Le Saviem SG2 est un véhicule utilitaire français lancé le 1er juin 1965 sous l’appellation Super Goélette. Conçu pour remplacer la Renault Goélette, il accompagne la modernisation du transport professionnel pendant les années 1960 et 1970. Sa cabine avancée, ses roues arrière simples et ses nombreuses possibilités de carrosserie en font un véhicule apprécié des artisans, commerçants, entreprises de livraison et services publics.
Commercialisé successivement sous les identités Renault-Saviem, Saviem puis Renault, le SG2 connaît une longue carrière jusqu’au début des années 1980. Il se distingue par une architecture robuste, une suspension avant indépendante et plusieurs générations de moteurs essence et diesel. Fourgon, plateau, benne ou châssis-cabine, il répond à des besoins professionnels très différents tout en conservant une conception mécanique relativement simple.
Origines et lancement du Saviem SG2 en 1965
L’histoire du SG2 commence avec la réorganisation de l’industrie française du véhicule industriel. En 1955, Renault participe à la création de Saviem, issue du regroupement de ses activités de poids lourds avec celles de Latil et Somua. Cette nouvelle structure doit rationaliser les gammes et développer des véhicules capables de répondre aux besoins croissants du transport de marchandises.
Au début des années 1960, la Renault Goélette reste un utilitaire répandu, mais sa conception remonte à l’après-guerre. Les professionnels recherchent désormais des véhicules plus confortables, offrant une meilleure visibilité et une capacité de transport adaptée à l’intensification des livraisons urbaines et régionales. Renault et Saviem entreprennent alors le renouvellement de leur gamme intermédiaire.
Le 1er juin 1965, la nouvelle Super Goélette SG2 est lancée en parallèle du Super Galion SG4, destiné à des charges plus importantes. Le SG2 adopte une cabine avancée, avec le moteur placé à l’avant sous un capot intérieur. Cette disposition permet de conserver une longueur de chargement intéressante sans augmenter excessivement l’encombrement du véhicule.
La nouveauté ne se limite pas à sa carrosserie. Le SG2 bénéficie de roues avant indépendantes, une solution qui améliore le comportement et le confort par rapport aux architectures plus traditionnelles à essieu rigide. Son PTAC initial de 3,5 tonnes lui permet de répondre aux besoins d’une clientèle professionnelle particulièrement large.
Le lancement intervient à une période où Saviem développe simultanément plusieurs catégories de véhicules. Le constructeur propose notamment le Saviem SC10, autobus urbain destiné aux réseaux de transport collectif. Cette diversification illustre l’ambition industrielle de la marque, qui couvre aussi bien les véhicules de livraison que les autobus et les poids lourds.
Une cabine avancée et un design utilitaire reconnaissable
Le SG2 possède une silhouette caractéristique des utilitaires français de son époque. Sa cabine courte et haute présente une face avant arrondie, un large pare-brise bombé et des portes latérales offrant un accès direct au poste de conduite. L’ensemble privilégie la visibilité, l’espace intérieur et la facilité d’utilisation plutôt que la recherche d’un style spectaculaire.
Sur les premiers exemplaires de 1965, la face avant conserve des phares ronds et une calandre métallique. Le dessin général reste proche des véhicules industriels Renault de la période, mais les proportions de la Super Goélette sont plus modernes que celles de sa devancière. Le pare-brise généreux améliore notamment la visibilité vers l’avant, un avantage pour les manœuvres en ville.
La présentation évolue progressivement à partir de la seconde moitié des années 1960. Le pare-brise et certains éléments de cabine sont modifiés, tandis que les phares rectangulaires apparaissent sur les versions plus récentes. Ces transformations permettent de distinguer plusieurs périodes de fabrication, même si l’année exacte d’un exemplaire ne peut pas toujours être déterminée à partir de sa seule face avant.
Une évolution particulièrement visible intervient en 1977 avec l’adoption d’une calandre noire en matière plastique. Elle modernise l’apparence du SG2 sans modifier fondamentalement sa silhouette. Les derniers véhicules commercialisés sous la marque Saviem présentent ainsi un aspect sensiblement différent des premières Super Goélette.
La carrosserie dépend également de l’utilisation prévue. Le fourgon fermé possède un volume de chargement intégré, tandis que le plateau et la benne reçoivent une structure arrière adaptée aux matériaux ou aux marchandises encombrantes. Le châssis-cabine permet aux carrossiers spécialisés d’installer des équipements frigorifiques, des caisses particulières ou des aménagements destinés aux services techniques.
Malgré cette diversité, les versions classiques du SG2 conservent un élément d’identification essentiel : des roues arrière simples. Cette caractéristique contribue à le différencier du SG3, modèle renforcé de la même famille, généralement équipé de roues arrière jumelées.
Motorisations essence et diesel : les évolutions mécaniques
Le Saviem SG2 est proposé avec plusieurs motorisations au cours de sa carrière. Les premières versions utilisent des quatre-cylindres atmosphériques, alimentés par carburateur pour les modèles essence et par injection pour les diesel. L’objectif est de privilégier la disponibilité du couple, la simplicité d’entretien et l’endurance plutôt que les performances élevées.
Au lancement, la version essence reçoit notamment le moteur Renault Étendard de 2 141 cm³. Cette mécanique appartient à une famille déjà connue du constructeur. Elle offre une solution adaptée aux utilisateurs effectuant des parcours relativement courts ou préférant la souplesse d’un moteur à essence.
La première génération diesel fait appel au moteur Saviem 580-03 de 2 720 cm³. Son système d’injection indirecte de type Ricardo correspond aux solutions utilisées sur plusieurs véhicules industriels de l’époque. Le diesel présente un intérêt particulier pour les professionnels parcourant de longues distances ou utilisant quotidiennement leur véhicule avec une charge importante.
À partir de 1967, la gamme diesel évolue avec l’arrivée du moteur 599-03, d’environ trois litres de cylindrée, utilisant une injection directe sous licence MAN. Cette évolution technique vise notamment à améliorer le rendement du moteur. L’année suivante, de nouvelles mécaniques prennent progressivement le relais.
À partir de la fin juillet 1968, le SG2 reçoit notamment le moteur essence Renault 817, d’environ 2,6 litres, ainsi que le diesel 712 de 3 319 cm³. Ce dernier devient une motorisation importante de la seconde partie de carrière du modèle. Les puissances restent modestes au regard des standards actuels, mais elles correspondent à la vocation d’un utilitaire conçu pour transporter régulièrement des marchandises.
Les puissances annoncées dans les documentations historiques varient selon les moteurs, les années et les normes de mesure. Les motorisations courantes se situent globalement autour de 65 à 75 chevaux. Les différences entre puissance DIN et puissance SAE expliquent une partie des écarts rencontrés dans les fiches anciennes.
La transmission est assurée par les roues arrière, généralement avec une boîte manuelle à quatre rapports. Sur les premiers modèles, la commande de changement de vitesse peut être placée au volant. En 1971, une boîte automatique Borg-Warner à trois rapports est également proposée en option sur certaines configurations, une possibilité peu courante dans cette catégorie d’utilitaires français.
Le choix du moteur influe sur l’agrément de conduite, les besoins d’entretien et les performances en charge. Pour identifier précisément un SG2 ancien, le code moteur et la plaque constructeur restent plus fiables qu’une simple estimation fondée sur son année d’immatriculation.
Fiche technique du Saviem SG2
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Constructeur | Renault-Saviem, puis Saviem et Renault |
| Modèle | SG2 Super Goélette |
| Année de lancement | 1965 |
| Fin de carrière | 1982, sous badge Renault |
| Catégorie | Véhicule utilitaire léger et camion de petit tonnage |
| Carrosseries | Fourgon, plateau, benne, châssis-cabine et transformations spécialisées |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, refroidissement liquide |
| Moteur essence initial | Renault 671 Étendard, 2 141 cm³ |
| Moteur essence ultérieur | Renault 817, environ 2 607 cm³ |
| Premier moteur diesel | Saviem 580-03, 2 720 cm³ |
| Diesel intermédiaire | Saviem 599-03, environ 3 017 cm³ |
| Diesel ultérieur | Renault-Saviem 712, environ 3 319 cm³ |
| Alimentation essence | Carburateur |
| Alimentation diesel | Injection indirecte Ricardo puis injection directe sous licence MAN |
| Puissance indicative | Environ 65 à 75 ch selon moteur et norme de mesure |
| Couple moteur | Variable selon motorisation, environ 156 à 200 Nm dans les données générales de la famille |
| Implantation moteur | Longitudinale avant, sous la cabine avancée |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports ; automatique Borg-Warner à 3 rapports en option sur certaines versions |
| Structure | Châssis séparé à longerons |
| Suspension avant | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Suspension à ressorts adaptée à la charge, notamment à lames selon configuration |
| Direction | Mécanique |
| Freinage | Tambours à commande hydraulique, assistance selon version |
| Roues arrière | Simples |
| Longueur indicative | 4 997 mm pour une configuration de fourgon documentée |
| Largeur indicative | 1 996 mm pour cette configuration |
| Hauteur indicative | 2 690 mm pour cette configuration |
| Empattement indicatif | 2 680 mm pour cette configuration |
| Voie avant indicative | 1 641 mm |
| Voie arrière indicative | 1 661 mm |
| PTAC initial | 3 500 kg |
| Masse à vide | Variable selon carrosserie et équipement |
| Vitesse maximale indicative | Environ 90 km/h selon configuration |
| Sites de production | France, notamment Blainville-sur-Orne |
Versions, carrosseries et utilisations professionnelles
La polyvalence constitue l’une des principales qualités du SG2. À une époque où les entreprises recherchent des véhicules facilement adaptables à leur activité, sa conception à châssis séparé permet de multiplier les configurations sans développer une mécanique différente pour chaque métier.
Le fourgon est particulièrement adapté aux livraisons de marchandises, aux activités commerciales et aux transports nécessitant une caisse fermée. Il peut recevoir différents aménagements intérieurs selon les produits transportés. Sa cabine avancée permet de réserver une proportion importante de la longueur totale au chargement.
Les versions plateau répondent aux besoins des artisans, exploitants agricoles et entreprises de travaux. Elles facilitent le chargement d’objets volumineux ou de matériaux. Les bennes basculantes, généralement issues de transformations spécialisées, sont destinées aux activités de chantier et d’entretien.
Le SG2 sert également de base à des véhicules frigorifiques, à des fourgons ateliers et à des véhicules de service. Certaines transformations permettent le transport de passagers, notamment sous forme de minibus. La Fondation Berliet conserve des documents montrant des applications professionnelles du modèle sur différents marchés, notamment en Martinique, en Autriche et en Côte d’Ivoire.
Cette diversité s’inscrit dans une gamme Saviem particulièrement étendue. En parallèle des utilitaires de livraison, le constructeur développe des véhicules de transport de voyageurs comme le Saviem S45, un autocar conçu pour des missions très différentes de celles de la Super Goélette.
La famille technique du SG2 comprend plusieurs modèles voisins qu’il convient de distinguer. Le SG4 Super Galion occupe une catégorie de tonnage supérieure. Le SG3 reprend une architecture proche, mais reçoit notamment des roues arrière jumelées pour supporter des charges plus importantes. Le SB2 utilise une transmission aux roues avant et répond à une logique différente, avec un plancher abaissé.
Le TP3 constitue une autre évolution de cette famille, destinée à des usages tout-terrain grâce à ses quatre roues motrices. Il ne doit pas être confondu avec un SG2 standard, dont la transmission reste limitée aux roues arrière.
Évolution de la gamme et fin de production
Au cours des années 1970, le SG2 poursuit sa carrière dans un marché professionnel en pleine transformation. Les exigences de confort, de sécurité et de rendement augmentent, tandis que les constructeurs européens renouvellent progressivement leurs véhicules utilitaires. Saviem fait évoluer la présentation et les équipements de la Super Goélette pour prolonger sa commercialisation.
La marque connaît elle-même une transformation importante. En 1978, le regroupement de Saviem et Berliet au sein de Renault Véhicules Industriels prépare une nouvelle organisation industrielle. Les véhicules conservent temporairement leurs caractéristiques techniques et leurs appellations, mais l’identité commerciale Saviem disparaît progressivement au profit de Renault à partir de 1980.
Le SG2 poursuit ainsi sa carrière sous le losange Renault, avec une continuité mécanique et industrielle par rapport aux dernières versions Saviem. Cette évolution explique pourquoi des véhicules techniquement très proches peuvent présenter des emblèmes différents sur leur calandre ou leur carrosserie.
En 1980, Renault lance également la première génération du Master, qui modernise l’offre de grands fourgons. Toutefois, ce modèle ne remplace pas à lui seul toutes les configurations professionnelles de la Super Goélette, notamment les véhicules à châssis destinés à des carrosseries particulières.
En 1982, la nouvelle gamme Renault B prend le relais dans le domaine des utilitaires industriels de petit tonnage. Le B70, notamment, répond à une partie des usages auparavant assurés par le SG2. La transition marque la fin d’une conception née dans les années 1960, fondée sur une cabine avancée compacte et un châssis polyvalent.
Le Saviem SG2 en collection et en restauration
Le SG2 intéresse aujourd’hui les amateurs de véhicules utilitaires anciens, les collectionneurs de matériel professionnel et les associations consacrées au patrimoine industriel. Son histoire est étroitement liée à celle des artisans, des entreprises de transport et des services publics français de la seconde moitié du XXe siècle.
Les exemplaires conservés présentent des états très variables. Certains ont été transformés au fil de leur utilisation, tandis que d’autres possèdent encore leur carrosserie et leurs équipements d’origine. Les véhicules ayant conservé leurs éléments spécifiques de cabine, leur mécanique identifiable et leur présentation d’époque présentent un intérêt particulier pour une restauration fidèle.
La corrosion constitue un point de contrôle important, notamment sur les bas de cabine, les passages de roues, les planchers et les éléments de carrosserie exposés à l’humidité. Le châssis doit également être examiné, en particulier autour des fixations de suspension et des supports de carrosserie. Sur les véhicules ayant travaillé longtemps en surcharge, une inspection attentive des éléments structurels est indispensable.
La remise en état mécanique exige d’identifier précisément la motorisation. Les moteurs 580, 599 et 712 appartiennent à des générations différentes et ne partagent pas nécessairement les mêmes pièces. Les circuits de freinage, les commandes de transmission et certains équipements ont également évolué pendant la carrière du modèle.
La documentation technique d’époque constitue donc un outil essentiel. Les revues consacrées aux SG2 et SG4 permettent d’étudier les différentes mécaniques, tandis que les notices propres à chaque version facilitent l’identification des organes montés d’origine. Pour une restauration conforme, il faut également vérifier la correspondance entre le numéro de châssis, la plaque constructeur, le moteur et la carrosserie.
Les transformations anciennes méritent une attention particulière. Un SG2 équipé d’une caisse frigorifique, d’une benne ou d’un aménagement de transport de personnes peut avoir reçu des modifications réalisées par un carrossier indépendant. Retrouver les documents d’homologation et les caractéristiques de cette transformation permet de préserver la configuration historique du véhicule tout en vérifiant sa conformité administrative.
