
Dellow est une petite marque automobile britannique née dans l’immédiat après-guerre autour de Ken Delingpole et Ron Lowe, près de Birmingham. Sa trajectoire est étroitement liée aux trials, ces épreuves britanniques où légèreté, motricité et robustesse comptaient davantage que la puissance pure. À partir d’une voiture construite pour la compétition, les deux hommes développent une gamme de sportives légères utilisables sur route, dont la réputation culmine au début des années 1950 avant qu’une concurrence plus spécialisée et la faiblesse des volumes n’entraînent le déclin de l’entreprise.
1946 : Ken Delingpole et Ron Lowe posent les bases de Dellow
L’histoire commence en 1946 à Alvechurch, dans les environs de Birmingham. Ken Delingpole et Ron Lowe développent alors une activité de préparation automobile issue de Delson & Co. Le nom Dellow est formé à partir de leurs deux patronymes, signe du caractère très personnel de cette entreprise encore artisanale.
Le contexte britannique de l’après-guerre favorise ce type d’initiative. Les voitures neuves et les matières premières restent difficiles à obtenir, tandis qu’une importante culture de la compétition amateur encourage la transformation de mécaniques existantes. Delingpole et Lowe s’inscrivent précisément dans cet environnement, en cherchant à construire des automobiles simples, légères et efficaces plutôt qu’à rivaliser avec les grands constructeurs généralistes.
1947 : « The Flipper » définit la formule technique de la marque
En 1947, Ron Lowe réalise pour son propre usage une voiture de trial bientôt surnommée The Flipper. Elle repose sur des éléments de châssis provenant d’une Austin Seven et reçoit une mécanique Ford. Son efficacité en compétition convainc les deux associés que cette architecture peut servir de base à une petite production.
Cette voiture constitue le véritable prototype de la Dellow. Elle établit les principes qui resteront au cœur des premiers modèles : poids réduit, mécanique relativement simple, garde au sol et motricité adaptées aux trials, le tout dans une automobile suffisamment polyvalente pour être utilisée sur route. Les premières voitures dérivées de cette formule sont rapidement construites pour d’autres clients et concurrents.
1949 : la Mk I transforme le projet artisanal en petite production
La Dellow Mk I marque le passage de la préparation ponctuelle à une véritable activité de constructeur. Sa production débute autour de 1949, avant que l’entreprise ne puisse, à partir de 1950, assembler ses voitures avec davantage de composants neufs et un châssis conçu spécifiquement pour elles.
Ce châssis léger, dont certains tubes proviennent de surplus disponibles après la guerre, permet à Dellow de conserver l’agilité qui avait fait le succès des prototypes de trial. La Mk I fixe ainsi l’identité de la marque : une sportive britannique dépouillée et légère, conçue avec la compétition comme laboratoire mais destinée aussi à un usage routier. Cette dualité devient son principal argument auprès d’une clientèle d’amateurs de sport automobile.
1951 : la Mk II et les trials portent Dellow à son apogée
En 1951, la Mk II apporte une évolution importante avec l’adoption d’une suspension arrière à ressorts hélicoïdaux. Cette amélioration ne constitue pas une rupture avec la philosophie initiale, mais elle montre que Dellow cherche à faire progresser son châssis au rythme de son engagement sportif.
La même année représente l’un des sommets de l’histoire de la marque. Walter Waring remporte le RAC Trials Championship au volant d’une WHW-Dellow Special et la production atteint son niveau le plus élevé, avec 72 voitures construites selon les archives du Dellow Register. Les résultats en trial jouent alors un rôle direct dans la notoriété du constructeur : Dellow vend des automobiles dont les qualités sont démontrées dans les épreuves auxquelles participent ses clients.
1952 : la Mk III tente d’élargir la clientèle
Avec la Mk III lancée en 1952, Dellow cherche à dépasser le cadre très étroit de la voiture de trial. Son empattement allongé et sa configuration 2+2 lui donnent une vocation plus routière, sans abandonner complètement les caractéristiques qui ont fait connaître la marque.
Cette diversification intervient alors que Dellow bénéficie encore d’une solide réputation en compétition. La victoire au classement général du Daily Express Rally cette même année renforce l’image d’une voiture capable de se montrer performante dans d’autres disciplines que le trial. L’entreprise tente ainsi de transformer son prestige sportif en débouchés commerciaux plus larges, mais ses moyens restent ceux d’un constructeur de très petite série.
1954 : la Mk V répond à une compétition devenue plus spécialisée
Au milieu des années 1950, le marché qui avait favorisé Dellow commence à évoluer. Les trials voient apparaître des machines de plus en plus spécialisées, tandis qu’une voiture conçue pour rester utilisable sur route devient moins compétitive face à des engins développés presque exclusivement pour la course. Cette évolution fragilise directement la position de la marque.
La Mk V, introduite en 1954, constitue sa réponse technique la plus ambitieuse. Inspirée d’une voiture légère développée pour Tony Marsh, elle reçoit notamment une suspension à ressorts hélicoïdaux aux quatre roues et adopte une mécanique Ford plus récente. Elle témoigne de la volonté de Dellow de rester compétitif, mais ces progrès ne suffisent pas à inverser la tendance commerciale.
1956 : la baisse des ventes conduit à un changement de propriétaire
Les difficultés deviennent manifestes en 1955, année durant laquelle les ventes tombent à seulement quinze voitures malgré des efforts de promotion, notamment aux États-Unis. Le faible volume de production rend la poursuite de l’activité de plus en plus difficile face à l’évolution du marché et à la spécialisation de la compétition.
Au début de 1956, Ken Delingpole et Ron Lowe cèdent finalement l’affaire à Neville Nightingale. Celui-ci crée Dellow Engineering Ltd et transfère l’activité à Oldbury. Ce changement met fin à la période fondatrice de la marque et ouvre une tentative de relance sous une nouvelle direction.
1957 : la Mk VI ne parvient pas à relancer durablement Dellow
Sous Dellow Engineering, une nouvelle génération est développée avec la Mk VI. Elle s’éloigne davantage des premières Dellow par son nouveau châssis-échelle et sa carrosserie enveloppante en aluminium. L’objectif est de moderniser la voiture et de lui donner une présence plus adaptée à la fin des années 1950.
Cette évolution arrive toutefois trop tard pour reconstruire une activité viable. Les Dellow restent proposées jusqu’en 1959, puis l’entreprise se concentre essentiellement sur les pièces et les services destinés aux propriétaires existants, une activité qui se prolonge approximativement jusqu’en 1960. La production automobile disparaît alors sans véritable relance ultérieure. Les chiffres globaux de fabrication restent discutés selon les sources, mais tous confirment le caractère très limité de cette production. Dellow demeure ainsi le témoignage d’une période particulière de l’industrie britannique, lorsque de petits constructeurs pouvaient transformer une réussite en compétition amateur en une véritable, mais brève, aventure automobile.
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