
Saviem est une marque française de véhicules industriels née au milieu des années 1950 du regroupement des activités poids lourds de Renault, de Latil et de SOMUA. Contrairement à de nombreux constructeurs automobiles, elle ne doit donc pas son origine à un fondateur unique, mais à une opération de concentration destinée à rationaliser une industrie française alors très fragmentée. Camions, utilitaires, autobus et autocars ont constitué l’essentiel de son activité. En un quart de siècle, Saviem s’est imposée comme l’un des grands noms du véhicule industriel français grâce à des modèles comme les SG2 et SG4, le SC10 ou le S45, avant d’être réunie avec Berliet au sein de Renault Véhicules Industriels et de disparaître comme marque en 1980.
1955 : Renault, Latil et SOMUA donnent naissance à Saviem
La création de Saviem intervient dans un contexte de reconstruction et de modernisation de l’industrie française. Les constructeurs nationaux de poids lourds doivent alors accroître leurs volumes, réduire les doublons entre leurs gammes et disposer de moyens industriels suffisants pour affronter une concurrence européenne appelée à se renforcer. C’est dans cette logique que la Régie nationale des usines Renault, Latil et SOMUA annoncent en mai 1955 leur intention de regrouper progressivement leurs activités de véhicules industriels et d’autocars.
La Société Anonyme de Véhicules Industriels et d’Équipements Mécaniques, dont le nom donne l’acronyme SAVIEM, est constituée le 23 décembre 1955. Les trois entreprises apportent leurs gammes, leurs usines, leurs réseaux et leur savoir-faire. Les premiers véhicules commercialisés par le nouvel ensemble restent encore étroitement liés aux productions antérieures de Renault, Latil et SOMUA. La naissance de Saviem correspond donc moins à l’apparition soudaine d’un constructeur entièrement nouveau qu’à la construction progressive d’une identité commune à partir de plusieurs héritages industriels.
1957 : Blainville-sur-Orne devient un pilier industriel de la marque
La constitution juridique de Saviem ne suffit pas à créer un constructeur réellement intégré. L’un des enjeux prioritaires consiste à réorganiser des productions jusque-là dispersées sur plusieurs sites. Cette transformation passe notamment par le développement de l’usine de Blainville-sur-Orne, près de Caen, installée sur un ancien site industriel et appelée à jouer un rôle central dans la fabrication des camions.
Le premier camion y est livré en octobre 1957, puis les capacités d’assemblage augmentent rapidement. Au cours des années suivantes, Blainville accueille de nouveaux ateliers et récupère progressivement des activités auparavant implantées en région parisienne. Cette industrialisation permet à Saviem de dépasser le simple assemblage de gammes héritées et de mettre en place une production plus cohérente, capable de soutenir son développement national.
1959 : Renault prend le contrôle et accélère l’unification de Saviem
En 1959, Renault devient actionnaire majoritaire de Saviem. Ce changement modifie profondément l’équilibre imaginé lors du regroupement initial. La marque se rapproche désormais nettement de la Régie et devient progressivement son principal instrument dans le domaine du véhicule industriel. Les références aux trois composantes d’origine s’effacent tandis que le nom Saviem et le losange Renault prennent une place croissante.
Cette période correspond également à une rationalisation technique des gammes. Les camions issus de SOMUA, comme le JL19, évoluent vers les JL20 puis vers une famille plus homogène. Saviem utilise alors des composants provenant des différentes entreprises regroupées, mais cherche à les associer dans des véhicules conçus comme une gamme cohérente. Au début des années 1960, cette logique est suffisamment avancée pour que Saviem assume une part toujours plus large des utilitaires et poids lourds du groupe Renault.
1964 : les S45 et SC10 installent Saviem dans le transport de voyageurs
Le milieu des années 1960 marque la maturité de Saviem dans le domaine des autocars et des autobus. En 1964 apparaît le S45, issu d’une longue évolution technique commencée avec les autocars Renault d’après-guerre. Son intérêt historique tient précisément à cette continuité : il montre comment Saviem transforme et modernise des produits hérités de Renault jusqu’à en faire des modèles pleinement associés à sa propre identité.
Dans les transports urbains, le SC10 joue un rôle encore plus visible. Conçu dans le cadre du programme français d’autobus standard, il répond aux besoins des grands réseaux souhaitant disposer d’un véhicule moderne et largement normalisé. Son adoption par de nombreux exploitants, dont la RATP, lui assure une présence durable dans les villes françaises. Le SC10 contribue ainsi fortement à la notoriété de Saviem auprès du grand public, bien au-delà du seul secteur du transport routier de marchandises.
1965 : les SG2 et SG4 élargissent la présence de Saviem
Le 1er juin 1965, Saviem lance la Super-Goélette SG2 et le Super-Galion SG4. Ces véhicules deviennent rapidement représentatifs de la marque dans les catégories légères et moyennes. Leur importance historique ne tient pas à une caractéristique technique isolée, mais à leur diffusion auprès d’une clientèle très large : artisans, entreprises, administrations et services publics les utilisent pour des missions extrêmement diverses.
Avec ces modèles, Saviem affirme sa capacité à couvrir un spectre plus large du véhicule industriel. La marque n’est plus seulement associée aux poids lourds ou aux autocars. Elle occupe également un espace important entre la camionnette légère et le camion de fort tonnage, ce qui renforce son rôle au sein de l’organisation industrielle de Renault.
1967 : les accords internationaux ouvrent une nouvelle phase de développement
À la fin des années 1960, Saviem cherche à dépasser les limites du marché français en multipliant les coopérations. En 1967, le constructeur tchécoslovaque AVIA obtient une licence pour produire des véhicules dérivés des SG2 et SG4. L’opération permet à ces modèles de connaître une carrière internationale et témoigne d’une stratégie d’expansion reposant davantage sur les partenariats industriels que sur les acquisitions.
Cette orientation prend une dimension plus importante encore avec l’accord conclu avec MAN. À partir de 1968, les deux entreprises coopèrent sur plusieurs catégories de camions, échangent des composants et commercialisent certains véhicules dans leurs réseaux respectifs. Pour Saviem, le partenariat apporte notamment l’accès à des compétences et des motorisations permettant de renforcer sa gamme face aux grands constructeurs européens.
Au début des années 1970, cette logique de coopération se prolonge avec le projet qui deviendra le « Club des Quatre », réunissant Saviem, DAF, Magirus-Deutz et Volvo. Les partenaires mettent en commun leurs moyens pour développer une cabine destinée aux camions légers et moyens. Saviem montre ainsi qu’elle considère désormais la coopération européenne comme un moyen essentiel de réduire les coûts de développement et d’accéder à des technologies compétitives.
1974 : le rapprochement avec Berliet prépare une nouvelle concentration
En décembre 1974 s’engage un rapprochement entre Saviem et Berliet, autre acteur majeur du poids lourd français. L’opération place sous l’influence de Renault deux constructeurs dont les activités se recouvrent largement. Elle intervient alors que le marché du poids lourd devient plus difficile et que la concurrence européenne pousse les industriels à rechercher une taille critique supérieure.
La réunion des deux ensembles s’avère complexe. Saviem et Berliet possèdent chacun leurs gammes, leurs usines, leurs réseaux commerciaux et leurs traditions techniques. Leur coexistence entraîne donc des doublons importants. L’objectif de Renault devient progressivement de ne plus gérer deux constructeurs parallèles, mais de bâtir une seule organisation industrielle française capable de rivaliser plus efficacement sur le marché européen.
1978 : Renault Véhicules Industriels absorbe Saviem et Berliet
En 1978, la restructuration débouche sur la constitution de Renault Véhicules Industriels, généralement désignée par le sigle RVI. Saviem et Berliet cessent alors d’exister comme sociétés industrielles indépendantes au sein du nouvel ensemble. Le changement ne provoque cependant pas immédiatement la disparition de leurs noms sur les véhicules : une période de transition est nécessaire pour rationaliser les gammes, les réseaux et les identités commerciales.
Cette distinction est importante pour comprendre la fin de Saviem. La société disparaît dans RVI en 1978, mais la marque continue encore brièvement à être visible. En avril 1980, les noms Saviem et Berliet sont abandonnés sur les véhicules au profit de la marque Renault. Après vingt-cinq ans d’existence, Saviem disparaît donc définitivement en tant que marque commerciale, sans avoir connu de faillite ou de liquidation indépendante.
2001 : l’héritage industriel de Saviem rejoint Volvo Group
Les anciens produits, compétences et sites de Saviem poursuivent leur histoire au sein de RVI, qui développe ensuite ses propres générations de camions sous le nom Renault. Une nouvelle rupture intervient en 2001 lorsque Renault V.I. passe sous le contrôle d’AB Volvo. L’entreprise adopte en 2002 le nom commercial Renault Trucks.
Saviem n’a jamais été relancée depuis comme constructeur ou comme marque autonome. Son nom appartient désormais à l’histoire du véhicule industriel français, tandis qu’une partie de son héritage technique et industriel subsiste dans les activités de Renault Trucks au sein de Volvo Group. Cette filiation explique pourquoi la disparition commerciale de Saviem en 1980 n’a pas correspondu à la disparition de ses usines, de ses savoir-faire ou de certaines lignées de produits, mais à leur intégration dans un ensemble industriel plus vaste.
Découvrez d'autres marques automobiles du même pays