Ferrari 125 S

FERRARI 125 S

La Ferrari 125 S est considérée comme la première véritable Ferrari. Présentée en 1947, cette barchetta de compétition inaugure le nom Ferrari en course automobile et inaugure aussi la lignée des moteurs V12 conçus par Gioachino Colombo. Elle est construite dans un contexte d’après guerre où Enzo Ferrari veut affirmer sa marque propre, après avoir longtemps travaillé pour Alfa Romeo.

Contexte historique et débuts en compétition

La Ferrari 125 S apparaît en 1947 à Modène en Italie. Elle est créée comme voiture de course à part entière, destinée aux épreuves sur route et sur circuit. Elle succède à l’Auto Avio Costruzioni 815, réalisée en 1940 et qui ne portait pas encore officiellement le nom Ferrari.

Le 11 mai 1947, la 125 S débute en compétition au Circuito di Piacenza, pilotée par Franco Cortese. La voiture mène la course avant d’abandonner à cause d’un problème de pompe à essence. Enzo Ferrari qualifiera cet épisode d’« échec prometteur » car la performance brute de la voiture montre déjà un fort potentiel.

Quelques semaines plus tard, la 125 S décroche ses premiers succès. En 1947, elle prend le départ d’environ quatorze épreuves et remporte environ six victoires, dont le Grand Prix de Rome disputé autour des Thermes de Caracalla le 25 mai 1947. Ces résultats installent immédiatement Ferrari parmi les constructeurs de référence en compétition.

Production, exemplaires et évolution des châssis

La Ferrari 125 S est produite uniquement en 1947. Il ne s’agit pas d’un modèle de série mais d’une voiture de course réalisée à la main en très petite quantité. La production se limite à deux exemplaires, identifiés par les numéros de châssis 01C et 02C.

Le châssis 01C reçoit initialement une carrosserie de type barchetta enveloppante, avec une ligne fluide et relativement simple, adaptée aux épreuves routières. Le châssis 02C adopte dans sa configuration d’origine des ailes rapportées, avec les roues davantage découvertes, dans un style proche des voitures de course de l’époque.

Comme souvent pour les voitures de compétition de cette période, les deux châssis sont ensuite profondément modifiés. Ils sont recarrossés et reconfigurés, notamment en modèles 159 S puis 166 Spyder Corsa. Les numéros de châssis évoluent au fil des transformations, ce qui rend la traçabilité de la 125 S d’origine particulièrement complexe.

Une voiture reconstruite sur le châssis 010I, considéré par de nombreux historiens comme l’ancien 01C renuméroté, a été restaurée avec une carrosserie de 125 S et présentée comme telle lors de concours d’élégance. Un exemplaire de 125 S est également exposé dans le « Vault » du Petersen Automotive Museum à Los Angeles, ce qui témoigne de l’importance historique du modèle.

Dimensions, poids et châssis

La Ferrari 125 S repose sur un châssis tubulaire en acier conçu par Gilco. Ce type de structure offre à la voiture une grande rigidité pour un poids contenu, ce qui est essentiel pour la compétition. La carrosserie est réalisée en aluminium martelé à la main, ce qui permet d’obtenir des formes légères et ajustées.

  • Empattement : 2 420 mm
  • Voie avant : 1 240 mm
  • Voie arrière : 1 240 mm
  • Poids à sec : environ 650 kg
  • Type de châssis : cadre tubulaire en acier Gilco
  • Carrosserie : spider barchetta deux places en aluminium

Le coefficient de traînée n’est pas documenté, ce qui est courant pour les voitures de compétition de cette époque. L’accent est alors davantage mis sur la légèreté, la compacité et la facilité d’entretien que sur l’aérodynamique mesurée de manière scientifique.

Moteur V12 Colombo et transmission

Le cœur de la Ferrari 125 S est son moteur V12 Colombo, premier d’une lignée qui deviendra emblématique pour la marque. Conçu par Gioachino Colombo, ce moteur est compact, léger et très performant pour sa cylindrée. Il s’agit d’un V12 ouvert à 60 degrés, monté en position avant longitudinale.

  • Architecture : V12 à 60 degrés en position avant longitudinale
  • Cylindrée totale : 1 496,77 cm³
  • Alésage x course : 55,0 x 52,5 mm
  • Cylindrée unitaire : environ 124,7 cm³, ce qui donne le nom 125
  • Distribution : simple arbre à cames en tête par rangée, deux soupapes par cylindre
  • Bloc et culasses en alliage léger pour réduire le poids
  • Alimentation : trois carburateurs Weber 30 DCF double corps
  • Allumage par magnétos, avec un système simple et robuste
  • Lubrification par carter humide
  • Taux de compression : 9,5 pour 1
  • Puissance maximale : environ 118 chevaux à 6 800 tr par minute
  • Couple maximal estimé : environ 125 newton mètres à 5 000 tr par minute

La puissance spécifique du moteur se situe autour de 79 chevaux par litre, ce qui est remarquable pour un moteur atmosphérique de 1,5 litre en 1947. Ce V12 préfigure la philosophie Ferrari, avec un moteur à haut régime, vif et chantant, pensé pour la performance.

La transmission est confiée à une boîte manuelle à cinq rapports associée aux roues arrière motrices. Pour l’époque, disposer de cinq vitesses permet d’exploiter au mieux la plage de régime élevée du V12. L’embrayage est de type monodisque à sec. La voiture est une propulsion classique, avec moteur à l’avant et pont arrière rigide.

Suspensions, freins et trains roulants

La Ferrari 125 S adopte des solutions techniques typiques des voitures de course de la fin des années quarante, avec une attention particulière à la simplicité et à la robustesse.

À l’avant, la voiture utilise des roues indépendantes avec doubles triangles superposés, un ressort à lames transversal et des amortisseurs hydrauliques. À l’arrière, on trouve un pont rigide avec ressorts à lames semi elliptiques, amortisseurs hydrauliques et barre antiroulis. Ce schéma permet d’obtenir un comportement équilibré compte tenu de la technologie de l’époque.

Le freinage est assuré par des tambours hydrauliques aux quatre roues, sans assistance. Les tambours sont dimensionnés pour supporter l’usage intensif en course mais restent sensibles au fading sur les longues épreuves. La direction est de type vis sans fin et secteur, solution robuste qui offre un bon retour d’information au pilote.

Les pneus montés sur jantes de 15 pouces sont étroits par rapport aux standards modernes. On trouve typiquement des dimensions de type 5,00 x 15 à l’avant et 6,00 x 15 à l’arrière. Le réservoir de carburant peut contenir autour de 72 litres, ce qui permet de disputer des épreuves sur route ou des courses sur circuit avec moins d’arrêts.

Performances et comportement

Malgré sa cylindrée modeste de 1,5 litre, la Ferrari 125 S offre des performances de tout premier plan pour son époque. Grâce à son poids limité et à la puissance de son V12, la voiture atteint une vitesse maximale d’environ 210 km par heure, soit un peu plus de 130 miles par heure.

Les valeurs d’accélération ne sont pas officiellement documentées par Ferrari, mais des estimations modernes indiquent un temps d’environ onze secondes pour passer de 0 à 100 km par heure. Ce chiffre doit être pris avec prudence mais il donne une bonne idée du niveau de performance, d’autant plus que l’adhérence des pneus de l’époque restait limitée.

Sur circuit, la 125 S se distingue par sa vivacité, son agilité et la souplesse de son moteur V12. Le comportement est typique d’une barchetta légère à moteur avant, avec une tendance naturelle au survirage en sortie de virage lorsque le pilote exploite toute la puissance disponible.

Prix, rareté et valeur actuelle

La Ferrari 125 S n’a jamais été une voiture de série. Ce sont des prototypes de compétition construits en très faible nombre et adaptés à la demande des pilotes et des clients proches de l’usine. Il n’existe donc pas de prix catalogue public clairement établi en lires italiennes pour ce modèle en 1947.

Aujourd’hui, la 125 S est considérée comme un monument de l’histoire de l’automobile. Il n’y a pas eu de vente publique documentée d’un exemplaire d’origine authentifiée, ce qui rend toute estimation spéculative. De nombreuses sources considèrent cependant que la valeur d’une véritable Ferrari 125 S dépasserait très largement les dizaines de millions de dollars, certains n’hésitant pas à évoquer une valeur potentielle à plus de quatre vingts ou quatre vingt dix millions si un exemplaire devait apparaître dans une vente aux enchères prestigieuse.

Cette valorisation extrême s’explique par la rareté absolue du modèle, par son rôle de première Ferrari et par son importance symbolique pour la marque ainsi que pour l’histoire de la compétition automobile. La 125 S est à la fois un objet de collection inestimable et le point de départ de tout l’univers Ferrari.