
Navya est une entreprise française née en 2014 à Villeurbanne, dans la métropole de Lyon, autour d’un projet alors encore émergent : faire circuler des véhicules électriques capables de se déplacer sans conducteur. Fondée sous l’impulsion de Christophe Sapet avec Robolution Capital, la société s’est fait connaître grâce à ses navettes autonomes destinées au transport collectif. Son parcours a ensuite mêlé développement international, diversification, entrée en Bourse, avancées dans l’autonomie de niveau 4, difficultés financières puis reprise de ses activités sous une nouvelle structure.
2014 : Christophe Sapet fonde Navya à partir des actifs d’Induct
La naissance de Navya est directement liée à Induct, une société qui travaillait déjà sur des véhicules autonomes avant de connaître des difficultés. En juin 2014, une partie de ses actifs est reprise dans le cadre d’un nouveau projet porté notamment par Christophe Sapet et le fonds Robolution Capital. Navya est alors créée à Villeurbanne avec l’objectif de développer des véhicules électriques autonomes adaptés à des déplacements courts et répétitifs.
Cette origine explique le positionnement très spécialisé de la marque dès ses débuts. Navya ne cherche pas à produire une automobile particulière classique, mais à proposer une nouvelle forme de mobilité automatisée pour des sites urbains, industriels, universitaires ou privés. L’histoire de la marque Navya se construit ainsi dès l’origine autour du transport autonome plutôt que de l’automobile traditionnelle.
2015 : l’ARMA donne à Navya son premier véhicule emblématique
En septembre 2015, Navya lance l’ARMA, une navette électrique autonome conçue pour transporter plusieurs passagers à faible vitesse sur des parcours définis. Ce véhicule devient rapidement le produit central de l’entreprise et celui qui installe son nom dans le secteur de la mobilité autonome.
L’ARMA, ensuite connue sous l’appellation Autonom Shuttle, joue un rôle historique déterminant car elle permet à Navya de passer d’un projet technologique à une offre pouvant être expérimentée par des exploitants de transport et des collectivités. La navette devient aussi le principal support de l’expansion internationale de l’entreprise.
2016 : les premières exploitations avec Keolis rapprochent la navette du terrain
À partir de 2016, Navya multiplie les expérimentations en conditions réelles. Son partenariat avec Keolis contribue notamment à tester les navettes autonomes dans différents environnements et à confronter la technologie aux contraintes concrètes du transport de passagers.
Cette phase marque une évolution importante : l’enjeu n’est plus seulement de démontrer qu’un véhicule peut se déplacer sans conducteur, mais de l’intégrer à un service de mobilité. Les essais menés durant cette période participent à la visibilité internationale de Navya et renforcent son image de spécialiste des navettes autonomes électriques.
2017 : l’Autonom Cab élargit les ambitions de la marque
En novembre 2017, Navya dévoile l’Autonom Cab, un véhicule autonome pensé comme un robot-taxi. Le projet traduit une volonté de dépasser le seul marché des navettes collectives et d’appliquer les technologies développées par l’entreprise à des déplacements individuels ou en petits groupes.
L’Autonom Cab n’a pas acquis le même poids commercial que l’Autonom Shuttle, mais il reste significatif dans l’histoire de Navya. Il montre qu’à cette époque l’entreprise ambitionne de devenir un fournisseur plus large de solutions de mobilité autonome, alors que le secteur attire de nombreux investissements et que les perspectives commerciales paraissent considérables.
2018 : l’entrée en Bourse précède une première crise majeure
Le 24 juillet 2018, Navya entre sur Euronext Paris. L’opération lui permet de lever environ 38 millions d’euros et valorise initialement l’entreprise à quelque 190 millions d’euros. Cette introduction en Bourse doit lui donner les moyens de financer son développement technologique et son expansion sur plusieurs marchés.
La trajectoire se dégrade toutefois rapidement. À la fin de la même année, l’entreprise revoit fortement ses objectifs de chiffre d’affaires. En décembre 2018, Christophe Sapet est écarté de la présidence du directoire. Cet épisode constitue un tournant : derrière la forte visibilité acquise par Navya apparaissent les difficultés à transformer rapidement les expérimentations de véhicules autonomes en une activité suffisamment rentable et prévisible.
2020 : l’Autonom Shuttle Evo franchit une étape vers le niveau 4
Navya poursuit néanmoins ses développements techniques. En 2020, l’Autonom Shuttle Evo est exploitée à Châteauroux dans une configuration d’autonomie de niveau 4, sans opérateur de sécurité embarqué, sur un site fermé et avec supervision à distance.
Cette étape est importante car elle correspond à l’objectif historique de la marque : réduire progressivement l’intervention humaine à bord tout en conservant un cadre d’exploitation maîtrisé. L’Autonom Shuttle Evo représente ainsi une évolution directe du concept lancé avec l’ARMA cinq ans plus tôt, arrivée à un degré d’automatisation plus avancé.
2023 : la liquidation judiciaire met fin à la société Navya cotée
Les difficultés financières finissent par remettre en cause la continuité de l’entreprise sous sa forme initiale. Navya est placée en redressement judiciaire le 1er février 2023, puis la société cotée est liquidée en avril. Une partie de ses activités et de ses actifs est alors reprise par une structure associant Gaussin et le groupe japonais Macnica. Environ 143 salariés français sont intégrés au projet de reprise.
La liquidation ne signifie donc pas la disparition complète de la technologie ni du nom Navya. Elle marque en revanche une rupture juridique et capitalistique majeure : l’entreprise qui s’était introduite en Bourse en 2018 cesse d’exister sous cette forme, tandis que ses compétences, certains produits et une partie de ses équipes poursuivent leur activité dans une nouvelle organisation.
2024 : Macnica relance l’activité sous le nom Navya Mobility
En 2024, Macnica renforce son contrôle en reprenant la participation détenue par Gaussin dans la structure issue de la reprise. L’entreprise adopte ensuite le nom Navya Mobility, ce qui permet de conserver l’identité historique associée aux navettes autonomes tout en ouvrant une nouvelle période de son existence.
Cette relance s’appuie sur deux grandes familles de solutions héritées du savoir-faire de Navya : le transport autonome de passagers, avec une nouvelle génération de navette comme l’EVO 3, et la logistique autonome, notamment avec le tracteur AT135. Ce dernier prolonge la diversification de la technologie Navya vers le déplacement de marchandises sur des sites industriels ou logistiques.
2025 : l’entrée de NTT West installe Navya dans une nouvelle structure internationale
En mars 2025, une nouvelle étape capitalistique est franchie avec l’entrée de NTT West au capital de Navya Mobility. Après l’opération, Macnica détient 70,85 % de la société et NTT West 29,15 %. La marque conserve son implantation à Villeurbanne, mais son contrôle est désormais principalement japonais.
Navya poursuit ainsi son activité après la rupture de 2023, avec un positionnement toujours centré sur les véhicules autonomes destinés au transport de passagers et à la logistique. Sa trajectoire récente est donc celle d’une marque française ayant survécu à la liquidation de sa société d’origine grâce à une reprise industrielle et technologique, plutôt que celle d’une disparition pure et simple.
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