Histoire de la marque Trojan

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Trojan est une marque automobile britannique née à Londres au début du XXe siècle autour des idées de l’ingénieur Leslie Hayward Hounsfield. Son ambition initiale est de proposer une automobile simple, robuste et peu coûteuse à utiliser, construite autour d’une mécanique deux-temps particulièrement originale. De la voiture utilitaire produite avec Leyland aux fourgons, puis aux microvoitures et à la compétition automobile, Trojan a connu plusieurs vies avant de disparaître comme constructeur.

1914 : Leslie Hounsfield fonde Trojan à Londres

Les origines de Trojan remontent à 1913, lorsque Leslie Hayward Hounsfield achève un premier prototype automobile utilisant un moteur de sa conception. L’année suivante, il fonde Trojan Limited à Clapham, dans le sud de Londres. La société est d’abord une entreprise d’ingénierie plutôt qu’un constructeur automobile installé à grande échelle.

Hounsfield développe une conception volontairement atypique. Son automobile privilégie la simplicité mécanique, l’économie d’usage et la facilité d’entretien. Le moteur quatre cylindres deux-temps est installé sous le plancher, tandis que l’ensemble du véhicule est pensé pour limiter le nombre de pièces complexes. Cette approche technique va donner à Trojan son identité pendant ses premières décennies.

1922 : l’accord avec Leyland lance la production de la Trojan Utility Car

Le véritable passage à la production industrielle intervient en 1922 grâce à un accord avec Leyland Motors. Le constructeur dispose des moyens de fabrication nécessaires pour produire et commercialiser la Trojan Utility Car, dont l’architecture reste fidèle aux principes établis par Hounsfield.

Cette association donne à Trojan une dimension qu’elle n’aurait probablement pas pu atteindre seule. La Utility Car se distingue moins par le raffinement que par son coût d’exploitation et sa conception fonctionnelle. Une version utilitaire est rapidement développée et trouve une clientèle professionnelle, au point que les fourgons deviennent progressivement aussi importants que les voitures particulières dans l’activité de la marque. Entre 1922 et 1928, environ 16 800 voitures et véhicules commerciaux Trojan sont produits chez Leyland.

1928 : Trojan reprend sa production à Croydon

À la fin des années 1920, le partenariat industriel avec Leyland prend fin. Trojan transfère alors la fabrication complète de ses véhicules vers son propre site de Purley Way, à Croydon. Cette nouvelle indépendance constitue un tournant important : la marque doit désormais assurer elle-même une activité industrielle complète tout en affrontant un marché britannique devenu plus concurrentiel.

Trojan tente de renouveler ses voitures particulières avec de nouveaux modèles, notamment la RE puis la Mastra. Ces développements ne retrouvent toutefois pas le succès de la première Utility Car. La datation exacte de l’introduction de la RE varie selon les sources historiques, qui la situent autour du tournant des années 1930, mais son importance tient surtout à l’échec de cette tentative de modernisation.

1935 : la marque abandonne les voitures particulières pour les utilitaires

Face aux résultats commerciaux insuffisants de ses nouveaux modèles, Trojan cesse en 1935 de miser sur la voiture particulière. L’entreprise recentre son activité sur les véhicules utilitaires, un domaine dans lequel elle possède déjà une expérience solide et une clientèle professionnelle.

Ce choix modifie durablement la nature de Trojan. La société n’est plus principalement identifiée à une petite voiture économique destinée aux particuliers, mais à des fourgons simples et fonctionnels. Cette spécialisation lui permet de poursuivre une activité automobile malgré le recul de sa gamme de tourisme.

1946 : Trojan relance ses fourgons après la Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale interrompt la production normale de véhicules Trojan. À partir de 1939, l’entreprise participe à l’effort industriel britannique en fabriquant du matériel destiné aux besoins militaires. La production automobile reprend après le conflit et un nouveau fourgon apparaît en 1946.

Trojan continue ensuite de faire évoluer cette gamme commerciale. En 1953, un moteur diesel Perkins est proposé sur le fourgon de la marque. Cette version est généralement présentée comme une étape précoce dans l’adoption du diesel sur les petits véhicules utilitaires britanniques. Elle montre surtout que Trojan cherche encore à adapter son produit principal aux besoins économiques des professionnels plutôt qu’à revenir immédiatement sur le marché des voitures particulières.

1959 : Peter Agg rachète une entreprise devenue déficitaire

À la fin des années 1950, la situation financière de Trojan est difficile. En 1959, l’entreprise est rachetée par Peter Agg, entrepreneur notamment impliqué dans l’importation britannique des scooters Lambretta. Ce changement de propriétaire met fin à une longue période dominée par l’activité historique de Hounsfield et ouvre une phase beaucoup plus diversifiée.

Sous cette nouvelle direction, le nom Trojan ne se limite plus aux fourgons. L’entreprise cherche de nouvelles activités industrielles et automobiles, en s’intéressant aussi bien aux petits véhicules qu’aux voitures de sport. Cette transformation prépare le retour de Trojan dans l’automobile particulière au début de la décennie suivante.

1962 : la Trojan 200 marque le retour à la voiture particulière

En 1962, Trojan acquiert les droits permettant de poursuivre la production d’une microvoiture d’origine Heinkel. Le modèle est commercialisé sous le nom de Trojan 200. Cette petite voiture constitue le principal retour de la marque sur le marché des véhicules particuliers depuis l’abandon de cette activité en 1935.

La même période rapproche Trojan de la voiture de sport. L’entreprise reprend également l’activité Elva et participe notamment à la production de l’Elva Courier. Trojan change ainsi profondément de profil : d’ancien spécialiste de l’automobile économique et du fourgon, il devient un acteur plus diversifié, présent dans des productions de niche et bientôt dans le sport automobile.

1968 : la compétition devient le dernier grand chapitre automobile de Trojan

À partir de 1968, Trojan s’engage plus directement dans la compétition en fabriquant des voitures de course pour McLaren en dehors du programme de Formule 1. Cette activité place l’entreprise dans un univers technique très éloigné de celui de la Utility Car des années 1920 et conduit progressivement Trojan à développer ses propres monoplaces.

La Trojan T101 obtient en 1973 un résultat particulièrement important en remportant le championnat américain SCCA de Formula 5000. En 1974, la marque franchit une dernière étape en engageant la T103 en Formule 1. Cette campagne reste brève et ne débouche pas sur une présence durable au plus haut niveau. Trojan se retire de la compétition à la fin de la saison, ce qui marque pratiquement la fin de son histoire comme constructeur automobile actif.

2013 : la société historique Trojan Limited est dissoute

Après l’arrêt de son programme de compétition, Trojan ne retrouve pas une production automobile comparable à ses périodes précédentes. Les activités industrielles liées à l’automobile disparaissent progressivement, tandis que la société subsiste juridiquement sous d’autres formes sans redevenir un constructeur.

Trojan Limited est finalement dissoute en 2013, près d’un siècle après sa création. Le nom reste aujourd’hui associé à une trajectoire britannique singulière, passée d’une voiture utilitaire conçue pour être économique à exploiter aux fourgons, aux microvoitures puis aux monoplaces de compétition, sans qu’une activité automobile moderne ait prolongé la marque historique.