
Gilbern est un constructeur automobile gallois né à la fin des années 1950 près de Pontypridd, au pays de Galles. Fondée par Giles Smith et Bernard Friese, la marque s’est spécialisée dans de petits coupés sportifs à carrosserie en fibre de verre, produits à une échelle artisanale puis progressivement plus ambitieuse. Son histoire, concentrée sur une quinzaine d’années, est marquée par trois familles de modèles, la GT, la Genie et l’Invader, mais aussi par un besoin récurrent de capitaux qui entraîne plusieurs changements de propriétaire avant la disparition de l’entreprise au début des années 1970.
1959 : Giles Smith et Bernard Friese donnent naissance à Gilbern
L’origine de Gilbern repose sur la rencontre de deux profils très différents. Giles Smith, boucher installé au pays de Galles et passionné d’automobile, souhaite disposer d’une voiture sportive correspondant à ses goûts. Il fait appel à Bernard Friese, ingénieur allemand possédant une expérience de la construction en fibre de verre. Leur collaboration aboutit à un premier prototype réalisé dans un atelier situé derrière la boucherie de Smith, à Church Village, près de Pontypridd.
Le résultat convainc suffisamment ses créateurs pour dépasser le cadre d’un exemplaire unique. Le nom Gilbern associe d’ailleurs leurs deux prénoms, Giles et Bernard. L’entreprise qui en découle se distingue immédiatement par une formule adaptée aux moyens d’un petit constructeur britannique : une carrosserie légère en fibre de verre, des composants mécaniques déjà éprouvés et une fabrication en petite série. Cette approche permet à Gilbern d’entrer sur le marché des voitures de sport sans disposer des ressources industrielles d’un grand groupe.
1961 : la Gilbern GT fait passer le projet à la production
En 1961, l’activité prend une dimension plus structurée avec l’installation de la production à Llantwit Fardre, toujours dans la région de Pontypridd. La Gilbern GT devient alors le premier véritable modèle de la marque. Ce coupé 2+2 conserve la construction en fibre de verre qui avait rendu possible le projet initial et s’inscrit dans la tradition britannique des petites voitures sportives fabriquées avec des éléments mécaniques provenant de fournisseurs établis.
Une partie importante des premières voitures est proposée sous forme de kit, une formule alors attractive au Royaume-Uni pour les constructeurs à faibles volumes. Gilbern améliore progressivement la GT et fait évoluer ses motorisations au fil de sa carrière. Cette première génération établit l’identité de la marque : une voiture de sport relativement légère, produite artisanalement mais conçue comme un véritable modèle routier plutôt que comme un simple prototype de passionné.
1965 : la reconnaissance de la SMMT crédibilise le petit constructeur gallois
L’admission de Gilbern à la Society of Motor Manufacturers and Traders en 1965 constitue une étape importante pour une entreprise de cette taille. Elle permet notamment à la marque de participer au British International Motor Show d’Earls Court aux côtés de constructeurs beaucoup plus établis. Gilbern gagne ainsi en visibilité et en légitimité dans une industrie britannique alors particulièrement riche en petits fabricants spécialisés.
Cette reconnaissance intervient au moment où les ambitions de l’entreprise commencent à dépasser les limites de la première GT. Pour poursuivre son développement, Gilbern doit proposer une automobile plus moderne, plus confortable et mieux adaptée à une clientèle recherchant une véritable grand tourisme plutôt qu’un petit coupé artisanal.
1966 : la Genie fait entrer Gilbern dans une catégorie supérieure
Présentée au milieu des années 1960, la Gilbern Genie marque une nette montée en gamme. Plus grande et plus ambitieuse que la GT, elle repose sur une conception destinée à offrir davantage de performances et de confort. Gilbern adopte notamment le V6 Essex fourni par Ford, disponible dans différentes cylindrées selon les versions. Le recours à ce moteur donne au constructeur une mécanique plus puissante sans l’obliger à développer son propre groupe motopropulseur.
La Genie représente donc davantage qu’un simple remplacement de modèle. Elle traduit la volonté de Gilbern de devenir un fabricant de GT plus abouties, capables de se positionner au-dessus des premières productions en kit. Cette évolution accroît toutefois les besoins financiers et industriels de l’entreprise. La croissance du produit ne s’accompagne pas d’une transformation comparable des moyens disponibles, ce qui rend la question du financement de plus en plus importante.
1968 : la vente à Ace Capital Holdings éloigne Gilbern de ses fondateurs
En 1968, les besoins en capitaux conduisent Giles Smith et Bernard Friese à céder Gilbern à Ace Capital Holdings. Le changement de contrôle constitue une rupture majeure : la marque conserve son activité automobile, mais elle n’est plus dirigée durablement par le tandem à l’origine du projet. Giles Smith quitte rapidement l’entreprise, tandis que Bernard Friese s’en éloigne à son tour environ un an plus tard.
Cette période ouvre une phase plus instable sur le plan de la propriété. Gilbern reste un constructeur de petite taille et doit financer le développement de nouveaux modèles tout en maintenant une production peu industrialisée. Le départ de ses fondateurs transforme donc autant la gouvernance que l’identité de l’entreprise, désormais dépendante de propriétaires extérieurs pour assurer sa continuité.
1969 : l’Invader devient l’aboutissement de la gamme Gilbern
La Gilbern Invader, apparue en 1969, succède à la Genie et représente la forme la plus aboutie de la formule développée par la marque. Toujours animée par un V6 Ford, elle améliore la présentation, l’équipement et le raffinement général. Gilbern cherche alors à s’éloigner davantage encore de l’image d’une voiture simplement assemblée en petite série pour proposer une véritable grand tourisme britannique.
L’Invader devient le dernier modèle majeur de Gilbern et connaît plusieurs évolutions. Une rare version Estate élargit même brièvement la gamme, preuve que l’entreprise tente de diversifier son offre sans abandonner sa base technique. Cette montée en sophistication améliore le produit, mais elle augmente aussi les coûts à un moment où la structure financière de Gilbern reste fragile.
1972 : l’Invader Mk III accompagne les dernières années de la marque
Après le passage d’Ace Capital Holdings sous le contrôle de Mecca Ltd, Gilbern connaît encore plusieurs changements de propriétaire. Maurice Collins prend le contrôle de l’entreprise avant que Mike Leather ne lui succède en 1972. La même période voit apparaître l’Invader Mk III, évolution profondément remaniée du modèle et désormais commercialisée uniquement comme voiture assemblée en usine.
Ce repositionnement intervient dans un environnement devenu défavorable aux petits constructeurs. Les coûts augmentent et les avantages dont bénéficiaient les voitures vendues en kit s’amenuisent, notamment avec l’évolution de la fiscalité britannique et l’application de la TVA. Pour une entreprise produisant de faibles volumes, ces contraintes aggravent une situation déjà difficile.
La production s’interrompt pratiquement en 1973. Les sources divergent légèrement sur la date précise de disparition de l’entreprise : certaines retiennent 1973 comme fin de la production, tandis que l’histoire conservée par les spécialistes de la marque fait état d’une ultime tentative de poursuite de l’activité avant un arrêt définitif en mars 1974. Gilbern ne sera ensuite pas relancée comme constructeur automobile. La marque demeure aujourd’hui associée à ses GT en fibre de verre et à une période singulière de l’industrie galloise, tandis que les voitures survivantes sont préservées par des collectionneurs, des clubs de propriétaires et des institutions patrimoniales.
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