
Quant apparaît dans l’automobile à la fin des années 2000, mais ses racines sont plus anciennes et se trouvent d’abord dans la recherche énergétique menée par l’entrepreneur et inventeur Nunzio La Vecchia. La marque ne s’est jamais développée comme un constructeur automobile traditionnel disposant d’une gamme produite en grande série. Elle a surtout servi à donner une identité à plusieurs prototypes destinés à démontrer des technologies de propulsion électrique, d’abord autour du photovoltaïque, puis surtout autour des piles à flux développées par nanoFlowcell. Son histoire est ainsi celle d’un projet automobile expérimental, marqué par une collaboration initiale avec Koenigsegg, par plusieurs démonstrateurs spectaculaires et par une industrialisation régulièrement annoncée mais encore non concrétisée par une production de série vérifiable.
1996 : les recherches de Nunzio La Vecchia donnent naissance à la structure à l’origine de Quant
Les origines de Quant précèdent largement la présentation de la première automobile portant ce nom. Nunzio La Vecchia mène dès le début des années 1990 des recherches personnelles sur de nouvelles solutions énergétiques. En 1996, il fonde à Zurich JUNO Technology Products AG, une société consacrée à la recherche et au développement de technologies liées notamment à la production et au stockage de l’énergie.
Deux ans plus tard, la création de NLV Solar AG à Zoug prolonge cette orientation. L’entreprise travaille sur des cellules photovoltaïques en couches minces et sur leur intégration à différents systèmes énergétiques. À cette époque, l’automobile n’est donc pas encore le cœur de l’activité. Elle va progressivement devenir un terrain d’application capable de réunir propulsion électrique, production d’énergie et stockage dans un seul démonstrateur technologique.
2008 : la collaboration avec Koenigsegg transforme le projet énergétique en automobile
Le passage décisif vers l’automobile intervient lorsque NLV Solar s’associe en 2008 avec Koenigsegg pour développer un véhicule électrique expérimental. La coopération permet au projet de bénéficier du savoir-faire du constructeur suédois dans la conception d’automobiles à hautes performances, notamment pour le design, le châssis et l’étude de faisabilité d’une éventuelle petite production.
Cette collaboration doit toutefois être interprétée avec précision. Le programme Quant reste initié et détenu par NLV Solar. Koenigsegg ne crée pas une nouvelle voiture destinée à intégrer durablement sa propre gamme. Son rôle est celui d’un partenaire technique et stylistique. Cette distinction devient importante par la suite, car le premier prototype sera souvent présenté de manière simplifiée comme une « Koenigsegg Quant », alors que le constructeur suédois prendra rapidement ses distances avec cette appellation.
2009 : le NLV Quant de Genève fait connaître le nom au public
Le premier Quant est présenté au Salon de Genève en 2009. Cette grande automobile électrique à quatre places associe alors une propulsion électrique à des recherches menées par NLV Solar sur le stockage de l’énergie et le photovoltaïque. Son rôle historique est avant tout de matérialiser le passage d’une entreprise de recherche énergétique vers un projet automobile visible à l’échelle internationale.
La même année, la coopération avec Koenigsegg arrive cependant à son terme. Le constructeur suédois précise qu’il n’est plus impliqué dans le développement et rappelle que le programme appartient à NLV Solar. Quant doit dès lors poursuivre son évolution sans ce partenaire prestigieux. Ce changement coïncide avec une réorientation technique plus profonde : les travaux abandonnent progressivement le photovoltaïque comme élément central du projet pour se concentrer sur une technologie de pile à flux.
2013 : nanoFlowcell devient le centre technologique de l’histoire de Quant
Après plusieurs années de développement, le projet change de dimension avec l’apparition de nanoFlowcell comme identité principale. L’historique de l’entreprise rattache cette évolution à JUNO Technology Products, tandis qu’une structure nanoFlowcell est également constituée au Liechtenstein en 2013 pour travailler sur les piles à flux et leur application à la mobilité. Cette succession d’entités explique pourquoi il est difficile de raconter Quant comme l’histoire d’une seule société automobile restée juridiquement inchangée depuis ses débuts.
La technologie nanoFlowcell repose sur l’utilisation d’électrolytes liquides circulant dans une pile à flux afin de produire l’électricité destinée aux moteurs. Le carburant liquide propriétaire prendra ensuite le nom de bi-ION. Il ne s’agit donc ni d’une voiture électrique conventionnelle équipée d’une grande batterie lithium-ion, ni d’un véhicule fonctionnant simplement à « l’eau salée », expression souvent utilisée de façon réductrice. La pile à flux devient à partir de cette période la raison d’être du programme automobile Quant.
2014 : la QUANT E relance la marque sous la bannière nanoFlowcell
Le Salon de Genève 2014 marque le véritable retour de Quant avec la QUANT e-Sportlimousine, ensuite généralement appelée QUANT E. Cette grande sportive électrique n’est plus seulement un exercice de style : elle sert de véhicule de recherche destiné à valider l’intégration automobile de la technologie nanoFlowcell.
Un tournant concret intervient quelques mois plus tard lorsque le prototype obtient, après examen par le TÜV Süd, l’autorisation nécessaire pour circuler sur route publique. Cette étape apporte de la crédibilité au programme, car elle démontre qu’un véhicule fonctionnel existe réellement. Elle ne doit cependant pas être confondue avec une homologation de type ouvrant la voie à une commercialisation en série. La QUANT E reste un prototype de développement et non une automobile proposée aux particuliers.
Les évolutions QUANT F puis QUANT FE prolongent ce travail durant les années suivantes. Leur intérêt historique réside moins dans leurs chiffres de performances que dans la maturation progressive d’une plateforme capable de rouler et de servir de laboratoire mobile.
2015 : la QUANTiNO élargit le projet au-delà de la grande sportive expérimentale
Avec la QUANTiNO dévoilée en 2015, nanoFlowcell cherche à montrer que sa technologie peut être installée dans une automobile plus compacte et pas seulement dans une grande sportive destinée à attirer l’attention des salons. Le prototype adopte notamment une architecture électrique basse tension de 48 volts, appelée à devenir l’un des axes techniques majeurs du programme.
Cette orientation prend davantage de poids en 2016, lorsque des journalistes spécialisés peuvent conduire la QUANTiNO et la QUANT FE. Ces essais extérieurs constituent une étape importante car ils confirment que les voitures sont fonctionnelles et ne sont pas de simples maquettes statiques. Ils ne valident cependant pas indépendamment toutes les affirmations de nanoFlowcell sur la densité énergétique du bi-ION, l’autonomie ou l’efficacité globale du système. Cette distinction accompagne dès lors toute l’histoire de Quant : l’existence de prototypes roulants est établie, tandis que les performances fondamentales revendiquées pour la technologie restent principalement documentées par l’entreprise elle-même.
2017 : la QUANT 48VOLT place la basse tension au cœur de la stratégie
La présentation de la QUANT 48VOLT en 2017 marque une nouvelle étape technique. nanoFlowcell ne cherche plus seulement à démontrer les qualités de son électrolyte. L’entreprise développe également une architecture complète de propulsion électrique fonctionnant en basse tension. L’objectif est de réduire la complexité et certaines contraintes associées aux systèmes électriques à haute tension utilisés dans la plupart des voitures électriques modernes.
Cette période correspond aussi au moment où Quant s’éloigne définitivement de l’idée d’une marque automobile traditionnelle. Les différents modèles servent d’abord à illustrer les avancées successives d’une technologie énergétique. Aucun programme sportif majeur ne structure par ailleurs son histoire : contrairement à de nombreux constructeurs de voitures de haute performance, Quant n’a pas bâti sa réputation sur la compétition mais sur la démonstration technologique.
2018 : les ambitions industrielles se heurtent à l’absence de production en série
À partir de 2018, nanoFlowcell communique de plus en plus sur le passage de la recherche vers l’industrialisation. L’entreprise annonce notamment un projet de centre baptisé QUANT City, poursuit les essais d’endurance de ses prototypes et affirme avoir reçu des commandes importantes pour la QUANT 48VOLT et la QUANTiNO. Ces annonces donnent alors l’impression qu’une commercialisation pourrait devenir prochaine.
Le passage à la série ne se matérialise pourtant pas. Les années suivantes sont marquées par la poursuite des essais et par une réorganisation de la structure du groupe. Une holding britannique créée en 2016 prend progressivement une place centrale et devient nanoFlowcell Holdings plc en 2021, tandis que différentes entités restent chargées de la propriété intellectuelle, de la recherche et de la préparation industrielle.
Cette phase est essentielle pour comprendre la trajectoire de Quant. Le principal obstacle n’est plus la capacité à construire quelques prototypes roulants, mais la création d’un ensemble industriel capable de fabriquer l’électrolyte bi-ION en grandes quantités, de le distribuer et de produire les véhicules eux-mêmes. Les commandes annoncées en 2018 ne débouchent pas sur une production publique équivalente et doivent donc être considérées comme des ambitions commerciales de l’entreprise plutôt que comme le début d’une véritable diffusion de la marque.
2022 : la QUANTiNO twentyfive accompagne la relance du projet aux États-Unis
En 2022, nanoFlowcell dévoile la QUANTiNO twentyfive, nouvelle évolution de son concept de voiture électrique alimentée par pile à flux. Le véhicule incarne une stratégie désormais centrée sur une implantation américaine et sur la recherche d’une infrastructure industrielle permettant de produire le bi-ION à grande échelle.
Cette nouvelle phase se poursuit avec The New QUANT présenté en 2023 et avec l’extension du nom Quant à d’autres applications technologiques. La logique s’éloigne encore davantage de celle d’une gamme automobile classique. Quant fonctionne essentiellement comme la marque des démonstrateurs et applications de nanoFlowcell, tandis que la société cherche à valoriser un système énergétique susceptible, selon elle, de dépasser le seul secteur automobile.
En 2025 et en 2026, la production des voitures Quant reste annoncée comme un objectif plutôt que comme une réalité industrielle établie. nanoFlowcell poursuit ses projets aux États-Unis et présente toujours la capacité à fabriquer le bi-ION en volume comme un préalable à toute production automobile significative. La structure britannique nanoFlowcell Holdings plc demeure active, sans faillite ni rachat majeur documenté venant clore l’histoire du projet. À ce stade, Quant reste donc une marque de prototypes technologiques dont plusieurs véhicules ont effectivement roulé, mais qui n’a pas encore franchi le seuil décisif d’une production automobile de série vérifiable.
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