement simple.
Cette voiture représente surtout l’émancipation de Darmont par rapport à son partenaire britannique. La filiation avec Morgan demeure évidente, mais le constructeur de Courbevoie possède désormais un modèle dont le développement, l’apparence et le positionnement sportif lui appartiennent beaucoup plus directement.
Le Spécial devient également le principal instrument de la réputation sportive de Darmont. À la fin des années 1920, des versions préparées participent à des courses de côte, à des épreuves de vitesse et à des tentatives de records. Un record de catégorie établi en 1928 à plus de 152 km/h donne une idée du niveau atteint par ces machines très légères. Les publicités de l’époque annoncent elles aussi des vitesses proches de 150 km/h pour le Spécial, une valeur qu’il convient toutefois de considérer comme une revendication commerciale plutôt que comme la performance garantie de chaque exemplaire de série.
1933 : Darmont tente d’adapter le trois-roues à un marché qui change
Au début des années 1930, la situation devient plus difficile. Le cyclecar avait prospéré dans un contexte où le faible coût d’achat, les taxes réduites et la simplicité mécanique constituaient des arguments décisifs. Mais les petites automobiles classiques progressent rapidement. Plus confortables, mieux équipées et plus faciles à utiliser au quotidien, elles réduisent progressivement l’intérêt commercial des trois-roues très dépouillés.
Darmont fait alors évoluer sa formule historique plutôt que de l’abandonner immédiatement. Vers 1933 apparaît l’Étoile de France, qui recherche un compromis moins radical que le Spécial. L’objectif n’est plus seulement de séduire les amateurs de performances, mais aussi de rendre les trois-roues Darmont plus accessibles à une utilisation routière ordinaire.
Cette évolution se poursuit avec l’Aéroluxe, introduit en 1934. Le modèle reçoit notamment des équipements comme une marche arrière et un démarreur électrique. Ces choix témoignent de la volonté de moderniser le concept et de corriger certains de ses défauts pratiques. Ils révèlent aussi les limites auxquelles Darmont est désormais confronté : pour continuer à vendre son trois-roues, la marque doit lui apporter des commodités devenues courantes sur les véritables petites voitures.
1935 : le V Junior fait passer Darmont aux quatre roues
En 1935, Darmont franchit une étape beaucoup plus profonde avec le développement du V Junior. Le constructeur abandonne pour ce modèle l’architecture à trois roues qui avait défini son identité depuis ses débuts et adopte une configuration automobile classique à quatre roues.
Le changement est important sur le plan industriel comme sur le plan commercial. Darmont conserve l’esprit d’une voiture légère et sportive ainsi qu’un moteur bicylindre en V proche de 1 100 cm³, mais cherche désormais à affronter plus directement les petites automobiles produites par des constructeurs disposant de moyens industriels supérieurs. Le V Junior montre ainsi que Roger Darmont a pris conscience de l’épuisement progressif du marché traditionnel du cyclecar.
Cette reconversion arrive toutefois tardivement. Les années 1930 voient se généraliser des voitures conventionnelles de petite cylindrée capables d’offrir quatre roues, davantage de protection, un équipement plus complet et une utilisation quotidienne moins contraignante. Darmont ne possède ni les volumes de production ni les ressources des grands constructeurs pour rivaliser durablement sur ce nouveau terrain. Le V Junior constitue donc davantage une tentative de survie et de transformation qu’un nouveau départ pour l’entreprise.
1939 : la Seconde Guerre mondiale met fin à la production Darmont
À la fin des années 1930, Darmont est déjà fragilisé par le déclin du marché qui avait assuré son développement. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 interrompt définitivement son activité automobile. Certaines sources décrivent cette disparition comme une faillite, mais les éléments historiques disponibles permettent surtout d’établir avec certitude que l’entreprise, déjà en difficulté, cesse alors de produire et ne retrouvera plus d’activité de constructeur.
Il n’existe pas dans l’histoire de Darmont de rachat majeur par un grand groupe automobile ni de succession de propriétaires ayant prolongé l’entreprise sous une nouvelle identité. La marque reste essentiellement liée à Roger Darmont, à son frère André durant les premières années, puis à l’atelier de Courbevoie qui a progressivement transformé une licence britannique en une production française possédant ses propres caractéristiques.
Après la guerre, aucune véritable relance industrielle n’a lieu. Darmont disparaît donc du marché automobile après une existence concentrée sur l’entre-deux-guerres. La marque subsiste aujourd’hui uniquement à travers les véhicules conservés par des collectionneurs, les rassemblements consacrés aux cyclecars et les exemplaires historiques qui témoignent de cette période particulière de l’automobile française.
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