
Kieft Cars est une marque britannique de compétition née dans l’immédiat après-guerre autour de l’industriel gallois Cyril Kieft. Issue d’une entreprise métallurgique fondée au pays de Galles, elle se tourne vers l’automobile au début des années 1950 et acquiert rapidement une réputation dans les petites monoplaces de Formule 3 de 500 cm³. Associée aux débuts de Stirling Moss puis aux succès de Don Parker, Kieft tente ensuite de passer à des catégories supérieures et aux voitures de sport, avant de perdre son indépendance et de disparaître comme constructeur au début des années 1960.
1946 : Cyril Kieft fonde son entreprise industrielle au pays de Galles
L’histoire de Kieft commence à Bridgend, au pays de Galles, où Cyril Kieft crée en 1946 Cyril Kieft & Co. L’activité d’origine n’est pas la construction automobile : l’entreprise travaille dans l’outillage, le forgeage et l’emboutissage. Cette base industrielle fournit cependant à son fondateur les compétences et les moyens nécessaires pour s’intéresser quelques années plus tard à la fabrication de voitures de compétition.
La naissance de Kieft Cars doit donc être distinguée de celle de la première société de Cyril Kieft. La structure industrielle existe dès 1946, mais la production automobile sous le nom Kieft ne prend véritablement forme qu’au tournant des années 1950.
1950 : la reprise du projet Marwyn lance Kieft dans la compétition
Le passage à l’automobile intervient en 1950, lorsque Cyril Kieft récupère des éléments provenant de Marwyn, petit constructeur engagé dans la nouvelle catégorie des monoplaces de 500 cm³. Ces voitures légères et relativement accessibles connaissent alors un fort développement au Royaume-Uni et constituent une excellente porte d’entrée vers le sport automobile.
De cette base naît la première monoplace Kieft, généralement désignée comme la Mk I. Dès novembre 1950, la marque cherche à démontrer ses capacités par une opération de records à Montlhéry. Plusieurs pilotes, dont Stirling Moss, participent à l’établissement de treize records internationaux. Plus que leur valeur statistique, ces performances permettent à un constructeur encore très jeune de se faire connaître dans le milieu de la course britannique.
1951 : Kieft Car Construction s’installe à Wolverhampton
En 1951, l’activité automobile prend une dimension plus structurée avec la création de Kieft Car Construction Ltd à Wolverhampton, en Angleterre. Stirling Moss et son manager Ken Gregory sont associés à l’entreprise comme administrateurs, signe des ambitions sportives de Cyril Kieft. La marque développe alors la CK51, une monoplace conçue spécifiquement pour la Formule 3 500 cm³.
La CK51 se distingue notamment par ses solutions de suspension et confirme rapidement son potentiel en compétition. Moss remporte une course à Goodwood avec la nouvelle voiture, tandis que Kieft devient l’un des adversaires les plus sérieux de Cooper, constructeur qui domine alors largement cette catégorie. Cette concurrence place Kieft au cœur d’une période particulièrement féconde de la monoplace britannique.
1952 : Don Parker installe Kieft parmi les références de la Formule 3
La progression de la marque se transforme en véritable réussite sportive avec Don Parker. En 1952, le pilote accumule les victoires au volant d’une Kieft et remporte le championnat britannique de Formule 3. Il renouvelle cette performance en 1953, saison durant laquelle il remporte une très grande partie des courses auxquelles il participe.
Ces résultats constituent l’apogée de Kieft. La compétition n’est pas seulement un moyen de promotion : elle représente alors l’activité centrale du constructeur et valide ses choix techniques face à des concurrents disposant d’une expérience comparable ou supérieure. La réputation acquise dans les 500 cm³ encourage Cyril Kieft à envisager des projets beaucoup plus ambitieux.
1953 : le projet de Grand Prix fait entrer Kieft dans une nouvelle dimension
En 1953, Kieft entreprend le développement d’une monoplace destinée au plus haut niveau international. Le projet est pensé autour du V8 Coventry-Climax Godiva, moteur conçu pour répondre à la nouvelle réglementation de la Formule 1 devant entrer en vigueur en 1954. Pour un constructeur de la taille de Kieft, cette initiative représente un saut considérable par rapport aux petites monoplaces de 500 cm³.
Le programme n’aboutit toutefois jamais en compétition à l’époque. Coventry-Climax renonce à fournir le moteur Godiva pour la Formule 1, ce qui prive Kieft de l’élément autour duquel la voiture avait été conçue. La monoplace reste ainsi un projet inachevé et symbolise les limites rencontrées par la marque lorsqu’elle tente de passer d’un constructeur spécialisé dans les petites voitures de course à un acteur des Grands Prix.
1954 : la Kieft 1100 ouvre la voie aux voitures de sport
Après ses succès en monoplace, Kieft cherche parallèlement à élargir son activité aux voitures de sport. La Kieft 1100, développée à partir de 1954, constitue le modèle le plus représentatif de cette diversification. Elle reçoit un moteur Coventry-Climax et une carrosserie légère en fibre de verre, matériau encore relativement novateur dans la construction de petites voitures sportives.
Ce changement d’orientation permet à Kieft de s’engager dans d’autres formes de compétition, notamment en endurance. Des voitures de la marque participent ainsi aux 24 Heures du Mans en 1955. Kieft ne parvient cependant pas à transformer cette diversification en activité industrielle durable. Les moyens nécessaires à la production de voitures de sport et à la poursuite simultanée de programmes de course deviennent difficiles à soutenir pour une entreprise de cette dimension.
1956 : le retrait de Cyril Kieft entraîne un changement de propriétaire
Au milieu des années 1950, Cyril Kieft se désengage progressivement de l’activité automobile. La chronologie exacte de cette transition varie légèrement selon les récits historiques, certains situant le processus dès 1954 ou 1955. Les actifs de Kieft Cars sont finalement repris par Berwyn Baxter en 1956, date qui marque la rupture la plus nette avec la période fondatrice.
L’activité est transférée de Wolverhampton vers Birmingham et s’oriente davantage vers la préparation et l’exploitation de voitures de compétition que vers le développement d’une véritable gamme de nouveaux modèles. Le changement de propriétaire ne produit donc pas une relance comparable aux premières années de la marque : il accompagne plutôt le recul progressif de Kieft comme constructeur indépendant.
1961 : la construction automobile Kieft s’éteint définitivement
Au début des années 1960, l’activité de construction sous la marque Kieft cesse définitivement. L’entreprise n’aura connu qu’une période automobile relativement brève, concentrée essentiellement sur la première moitié des années 1950, mais elle aura occupé une place visible dans l’essor des petites monoplaces britanniques de l’après-guerre.
Kieft Cars n’existe plus aujourd’hui comme constructeur automobile actif. Les exemplaires survivants sont principalement conservés, restaurés ou engagés dans des épreuves historiques. La monoplace de Grand Prix restée inutilisée dans les années 1950 a elle-même été restaurée et a finalement roulé en public en 2002, près d’un demi-siècle après l’abandon du programme qui devait constituer le sommet des ambitions de la marque.
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