
LEVC est aujourd’hui connue comme le constructeur du taxi londonien électrifié, mais son histoire plonge ses racines bien avant l’apparition du nom London EV Company. Elle résulte de la rencontre de deux traditions britanniques : celle de Mann & Overton, spécialiste du taxi londonien au début du XXe siècle, et celle de Carbodies, carrossier établi à Coventry. De cette filiation sont nés le FX3, le célèbre FX4 puis la famille TX, avant qu’une grave crise financière ne conduise au rachat de l’activité par Geely. Rebaptisée LEVC en 2017, l’entreprise a alors fait du taxi électrifié le point de départ d’une transformation plus large vers les véhicules électriques.
1908 : Mann & Overton pose les premières bases du taxi londonien spécialisé
L’histoire revendiquée par LEVC commence en 1908 à Londres avec J. J. Mann et Tom Overton. Leur activité est alors liée au commerce de taxis destinés à la capitale britannique, dont les véhicules doivent respecter des règles spécifiques imposées par les autorités londoniennes. Cette contrainte favorise très tôt le développement de voitures conçues spécialement pour le métier de taxi plutôt que de simples automobiles particulières adaptées après coup.
Cette date ne correspond toutefois pas à la fondation de LEVC au sens juridique. Elle constitue le point de départ de la lignée industrielle et commerciale dont l’entreprise actuelle se réclame. Une seconde branche apparaît en 1919 à Coventry lorsque Robert « Bobby » Jones fonde Carbodies. Spécialisée dans la fabrication de carrosseries pour d’autres constructeurs, cette société va progressivement devenir indispensable à la production des taxis londoniens.
1948 : le FX3 réunit Mann & Overton, Austin et Carbodies
Après la Seconde Guerre mondiale, la rencontre entre les deux histoires devient concrète. Mann & Overton fait développer un nouveau taxi en collaboration avec Austin, tandis que Carbodies se charge de fabriquer la carrosserie et d’assembler le véhicule à Coventry. Lancé en 1948, le FX3 établit une organisation industrielle qui va durablement structurer le secteur du taxi londonien.
Le rôle de Carbodies change alors de nature. L’entreprise n’est plus seulement un fournisseur parmi d’autres : elle acquiert une expérience très particulière dans la construction de véhicules destinés à un usage professionnel intensif et soumis aux exigences propres à Londres. Cette spécialisation prépare directement le modèle qui va faire entrer le constructeur dans l’imaginaire automobile britannique.
1958 : le FX4 transforme le black cab en icône
Présenté en 1958, le FX4 succède au FX3 et devient le véhicule le plus déterminant de cette première période. Sa silhouette, son habitacle pensé pour le transport professionnel et sa présence massive dans les rues de Londres finissent par l’associer presque immédiatement à l’image du « black cab ». Sa carrière exceptionnellement longue consolide aussi la spécialisation de Carbodies dans le taxi.
Au fil des décennies, la société récupère davantage de responsabilités industrielles autour du FX4. En 1971, elle reprend notamment l’assemblage de son châssis, puis finit par assurer la fabrication complète du véhicule au début des années 1980. Le taxi n’est dès lors plus une activité périphérique de Carbodies : il devient son produit central.
1984 : la filière du taxi londonien se regroupe sous Manganese Bronze
Carbodies est passée sous le contrôle de Manganese Bronze Holdings au début des années 1970, dans le contexte de la réorganisation des activités issues du groupe BSA. Une étape supplémentaire intervient en 1984 lorsque Manganese Bronze acquiert Mann & Overton. Le même ensemble contrôle désormais les principales fonctions liées au taxi londonien, depuis sa fabrication jusqu’à sa commercialisation.
Cette période voit se consolider l’identité de London Taxis International, souvent abrégée LTI. Les sources ne donnent pas toutes la même date à sa « création » : certaines retiennent 1985 pour la constitution opérationnelle de l’ensemble, tandis que la dénomination London Taxis International apparaît plus tard dans les restructurations juridiques. L’essentiel tient au mouvement industriel : à partir du milieu des années 1980, l’activité historique de Carbodies et celle de Mann & Overton sont réunies autour d’un constructeur spécialisé dans le taxi.
Le FX4 continue entre-temps d’évoluer. La version Fairway lancée en 1989 reçoit notamment une motorisation diesel Nissan et accompagne une amélioration de l’accessibilité, avec l’intégration d’une solution destinée aux fauteuils roulants. Cette évolution contribue à faire de l’accessibilité une caractéristique durable du taxi londonien moderne.
1997 : le TX1 remplace enfin l’architecture historique du FX4
Après près de quatre décennies dominées par les évolutions du FX4, LTI lance en 1997 le TX1. Le changement est majeur : pour la première fois depuis la fin des années 1950, le constructeur dispose d’un taxi entièrement renouvelé plutôt que d’une nouvelle évolution de l’ancien modèle. Le TX1 conserve les codes fonctionnels et visuels attendus d’un taxi londonien, mais il fait entrer la gamme dans une génération plus moderne.
Le TXII lui succède en 2002, puis le TX4 en 2007. Ces évolutions permettent notamment au constructeur de s’adapter au durcissement progressif des normes d’émissions. Elles ne modifient pas encore son modèle économique fondamental : l’entreprise reste extrêmement dépendante d’un véhicule très spécialisé et d’un marché professionnel limité, une fragilité qui va devenir déterminante au début des années 2010.
2006 : Geely entre dans l’histoire du constructeur londonien
En 2006, Manganese Bronze Holdings noue un partenariat avec le groupe chinois Geely afin de développer une production de taxis en Chine. Une coentreprise est mise en place pour fabriquer des véhicules à Shanghai destinés au marché chinois et à certains marchés d’exportation. Geely prend ensuite une participation minoritaire importante dans Manganese Bronze.
Cette coopération constitue le premier véritable mouvement d’internationalisation industrielle de l’entreprise. Elle permet aussi à Geely de connaître en profondeur l’activité britannique plusieurs années avant d’en devenir propriétaire. En 2010, le nom commercial The London Taxi Company est adopté, une manière de recentrer plus clairement l’identité de l’entreprise sur son produit historique alors que sa situation financière se dégrade.
2012 : la crise du TX4 précipite l’effondrement de Manganese Bronze
En 2012, l’entreprise traverse une crise décisive. Un problème affectant des composants de direction du TX4 impose un rappel de véhicules et provoque une interruption des ventes. Cet épisode intervient alors que Manganese Bronze est déjà fragilisée par des pertes répétées et de fortes tensions financières. Le problème technique agit donc davantage comme un déclencheur final que comme l’unique cause de l’effondrement.
Le 22 octobre 2012, Manganese Bronze Holdings entre en administration judiciaire. L’avenir de la fabrication du taxi londonien devient incertain jusqu’à l’intervention de Geely. En 2013, le groupe chinois rachète aux administrateurs l’activité et les principaux actifs liés au constructeur. Il ne s’agit pas juridiquement d’un simple rachat continu de Manganese Bronze : l’activité est reprise au sein d’une nouvelle structure britannique contrôlée par Geely.
Cette opération constitue la rupture la plus importante depuis l’apparition du FX4. Elle permet de maintenir l’activité à Coventry tout en donnant au constructeur les moyens financiers et techniques nécessaires pour préparer une génération de véhicules très différente.
2017 : London EV Company naît autour d’un nouveau taxi électrifié
Après le rachat, Geely engage un important programme de reconstruction industrielle. Une nouvelle usine accompagnée d’activités de recherche et développement est créée à Ansty, près de Coventry, avec pour objectif de produire une génération de véhicules électrifiés. Ce projet répond aussi à une transformation réglementaire majeure : Londres décide que les nouveaux taxis présentés pour une première licence à partir du 1er janvier 2018 devront être capables de circuler sans émissions à l’échappement sur une partie de leurs trajets.
En 2017, The London Taxi Company devient officiellement London EV Company, ou LEVC. Ce changement de nom traduit une ambition qui dépasse désormais la seule fabrication du black cab. Le nouveau TX est au cœur de cette transformation. Il utilise une propulsion électrique associée à une batterie et à un moteur essence servant de prolongateur d’autonomie. Ce choix permet au véhicule de fonctionner électriquement tout en conservant l’autonomie nécessaire à une utilisation professionnelle intensive.
Commercialisé au Royaume-Uni à partir de 2018, le TX coïncide avec l’entrée en vigueur des nouvelles règles londoniennes. Il constitue à la fois la renaissance industrielle du constructeur et le premier produit véritablement représentatif de LEVC. En 2020, le lancement du VN5, un utilitaire utilisant une technologie dérivée de celle du TX, concrétise ensuite la volonté de sortir progressivement de la dépendance exclusive au marché du taxi.
2023 : LEVC prépare sa transformation en marque électrique plus large
La diversification ne met pas immédiatement l’entreprise à l’abri des difficultés. La pandémie de Covid-19 frappe particulièrement le secteur du taxi et réduit fortement l’activité de nombreux chauffeurs, tandis que les perturbations industrielles des années suivantes pèsent sur les volumes. En 2022, LEVC annonce ainsi une réduction de ses effectifs à Coventry.
À partir de 2023, l’entreprise ouvre néanmoins une nouvelle phase. Elle présente la plateforme SOA, pour Space Oriented Architecture, une architecture modulaire entièrement électrique développée avec les ressources techniques de Geely. Contrairement à la stratégie précédente, qui consistait surtout à étendre la technologie du TX à d’autres véhicules professionnels, cette plateforme doit permettre à LEVC d’aborder des catégories plus larges.
Le premier modèle issu de cette évolution est le L380, un grand monospace électrique dont la commercialisation débute en Chine en 2024. Le véhicule marque une rupture avec l’image historique du fabricant exclusivement associé aux taxis londoniens. En 2026, LEVC reste une société britannique basée à Ansty et contrôlée par Geely, tout en s’appuyant de plus en plus sur les ressources internationales du groupe. Le TX demeure le lien le plus visible avec plus d’un siècle d’histoire du taxi londonien, tandis que le développement de modèles électriques comme le L380 montre que l’entreprise cherche désormais à construire une identité dépassant largement ce seul héritage.
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