
Hopium est une jeune entreprise française née à la fin des années 2010 autour d’une ambition précise : développer une automobile électrique haut de gamme alimentée par une pile à combustible hydrogène. Fondée par l’ancien pilote Olivier Lombard, la marque s’est fait connaître avec la Machina, une berline dont les performances annoncées et le positionnement ambitieux ont rapidement attiré l’attention. Son histoire automobile reste toutefois courte et mouvementée. Après plusieurs années consacrées aux prototypes et à la préparation d’une industrialisation, les difficultés financières ont conduit Hopium à abandonner progressivement son projet de voiture de série pour concentrer son activité sur les systèmes de piles à combustible.
2011 : Olivier Lombard construit son expérience dans la compétition et l’hydrogène
L’histoire de Hopium commence avant la création de la société, avec le parcours de son fondateur. En 2011, Olivier Lombard remporte la catégorie LMP2 des 24 Heures du Mans avec Greaves Motorsport. Cette victoire ne constitue pas un résultat sportif de Hopium, qui n’existe pas encore, mais elle joue un rôle important dans le parcours de celui qui donnera naissance à la marque.
Dans les années suivantes, Lombard s’intéresse aux technologies hydrogène appliquées à la compétition et participe au développement de prototypes équipés de cette énergie. Cette expérience contribue à faire émerger l’idée d’une voiture routière combinant propulsion électrique, pile à combustible et ambitions de hautes performances. Hopium naîtra ainsi moins d’une tradition industrielle automobile que de la volonté de transformer une expérience technique acquise en compétition en projet de constructeur.
2019 : Hopium est fondée à Paris autour d’une berline à hydrogène
La société Hopium est constituée en octobre 2019 puis immatriculée à Paris en novembre. Olivier Lombard en est le fondateur. Le projet repose dès l’origine sur le développement d’une automobile électrique à pile à combustible hydrogène, avec l’objectif de proposer une alternative aux voitures électriques à batterie sur le segment haut de gamme.
Hopium doit alors tout construire : sa technologie, son équipe d’ingénierie, son prototype et, à terme, son outil industriel. La société choisit rapidement de chercher des financements sur les marchés. Elle devient une société anonyme en 2020 et ses actions sont admises sur Euronext Access à la fin de cette même année. Cette cotation intervient alors que Hopium se trouve encore dans une phase de recherche et développement, sans voiture de série commercialisée.
2021 : l’Alpha 0 transforme le projet Hopium en prototype roulant
En juin 2021, Hopium franchit une étape essentielle en dévoilant l’Alpha 0, son premier prototype roulant. Testé notamment sur le circuit de Linas-Montlhéry, il doit démontrer que le projet ne se limite plus à des images de synthèse et que l’architecture électrique à hydrogène peut être intégrée dans une automobile fonctionnelle. Hopium annonce alors avoir atteint environ 200 km/h lors de ses essais.
La marque ouvre parallèlement les premières réservations de la future Machina. Mille exemplaires numérotés peuvent être réservés moyennant un versement de 410 euros. Cette opération donne à Hopium une visibilité nouvelle et lui permet de commencer à mesurer l’intérêt du public pour son projet, sans constituer pour autant le lancement commercial d’une voiture homologuée et prête à être produite.
2022 : la Machina Vision porte les ambitions automobiles à leur sommet
L’année 2022 représente le point culminant de la première période d’Hopium. La société, désormais cotée sur Euronext Growth Paris, présente la Machina Vision et expose son concept au Mondial de l’Automobile de Paris. La berline doit incarner la vision d’une automobile française haut de gamme à hydrogène, avec une puissance annoncée autour de 500 ch et une autonomie cible proche de 1 000 km.
Ces valeurs correspondent toutefois aux objectifs fixés pour le futur véhicule de série et non aux caractéristiques homologuées d’un modèle commercialisé. La Machina reste à ce stade un programme de développement. Son importance historique tient davantage à ce qu’elle représente : elle devient le produit autour duquel Hopium construit son image, recrute, recherche des partenaires et prépare son passage du prototype à l’industrie.
Cette ambition prend une dimension particulièrement concrète en septembre lorsque Hopium choisit Douains, dans l’Eure, pour établir son premier grand site industriel. Le projet annoncé porte sur un terrain de 35 hectares et prévoit à terme une capacité pouvant atteindre 20 000 véhicules par an. Quelques semaines plus tard, Crédit Agricole Consumer Finance signe avec Hopium un protocole d’accord évoquant une commande prévisionnelle de 10 000 voitures. Il s’agit d’une perspective commerciale importante, mais non de 10 000 véhicules déjà vendus ou produits.
2023 : les difficultés financières imposent un changement de trajectoire
Le développement simultané d’une automobile, d’une pile à combustible et d’un outil industriel exige des ressources considérables. Dès le début de 2023, Hopium commence à revoir ses priorités. La société distingue davantage son activité automobile de son savoir-faire technologique et met en avant la possibilité de commercialiser sa pile à combustible auprès d’autres acteurs de la mobilité.
Le changement devient beaucoup plus profond en juillet 2023 lorsque le Tribunal de commerce de Paris place Hopium en redressement judiciaire. Cette procédure ne signifie pas la disparition ou la liquidation immédiate de l’entreprise, mais elle marque la fin du scénario de croissance envisagé en 2022. La priorité devient désormais la survie de la société et la valorisation des technologies déjà développées.
En septembre, Olivier Lombard quitte ses fonctions dirigeantes et son mandat d’administrateur. Son départ de la gouvernance opérationnelle constitue une rupture symbolique majeure : l’entreprise entre dans une nouvelle phase, moins centrée sur la vision personnelle de son fondateur et davantage orientée vers une restructuration financière et industrielle.
2024 : la pile à combustible devient le véritable produit d’Hopium
En 2024, le changement de métier devient visible. Hopium concentre ses efforts sur une pile à combustible d’environ 100 kW et poursuit des essais sur banc puis sur route. La Machina n’est plus traitée comme le futur produit commercial autour duquel toute l’entreprise doit s’organiser. Elle sert notamment de support de développement et de démonstrateur pour la technologie hydrogène.
Cette évolution inverse le projet initial. À l’origine, Hopium développait une pile à combustible pour permettre la naissance de sa voiture. Désormais, la voiture sert à éprouver une pile destinée à être proposée dans d’autres applications. L’entreprise vise progressivement des secteurs professionnels où des systèmes hydrogène de forte puissance peuvent présenter un intérêt, notamment la mobilité lourde, le maritime ou certaines applications industrielles.
En décembre, Hopium inaugure à Saint-Bonnet-de-Mure, près de Lyon, un nouveau site regroupant recherche, prototypage, essais et assemblage. Ce site, beaucoup plus adapté à une activité technologique que le vaste projet automobile annoncé auparavant en Normandie, matérialise la transformation de l’entreprise.
2025 : le projet Machina s’arrête tandis qu’Hopium commercialise sa technologie
Après près de vingt mois de procédure, un plan de redressement est arrêté en mars 2025 afin de permettre à Hopium de poursuivre son activité. La société n’est donc pas rachetée par un grand constructeur et n’est pas liquidée. Elle continue sous sa propre identité, mais avec un modèle économique profondément différent de celui imaginé à sa création.
Le sort de la Machina devient définitivement plus clair en septembre 2025, lorsque Hopium met en œuvre le remboursement des clients ayant participé aux préventes. Ce remboursement constitue le jalon le plus net de l’abandon du programme commercial de la berline. La Machina peut continuer à avoir une fonction de démonstrateur technologique, mais elle n’est plus destinée à devenir la voiture de série annoncée quelques années auparavant.
Dans le même temps, Hopium réalise sa première vente d’un système de pile à combustible de 200 kW destiné au secteur maritime. Cette opération illustre concrètement le passage de l’entreprise du statut de candidat constructeur automobile à celui de fournisseur de technologies hydrogène.
2026 : Hopium poursuit son redressement comme spécialiste des systèmes hydrogène
En 2026, une nouvelle évolution de gouvernance accompagne cette transformation. Stéphane Rabatel quitte la direction, Pascal Ghoson devient président du conseil d’administration et Thomas Picquette prend la fonction de directeur général. L’entreprise reconnaît parallèlement que le marché de l’hydrogène se développe plus lentement que prévu et adapte une nouvelle fois sa stratégie.
Le 28 juillet 2026, le Tribunal des activités économiques de Paris approuve un plan de redressement modifié. Hopium cherche désormais à développer ses revenus autour des piles à combustible, de l’intégration de systèmes, de l’ingénierie et de projets menés avec des partenaires industriels. Son financement continue notamment de reposer sur des mécanismes susceptibles d’entraîner une forte dilution du capital, sans qu’il soit pour autant exact de parler d’un rachat de l’entreprise par son financeur.
La société Hopium existe donc toujours, mais elle n’est plus engagée dans l’industrialisation de sa propre berline à hydrogène. La Machina reste le modèle emblématique de son histoire automobile, tandis que la technologie conçue pour la faire fonctionner constitue désormais le cœur de l’activité de l’entreprise.
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