Triumph Vitesse

Triumph Vitesse

La Triumph Vitesse est une automobile britannique produite de 1962 à 1971 par Standard-Triumph, puis British Leyland. Déclinée en berline deux portes et en cabriolet quatre places, elle se distingue par son moteur six cylindres en ligne, sa face avant à quatre phares inclinés et son architecture à propulsion. Avec 51 212 exemplaires fabriqués, elle occupe une place particulière dans l’histoire de Triumph : celle d’une petite voiture familiale dotée d’une mécanique habituellement réservée à des modèles de catégorie supérieure.

Commercialisée successivement sous les appellations Vitesse 6, Vitesse 2 Litre et Vitesse 2 Litre Mk2, elle connaît trois grandes évolutions. Sa cylindrée passe de 1,6 à 2 litres en 1966, avant qu’une importante révision de la suspension arrière en 1968 ne transforme son comportement routier. Malgré ces changements, la Vitesse conserve jusqu’à la fin de sa carrière les proportions compactes et le caractère traditionnel de sa conception initiale.

Origines et développement de la Triumph Vitesse

La Triumph Vitesse trouve son origine dans la Triumph Herald, lancée en 1959. Cette petite automobile, dessinée par le styliste italien Giovanni Michelotti, repose sur un châssis séparé et possède une carrosserie aux panneaux largement démontables. Son architecture offre à Standard-Triumph une base économique pour développer une version plus performante, sans concevoir une voiture entièrement nouvelle.

Au début des années 1960, le constructeur britannique cherche à enrichir sa gamme avec un modèle associant les dimensions modestes de la Herald à l’agrément d’un six cylindres. Le projet consiste à adapter un moteur de la famille Standard-Triumph, apparenté à celui de la Standard Vanguard Six, dans le compartiment avant de la petite berline. Cette transformation nécessite plusieurs adaptations mécaniques, notamment au niveau du châssis, des trains roulants et du freinage.

La Vitesse apparaît au printemps 1962. Elle conserve la cellule centrale et les principales lignes de la Herald, mais reçoit une face avant profondément remaniée. Ses quatre phares ronds inclinés, disposés par paires, lui donnent une identité immédiatement reconnaissable. Le capot basculant vers l’avant, qui englobe les ailes avant, facilite l’accès à l’ensemble du moteur.

Deux carrosseries sont proposées dès le lancement. La berline deux portes privilégie la polyvalence, tandis que le cabriolet associe la mécanique six cylindres à une conduite à ciel ouvert sans sacrifier les places arrière. Les deux versions disposent d’un habitacle plus soigné que celui de la Herald ordinaire, avec notamment des éléments de tableau de bord en bois et une instrumentation progressivement enrichie.

Cette conception distingue également la Vitesse de la Triumph Spitfire, roadster deux places développé à partir de la même famille de châssis. Alors que la Spitfire privilégie la légèreté et une vocation sportive affirmée avec son moteur quatre cylindres, la Vitesse recherche davantage de souplesse mécanique et de polyvalence.

Dans la gamme Triumph, elle représente ainsi une proposition originale. Elle s’adresse aux automobilistes désirant une voiture compacte et relativement accessible, mais bénéficiant de la douceur de fonctionnement d’un six cylindres et d’une présentation plus valorisante.

Les trois générations de la Triumph Vitesse de 1962 à 1971

La première version, commercialisée sous le nom de Triumph Vitesse 6, reçoit un moteur six cylindres en ligne de 1 596 cm³. Sa puissance initiale atteint 70 ch, une valeur qui lui permet de dépasser sensiblement les performances des Herald contemporaines. L’alimentation repose d’abord sur deux carburateurs Solex, avant l’adoption de carburateurs Stromberg au cours de sa carrière.

La Vitesse 1600 bénéficie de plusieurs améliorations. En 1963, des renforcements sont apportés au châssis et le tableau de bord évolue, notamment avec l’apparition d’un compte-tours. En 1965, des modifications de l’alimentation permettent de porter la puissance annoncée à environ 82 ch. Cette progression améliore les accélérations sans modifier fondamentalement le caractère du modèle.

En septembre 1966, Triumph introduit la Vitesse 2 Litre. Le six cylindres voit sa cylindrée portée à 1 998 cm³ et développe désormais 95 ch DIN. L’augmentation du couple rend la voiture plus agréable à conduire, particulièrement lors des reprises et sur les longs trajets. La transmission et plusieurs éléments mécaniques sont adaptés à cette motorisation plus généreuse.

Extérieurement, cette première Vitesse 2 Litre reste très proche de la 1600. Les modifications sont surtout techniques, ce qui explique pourquoi l’identification d’un exemplaire nécessite parfois de consulter ses documents ou son numéro de commission plutôt que de se fier uniquement à sa carrosserie.

La dernière évolution apparaît en juillet 1968 sous l’appellation Triumph Vitesse 2 Litre Mk2. Le moteur reçoit de nouvelles améliorations et développe environ 104 à 105 ch suivant les données de référence. Mais la transformation la plus importante concerne le train arrière, dont la géométrie est profondément revue pour améliorer la tenue de route.

La Mk2 se reconnaît également à sa nouvelle calandre comportant trois larges barres horizontales et à plusieurs modifications de finition. Elle représente la version la plus aboutie de la Vitesse, associant le moteur le plus puissant de la gamme à un comportement routier sensiblement amélioré.

La production s’achève en mai 1971, après neuf années de carrière. Triumph ne lui donne pas de remplaçante directe reprenant la formule du petit cabriolet quatre places à six cylindres. La Triumph Dolomite, apparue en 1972, occupera une partie de son positionnement commercial avec une carrosserie quatre portes et une conception plus récente.

Fiche technique de la Triumph Vitesse

CaractéristiqueVitesse 1600Vitesse 2 LitreVitesse 2 Litre Mk2
Années de production1962-19661966-19681968-1971
CarrosseriesBerline 2 portes, cabrioletBerline 2 portes, cabrioletBerline 2 portes, cabriolet
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsionMoteur avant longitudinal, propulsionMoteur avant longitudinal, propulsion
Moteur6 cylindres en ligne essence6 cylindres en ligne essence6 cylindres en ligne essence
Cylindrée1 596 cm³1 998 cm³1 998 cm³
Alésage x course66,75 x 76 mm74,7 x 76 mm74,7 x 76 mm
DistributionArbre à cames latéral, soupapes en têteArbre à cames latéral, soupapes en têteArbre à cames latéral, soupapes en tête
Alimentation2 carburateurs Solex, puis Stromberg2 carburateurs Stromberg2 carburateurs Stromberg
Puissance maximale70 ch initialement, puis environ 82 ch95 ch DIN104 à 105 ch
Régime de puissance5 000 tr/min pour la version initialeEnviron 5 000 tr/minEnviron 5 300 tr/min
Couple maximalVariable selon évolutionEnviron 159 Nm à 3 000 tr/minVariable selon spécification
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapportsManuelle à 4 rapports synchronisésManuelle à 4 rapports synchronisés
OverdriveEn optionEn optionEn option
ChâssisSéparé en acierSéparé en acierSéparé en acier
Suspension avantIndépendante, triangles et ressorts hélicoïdauxIndépendante, triangles et ressorts hélicoïdauxIndépendante, triangles et ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreDemi-arbres oscillants, ressort transversal à lamesDemi-arbres oscillants, ressort transversal à lamesSuspension indépendante à géométrie améliorée, triangles inférieurs et ressort transversal
DirectionÀ crémaillèreÀ crémaillèreÀ crémaillère
FreinsDisques avant, tambours arrièreDisques avant, tambours arrièreDisques avant, tambours arrière
Diamètre des roues13 pouces13 pouces13 pouces
Longueur3 885 mmEnviron 3 885 mmEnviron 3 885 mm
Largeur1 525 mmEnviron 1 525 mmEnviron 1 525 mm
Hauteur1 335 mm pour la berlineVariable selon carrosserieVariable selon carrosserie
Empattement2 325 mm2 325 mm2 325 mm
Voies avant / arrière1 245 / 1 220 mmProches de la 1600Modifiées selon évolution
Poids à videEnviron 876 kg selon définitionVariable selon carrosserieVariable selon carrosserie
Vitesse maximaleEnviron 145 à 150 km/hEnviron 155 à 160 km/hEnviron 160 km/h ou davantage selon les essais
Production31 261 exemplaires10 830 exemplaires9 121 exemplaires

Un six cylindres compact et une architecture technique originale

Le principal attrait mécanique de la Triumph Vitesse réside dans son moteur six cylindres en ligne. À une époque où les petites automobiles britanniques utilisent majoritairement des quatre cylindres, cette architecture apporte une souplesse et une régularité de fonctionnement appréciables. Le moteur délivre sa puissance de manière progressive et procure une sonorité caractéristique, particulièrement présente sur les versions cabriolets.

La conception reste traditionnelle, avec un bloc en fonte, un arbre à cames placé dans le moteur et une distribution par tiges et culbuteurs. Cette mécanique relativement simple facilite les opérations courantes d’entretien. Le passage à 2 litres en 1966 renforce surtout la disponibilité du couple, un avantage sensible pour une voiture destinée autant aux déplacements quotidiens qu’aux voyages.

La transmission aux roues arrière s’effectue par une boîte manuelle à quatre rapports. Un overdrive Laycock peut compléter cet ensemble sur les voitures équipées de cette option. Il permet d’abaisser le régime moteur sur les rapports supérieurs, améliorant ainsi le confort acoustique et l’agrément lors des trajets à vitesse stabilisée.

La Vitesse conserve le châssis séparé de sa famille d’origine. Cette architecture facilite certaines interventions de carrosserie et contribue à la singularité du modèle. Son capot avant basculant offre un accès particulièrement dégagé au moteur, à la suspension et aux organes périphériques. En revanche, la rigidité de l’ensemble et le comportement dynamique dépendent étroitement de l’état du châssis et des liaisons entre les différents éléments.

Le train arrière constitue le principal point de distinction entre les premières Vitesse et la Mk2. Les versions 1600 et 2 Litre initiales utilisent une suspension indépendante à demi-arbres oscillants. Cette disposition autorise des variations importantes de carrossage lorsque la suspension travaille, notamment lors des changements rapides d’appui. Elle peut rendre les réactions de la voiture délicates lorsque l’adhérence approche de ses limites.

En 1968, Triumph adopte une géométrie arrière améliorée avec des triangles inférieurs, permettant de mieux maîtriser les mouvements des roues. Cette évolution est apparentée aux modifications introduites sur la Triumph GT6, coupé sportif utilisant lui aussi un six cylindres de la même famille. La Vitesse Mk2 bénéficie ainsi d’un comportement plus progressif et d’une meilleure stabilité en conduite rapide.

La direction à crémaillère conserve pour sa part l’un des avantages les plus appréciés de l’architecture Herald : un rayon de braquage particulièrement réduit. Malgré la longueur supérieure du six cylindres, la Vitesse reste donc maniable dans les espaces restreints. Le freinage à disques à l’avant et à tambours à l’arrière correspond aux solutions couramment employées sur les voitures de cette catégorie durant les années 1960.

Design, habitacle et place dans la gamme Triumph

Le dessin de la Vitesse conserve l’essentiel des proportions imaginées par Giovanni Michelotti pour la Herald. La carrosserie présente un capot relativement long, une cellule centrale vitrée et une poupe courte. Les surfaces sont simples et géométriques, avec des montants fins qui favorisent la visibilité. Cette silhouette classique contraste avec la personnalité plus affirmée de la face avant.

Les quatre phares inclinés constituent la signature visuelle du modèle. Ils sont intégrés à un ensemble avant spécifique qui permet de distinguer immédiatement la Vitesse d’une Herald ordinaire. Sur la Mk2, la calandre à trois larges barres horizontales modernise légèrement la présentation sans modifier les grandes lignes de la carrosserie.

L’habitacle privilégie une ambiance traditionnelle britannique. Le tableau de bord comporte des placages en bois, une instrumentation ronde et des commandes disposées de manière relativement simple. Les évolutions intervenues au cours de la production améliorent la présentation et les informations disponibles pour le conducteur. Les sièges avant offrent une position de conduite classique, tandis que les places arrière restent adaptées aux dimensions compactes de la voiture.

La berline deux portes constitue la déclinaison la plus répandue. Le cabriolet, avec sa capote repliable, offre une proposition moins courante : profiter d’une automobile découvrable à six cylindres tout en conservant quatre places. Cette combinaison contribue à son identité, distincte de celle des roadsters sportifs traditionnels.

La Vitesse occupe une position intermédiaire dans le catalogue du constructeur. Plus raffinée et plus performante que la Herald, elle reste nettement plus compacte que la Triumph 2000, berline de catégorie supérieure également équipée d’un six cylindres. Cette dernière privilégie davantage l’espace intérieur, le confort et les qualités routières d’une grande familiale.

Le développement des moteurs six cylindres se poursuit parallèlement dans les autres gammes Triumph. La Triumph 2500 illustre cette évolution vers des cylindrées plus importantes sur les berlines supérieures, sans constituer une variante de la Vitesse. Celle-ci conserve une formule particulière, associant un moteur relativement généreux à une carrosserie héritée d’une petite voiture populaire.

Production, diffusion et collection

Entre avril 1962 et mai 1971, la production totale de la Triumph Vitesse atteint 51 212 exemplaires. La première version 1600 représente à elle seule 31 261 voitures, dont 22 814 berlines et 8 447 cabriolets. Elle constitue donc la génération la plus diffusée, bénéficiant d’une carrière de plus de quatre ans avant l’arrivée du moteur 2 litres.

La Vitesse 2 Litre de première génération totalise 10 830 exemplaires, répartis entre 7 328 berlines et 3 502 cabriolets. La Mk2, produite jusqu’en 1971, atteint 9 121 unités, dont 5 649 berlines et 3 472 cabriolets. Sur l’ensemble de la carrière, les versions découvrables représentent un peu plus de 30 % des véhicules fabriqués.

La production britannique est principalement associée à l’usine Standard-Triumph de Canley, à Coventry. Comme d’autres modèles du groupe, la Vitesse a également été diffusée sur différents marchés d’exportation, parfois sous forme de kits destinés à un assemblage local. Sa présence demeure particulièrement liée au Royaume-Uni et aux pays où les automobiles sportives britanniques bénéficiaient d’une clientèle fidèle.

L’identification des exemplaires repose notamment sur les numéros de commission. Les premières Vitesse utilisent la série HB, tandis que les versions 2 litres appartiennent à la famille HC. Les Mk2 disposent de plages de numérotation spécifiques. Ces indications, associées aux documents de fabrication et aux caractéristiques mécaniques, permettent de déterminer plus précisément la version d’origine d’un véhicule.

Sur le marché de la collection, la Triumph Vitesse attire les amateurs de voitures britanniques classiques recherchant une mécanique six cylindres dans un format compact. Les cabriolets présentent un intérêt particulier en raison de leur carrosserie découvrable, tandis que la Mk2 est souvent recherchée pour les améliorations apportées à son moteur et à sa suspension arrière.

L’état du châssis constitue un critère majeur lors de l’examen d’un exemplaire. La corrosion peut affecter les longerons, les points de fixation de suspension, les planchers et les parties basses de la carrosserie. La conception démontable facilite certaines restaurations, mais une corrosion structurelle importante peut nécessiter des travaux conséquents.

La mécanique demande également une attention adaptée à son âge. Le refroidissement, la lubrification, les carburateurs, les éléments de transmission et les articulations de suspension doivent être examinés avec soin. Sur les premières versions, le bon état du train arrière est particulièrement important pour conserver un comportement routier prévisible.

La conformité historique mérite enfin d’être vérifiée, car les transformations mécaniques et les échanges de pièces entre modèles Triumph apparentés sont possibles. Une Vitesse 1600 équipée ultérieurement d’un moteur 2 litres ne correspond pas nécessairement à une Vitesse 2 Litre sortie d’usine. Les plaques d’identification, les numéros mécaniques et les archives de fabrication restent les meilleurs moyens de confirmer la configuration d’origine.

Marque Triumph

Année de sortie 1962

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