
Spyker naît aux Pays-Bas à la fin du XIXe siècle sous l’impulsion des frères Hendrik-Jan et Jacobus Spijker. D’abord spécialisés dans la carrosserie hippomobile de prestige, ils se tournent rapidement vers l’automobile et donnent naissance à l’un des constructeurs néerlandais les plus audacieux de son époque. Innovations mécaniques, compétition, aviation, disparition puis renaissance sous forme de constructeur de voitures de sport : l’histoire de Spyker est faite de ruptures profondes, jusqu’aux difficultés financières du XXIe siècle et à une nouvelle tentative de relance engagée en 2026.
1880 : les frères Spijker fondent leur entreprise de carrosserie
En 1880, Hendrik-Jan et Jacobus Spijker fondent à Hilversum une entreprise consacrée à la fabrication et à l’entretien de voitures hippomobiles. Les deux frères construisent progressivement une réputation dans la carrosserie de luxe, avant de transférer leur activité à Amsterdam en 1886. Cette première période est importante car elle installe les deux caractéristiques qui resteront associées à Spyker : une fabrication artisanale exigeante et un positionnement haut de gamme.
Le prestige de l’entreprise atteint un niveau national en 1898 avec la réalisation de la Gouden Koets, le carrosse d’apparat offert à la reine Wilhelmina. Dans le même temps, les frères s’intéressent aux automobiles à moteur. Les sources historiques divergent légèrement sur la date exacte de leurs premières voitures utilisant une mécanique Benz, certaines situant cette transition dès le milieu des années 1890. En revanche, 1900 constitue un repère solide pour la première automobile entièrement construite par Spyker. La marque passe alors du métier de carrossier à celui de véritable constructeur.
1903 : la Spyker 60 HP place la marque parmi les pionniers techniques
Spyker se distingue très tôt par des choix techniques ambitieux. Présentée en 1903 et développée avec l’ingénieur Joseph Valentin Laviolette, la Spyker 60 HP devient le modèle historique le plus important de la première période de la marque. Elle associe un moteur six cylindres, une transmission intégrale et un freinage agissant sur les quatre roues, une combinaison exceptionnellement avancée pour l’époque.
Cette volonté d’innovation s’accompagne d’une recherche de reconnaissance internationale. En 1907, une Spyker 15 HP participe au raid Pékin-Paris et parvient jusqu’à la capitale française après un parcours extrêmement difficile. Au-delà du résultat sportif lui-même, cette épreuve renforce la réputation de robustesse de la marque et contribue à la faire connaître en dehors des Pays-Bas.
La même année marque toutefois une rupture. Hendrik-Jan Spijker meurt dans une catastrophe maritime alors que l’entreprise souffre déjà d’une situation financière fragile. Spyker connaît ensuite une première faillite avant d’être réorganisée. Dès ses débuts, la marque combine ainsi une réelle réputation technique avec des volumes de production trop faibles pour garantir une stabilité durable.
1915 : Henri Wijnmalen réoriente Spyker vers l’aéronautique
La Première Guerre mondiale bouleverse à nouveau l’entreprise. En 1915, l’aviateur et entrepreneur Henri Wijnmalen en prend le contrôle et développe une activité aéronautique. La société prend le nom de N.V. Nederlandsche Automobiel- en Vliegtuigfabriek Trompenburg et produit des avions ainsi que des moteurs d’avion sous la marque Spyker.
Cette période ne constitue pas une simple parenthèse. Elle imprime durablement l’identité de la marque : l’association entre automobile et aviation deviendra l’un des principaux éléments graphiques et esthétiques repris par le Spyker moderne. Après la guerre, l’entreprise revient davantage à l’automobile et développe des modèles luxueux, notamment la C4 équipée d’un moteur Maybach. Des records d’endurance obtenus au début des années 1920 entretiennent encore son prestige, sans résoudre ses difficultés économiques.
1925 : la production automobile historique de Spyker s’arrête
Malgré ses qualités techniques et son image haut de gamme, Spyker ne parvient pas à construire un modèle économique suffisamment solide. Les dernières automobiles de la première entreprise sont produites en 1925. La disparition juridique définitive est généralement située en 1926, même si certaines sources administratives retiennent une date légèrement postérieure.
Cette précision est importante pour comprendre la suite : Spyker ne connaît pas une activité industrielle continue depuis 1880. Le constructeur historique disparaît réellement dans les années 1920 et son nom reste absent du marché automobile pendant plus de sept décennies. La société qui renaîtra en 2000 reprendra son identité et son héritage, mais ne sera pas la continuation juridique de l’entreprise fondée par les frères Spijker.
2000 : Victor Muller et Maarten de Bruijn font renaître Spyker
La marque réapparaît en 2000 grâce à l’entrepreneur Victor Muller et au designer et ingénieur Maarten de Bruijn. De Bruijn avait développé un projet de voiture de sport qui sert de base à la nouvelle Spyker C8 Spyder, présentée au salon de Birmingham en octobre 2000. Cette voiture fixe immédiatement les codes du Spyker moderne : fabrication en petite série, habitacle travaillé comme une pièce d’orfèvrerie et références visuelles constantes à l’aéronautique.
La nouvelle entreprise choisit de construire sa réputation par la compétition d’endurance. La C8 Double12 R apparaît dès 2001, puis Spyker s’engage notamment à Sebring et aux 24 Heures du Mans. L’objectif dépasse la recherche de résultats sportifs : ces engagements doivent démontrer la fiabilité des voitures et donner une visibilité internationale à un constructeur encore très confidentiel.
En 2004, Spyker Cars est introduite en Bourse à Amsterdam afin de financer son développement. Mais l’entreprise conserve une production extrêmement limitée alors que ses ambitions deviennent de plus en plus importantes. Cette contradiction va peser sur la suite de son histoire.
2006 : le rachat d’une écurie de Formule 1 accroît les ambitions de Spyker
À la fin de 2006, Spyker franchit une nouvelle étape en rachetant l’écurie Midland F1. Le championnat 2007 est disputé sous le nom Spyker F1, offrant à la marque une exposition mondiale sans commune mesure avec sa taille industrielle. L’aventure est pourtant très courte : l’équipe est revendue avant la saison suivante et devient Force India.
Cette incursion en Formule 1 résume les forces et les faiblesses du Spyker des années 2000. Le constructeur cherche à se hisser rapidement parmi les marques de voitures de sport reconnues mondialement, mais finance des projets dont l’ampleur dépasse largement celle de sa production automobile. Les difficultés financières deviennent de plus en plus difficiles à contenir.
2010 : le rachat de Saab transforme brutalement Spyker
En février 2010, Spyker réalise l’opération la plus ambitieuse de son histoire moderne en rachetant Saab Automobile à General Motors. Le changement d’échelle est considérable : une petite entreprise produisant des voitures de sport artisanales prend le contrôle d’un constructeur automobile disposant d’usines, d’un réseau commercial international et de besoins financiers bien supérieurs.
La société mère adopte en 2011 le nom Swedish Automobile N.V. pour refléter le poids pris par Saab. Mais le constructeur suédois est rapidement confronté à une grave crise de liquidités et sa production s’arrête. Saab Automobile dépose son bilan en décembre 2011. La holding reprend alors le nom Spyker N.V. en avril 2012.
L’échec de l’opération Saab laisse Spyker profondément fragilisé. En décembre 2014, la société est déclarée en faillite, mais cette décision est annulée en appel en janvier 2015 et l’entreprise est replacée sous protection judiciaire. Spyker tente alors de revenir à son activité d’origine, celle d’un constructeur de voitures de sport exclusives.
2016 : la C8 Preliator symbolise une nouvelle tentative de reconstruction
Présentée au salon de Genève en 2016, la C8 Preliator doit incarner le retour de Spyker après les années mouvementées liées à Saab et aux restructurations financières. Le modèle reprend les thèmes historiques de la marque, notamment le design inspiré de l’aéronautique et la fabrication artisanale, tout en cherchant à ouvrir une nouvelle génération de voitures.
Cette relance ne suffit cependant pas à stabiliser durablement la société. Les difficultés de financement persistent et empêchent Spyker de retrouver une activité industrielle régulière. En janvier 2021, Spyker N.V. est finalement déclarée en faillite aux Pays-Bas. Contrairement à l’épisode de 2014, cette procédure concerne bien la structure juridique qui avait porté la renaissance de la marque depuis le début des années 2000.
2025 : un accord sur les droits de la marque prépare une nouvelle relance
Après plusieurs années d’incertitude autour des actifs et de la propriété intellectuelle issus des sociétés en faillite, un accord conclu en octobre 2025 entre Victor Muller et le curateur permet de clarifier la situation des droits liés à Spyker. Cette étape ouvre la voie à une nouvelle exploitation de la marque dans une structure distincte de Spyker N.V.
En 2026, le site officiel est exploité par Spyker Amsterdam B.V. et un nouvel investisseur, Volodymyr Nosov, entre au capital en juin. La marque annonce alors une nouvelle phase de développement autour de la C8 Preliator XXV. Au 11 août 2026, sa présentation publique est prévue pour le 14 août en Californie. La situation doit donc être décrite avec prudence : Spyker est de nouveau engagée dans une tentative de relance, mais cette nouvelle étape n’a pas encore démontré la stabilité d’une production automobile durable.
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